Rareté masculine

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Oh! Un homme!
Mais qu’est-ce que tu fais là, mon ami? Tu t’es perdu?
Comment? Tu dis?
Ooooups!
Salut Charming, ça va? Je suis navrée, je ne t’avais pas reconnu. Faut dire qu’on ne te voit pas souvent par ici…
Quoi? Oui oui, la faute à moi, tu as raison.

Tu as drôlement changé dis donc! Comme tu es grand maintenant!
Ça va, ça va, je rigoleuuu!

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Je ne sais pas comment ça se passe pour toi, coupine mais pour ma part, c’est un fait: je ne couds pratiquement pas pour Charming. Je devrais dire « je ne couds jamais pour Charming », vu qu’à part un sac, je n’ai rien cousu pour lui.
Sais pas comment ça se fait. Avant, c’était parce qu’il n’y avait pas de patrons chouettes et accessibles pour hommes et que j’étais bien trop jeune pour en créer un.
Maintenant, c’est parce qu’il ne veut pas. C’est un père formidable, tu vois coupine, il préfère que je consacre le peu de temps que j’ai aux filles, à la maison et à moi-même. Il se sacrifie quoi. C’est beau, hein?

Comment? C’est plutôt que tu as retenu la leçon? Quelle leçon?
Ta chemise? Mais quelle chemise? Ah… cette chemise-la! Oui, bon effectivement, il y a eu l’affaire de la chemise… Mon premier projet abandonné en couture.

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Mon plan semblait parfait pourtant: étape 1: je prenais une vieille chemise de Charming, étape 2: je la… Quoi, Charming? Mais si elle était vieille, rappelle-toi, le col était tout élimé! Donc, je disais étape 1: je prenais une vieille chemise, étape 2: je la décousais, étape 3: je me servais des morceaux comme gabarits et étape 4: je recréais une chemise à l’identique.

Limpide de chez cristallin, le plan. Infaillible normalement. Sauf que si, il y avait une faille, coupinette.

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Dans mon enthousiasme de couturière qui ne doute de rien (j’étais jeune, coupine, si jeune…), je n’avais pas étudié la chemise. Elle était blindée de coutures rabattues (tu sais, ces doubles coutures ultra-solides comme sur les jeans?) qu’il fallait découdre point après point. J’ai besogné un bon mois dessus puis je me suis rendue à l’évidence: j’allais y passer un siècle. Et mon entrain s’est essoufflé. Et j’ai abandonné. Voilà toute l’histoire.
Où elle est? Ben je sais plus, Charming. Dans un coin de la maison j’imagine…
Oh mais ne fais pas cette tête-là! De toute façon, tu ne peux plus la mettre, elle est à moitié décousue, maintenant.

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J’ai l’air d’une horrible compagne inconséquente qui massacre les fringues de son mec sans même s’excuser là, coupinette, n’est-ce pas?
Eh bien c’est faux, je ne suis pas une scélérate.
La preuve, pour me faire pardonner cette histoire de chemise, je lui ai cousu ce pantalon d’intérieur l’an dernier.

Tu as l’air sceptique, coupinette. Tu ne vois pas ce que c’est, un pantalon d’intérieur? Ben c’est ce qui remplace le vieux jogging informe de tes 20 ans, quand tu n’as plus 20 ans et que tu ne veux pas paraître ridicule/négligé/immature, ni pour autant sacrifier ton confort.

Bref, c’est un Moustachu d’Aime Comme Marie dont j’ai modifié le bas pour qu’il soit plus évasé que le modèle d’origine (sur demande du destinataire). J’ai utilisé du lin gris que j’avais acheté dans un déstockage de tissus dans le 11e arrondissement de Paris, il y a 2 ans.

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Alors au début, j’étais un peu déçue: malgré mon application, il me paraissait trop large (pourtant, j’avais soigneusement mesuré l’homme et comparé avec le tableau des mensurations). Charming m’affirmait que non, il était très bien. Je pensais qu’il disait ça uniquement pour me consoler mais il le porte tout le temps depuis.

Gratifiant, satisfaisant, motivant.

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Maintenant qu’il y a des patrons pour hommes voire des marques de patrons exclusivement masculins, je vais peut-etre coudre plus pour lui…

Qu’est-ce que tu dirais d’un nouveau manteau, Charming? Oui, carrément un manteau! Ça claquerait ça, non?
Ben quoi? Pourquoi tu rigoles? J’ai dit quelque chose de drôle?
Mais oui, je suis sérieuse, pourquoi tu me demandes ça?
Mais arrête de rire enfin! Arrêteeeu!

Métro – tricot – boulot – dodo

IMG_4894 Laine Drops Alpaca coloris bleu

Ça fait plusieurs années que je tricote dans le métro, coupinette.
Et clairement, c’est l’endroit que je préfère pour ça.

Dans le métro, je ne peux pas me disperser (i.e. il n’y a toujours pas la 4G dans le métro parisien) et il n’y a personne pour me détourner de mon but (i.e. ma Poupinette n’est pas là, Charming non plus, en fait il n’y a, le plus souvent, personne avec moi). Dans le métro, je ne peux pas m’agiter ni courir partout. Donc je peux faire ce que je veux sans culpabiliser ni surveiller ma montre. En fait, le métro, c’est le sas de calme forcé dans ma journée.

Du coup, concentrée, je tricote en continu pendant tout mon trajet, qui me paraît plus court. En plus, avec mes aiguilles circulaires, c’est totalement confortable.

Vu que j’en ai pour trois quart d’heure de métro pour aller au boulot, c’est diablement efficace: à coups d’une heure et demi par jour (aller et retour), cinq jours par semaine, ça dépote, mes projets tricot montent vite. Et je ne te parle même pas de mon rendement quand il y a un incident technique, un voyageur malade ou un arrêt pour régulation!

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Du coup, je n’hésite pas à me lancer dans des trucs pharaoniques (comme tu le sais, coupine, dans mon référentiel, tout ce qui dépasse l’écharpe est un truc pharaonique). Et telle la tortue de la fable, j’en viens à bout, même à mon allure d’escargot somnolent. Il suffit que je prenne régulièrement le métro.

Bon là, il n’est point question de pharaon ni de pyramides mais d’un châle. Pour l’anniversaire de ma belle-soeurette.
Tu te souviens, coupine, que cette fille formidable m’a offert un sac topissime cousu de ses dix doigts pour mon anniversaire, au mois d’Avril? Eh bien il ne m’a pas fallu longtemps pour décider de lui confectionner moi aussi son cadeau d’anniversaire de mes mains. Comme elle est plutôt frileuse et qu’elle est née en Novembre, ça a été vite vu: j’ai décidé de lui tricoter quelque chose.

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Pas question de me louper, hein, alors j’ai joué sur des valeurs sûres: de l’aplaga, du bleu, une bonne grosse anticipation et un shawl plutôt qu’un pull (Uh, uh uh! Un pull, mais quelle idée extravagante! Il me faut des années pour tricoter un pull. Tu verras peut-être bientôt que je ne rigole pas quand je te dis ça, coupinette).

Je ne me suis pas reconnue, tu sais? J’ai commencé ce shawl avant l’été, histoire d’avoir de la marge. Son anniversaire étant en Novembre, c’était un quasi boulevard de marge que je me prenais mais rien ne sert de courir, il faut partir à point, rappelle-toi, mon amie. Et je suis partie tellement à point qu’il fut terminé en quelques trajets de métro jours. C’était une première en Tasticottie, cette avance sur la deadline. Habituellement, je termine mes tricots-cadeaux quasiment la veille du jour où je dois les offrir. Alors je n’étais pas peu fière sur ce coup-là.

J’ai jeté mon dévolu sur l’Abys{shawl} de Mademoiselle K et de Mon Petit Bazar. Je le trouve sobre, joli et totalement dénué de potentiel mémérisant. Et puis j’avais envie de voir ces petites vagues de laine caresser le rivage de ses trente + quelques années.
Ou plus modestement son cou.

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J’avais la laine dans mon stock mais je craignais de ne pas en avoir assez alors j’ai choisi la version « aérienne ». Et vu ce qui reste, j’ai bien fait.
En outre, j’ai été assaillie de doutes tout au long de mon tricot. Principalement sur la couleur, qui me paraissait un peu masculine (oui, c’est étrange de donner un genre à une couleur, je sais bien… C’est peut-être parce que j’ai tricoté un col pour Charming dans cette même laine, il y a quelques années) et sur la douceur de l’alpaga (les puristes, i.e. ma Poupinette, te certifieraient que ça pique un peu l’alpaga).

Malgré tout, coupinette, je me suis régalée sur ce tricot. J’ai beaucoup aimé la technique des rangs raccourcis utilisée et je raffole franchement du motif en bordure. Le châle monte très vite (j’ai beaucoup pris le métro), ce qui est très gratifiant et très motivant. Histoire de finir en beauté, j’ai soigné le blocage, pour que les arrondis en bordure du châle soient harmonieux et réguliers.

Cerise sur le cupcake de cette tranquille balade tricotesque, ce châle a beaucoup plu à ma belle-soeur.

Conclusion coupine?
Oui, c’est ça: Vive le métro!

Précieux 16 Octobre

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Soélie est née un jeudi.
Le jeudi 16 Octobre à 12h21.
Ça n’a pas été une surprise puisqu’on avait rendez-vous précisément ce jour-là, mon ami le diabète ayant fait pression sur l’obstétricien pour imposer la date.
Pour autant, il y a eu une foultitude de choses, le jour où Soélie est venue au monde.

Le jour de la naissance de Soélie, il y a eu de la douleur, c’est vrai (je ne vais pas te mentir, coupinette, accoucher, ça fait effroyablement mal, surtout quand la péridurale ne marche qu’à moitié). Mais il y a eu plus que ça, beaucoup beaucoup plus.

Le jour de la naissance de Soélie, il y a eu de la lumière. Il faisait très beau ce matin-là, je me souviens du bleu profond du ciel et de l’éclatant soleil.
Il y a aussi eu de la douceur, celle de l’air et celle de la sage-femme qui nous a accompagnés toute la matinée.

Le jour de la naissance de Soélie, il y a eu des couleurs: du bleu roi comme le carrelage de la salle d’accouchement numéro 1 où elle est née (sa grande sœur est née dans la salle 3, tout près, il y a 4 ans :) ), du rose clair comme son visage, du noir comme ses cheveux lisses et abondants. Et aussi du bleu marine comme les très élégantes bottes Aigle façon pêcheur breton de l’obstétricien.

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Le jour de la naissance de Soélie, il y a eu des sourires, des mains qui tenaient les miennes à chaque contraction, le souffle de Charming qui respirait lentement avec moi et des mots d’encouragements qui me faisaient du bien.

Il y a eu des chiffres bien sûr: col de 4 à 10 en 27 minutes, 8 poussées, sortie en 25 minutes, 48 cm et 2,990 kg.
Et puis il y a eu une phrase: « Profitez de votre accouchement » (dixit l’obstétricien – un mec, j’dis ça j’dis rien- alors que, je te le rappelle, la péridurale n’a pas bien fonctionné et que donc je douillais à mort).

Le jour de la naissance de Soélie, les prises de sang, le régime sans sucre, les glycémies, les piqûres d’insuline, les monitorings, les allers-retours aux urgences et mes angoisses s’en sont allées.

Le 16 Octobre, Soélie est arrivée en Tasticottie et elle a fait de cette journée la plus précieuse de l’année 2014…

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