Archive pour la catégorie ‘Couture à poulettes’

Un coquelicot en Tasticottie

Lundi, 23 août 2010

- Bonsoir Mesdames et Messieurs. Nous sommes, Philippe Tissu et moi-même, Nelson Bobine, en direct de NotreVille où Tasticottine vient de donner une conférence de presse extraordinaire.

- Ah là là, Nelson, il y a eu un scoop, ici ! Tasticottine vient de confirmer les rumeurs qui courent à son sujet !

- En effet, Mesdames et Messieurs, Tasticottine a déclaré qu’elle était effectivement enceinte. Je répète cette information majeure, Mesdames et Messieurs, Tasticottine est enceinte !

- C’est énorme, Nelson !… Enfin sans vouloir faire de jeu de mot malheureux…

- Huhuhuhu !… Ahem ! Ainsi donc, plusieurs questions se trouvent résolues ce soir, Philippe.

- Oui Nelson, beaucoup de questions, mais pas toutes quand même. Elle n’a toujours pas dit qui était le futur père…

- Non mais Philippe, ça, c’est domaine du privé. Ce que nous savons désormais, c’est pourquoi elle n’a pas participé au défi J’ai Rien A Me Mettre de Juillet qui avait pour thème le short.

- Moui… Encore qu’elle aurait pu se faire un short de grossesse.

- Certes mais rappelez-vous de ses explications quant à sa pause bloguesque en Juin. Elle a bien dit qu’elle avait été extrêmement fatiguée mais aussi comme dégoûtée, curieusement, de la couture. En plus, à mon sens, elle n’avait pas de patron adéquat sous la main.

- Effectivement Nelson, vous n’avez pas tort. Les premiers mois d’une grossesse peuvent se révéler éprouvants à ce qu’on dit alors ce n’est pas étonnant que la survenue de ce « petit coquelicot », comme elle le nomme elle-même, ait eu une incidence certaine sur sa production couturesque.

- Justement, j’ai noté quelques informations sur ma fiche. Voyons… Tasticottine est donc enceinte de… quasiment 5 mois maintenant et l’heureux événement est prévu pour la fin Décembre.

- La grande inconnue reste donc l’identité du futur papa. Personnellement, je soupçonne ce CharmingPrince dont elle parle parfois…

- Philippe, vous versez dans le ragot de bas étage, là. C’est indigne de vous.

- Mais la France a le droit de savoir, Nelson !

-Pfff… Comme vous y allez, là, Philippe ! J’ai oublié de vous communiquer une information autrement plus importante, Mesdames et Messieurs : nous savons avec certitude maintenant que le coquelicot est une coquelicote !

- Gageons que cela promet de nombreux projets de couture, Nelson.

- En effet, Philippe. Voilà donc Mesdames et Messieurs, la teneur des informations du jour. C’est donc sur cette bonne nouvelle, et sur quelques images de notre couturo-athlète, que Philippe et moi-même vous quittons.

- Excellente soirée et à bientôt !

Quand enfin l’énergie et l’envie me sont revenues, je me suis acheté le livre des Intemporels pour Future Maman. J’ai immédiatement flashé sur cette blouse à manches longues raglan.  La voilà donc dans mon armoire. Elle est sacrément large mais comme j’ai le pressentiment que je vais m’arrondir encore, ce n’est pas grave.

Matériaux utilisés:
- lin gris (Marché de Sarcelles), biais fleuri (Fil 2000)

Les challenges du jour:
- Coudre mon premier vêtement d’adulte avec de vraies manches.

Le tuto derrière tout ça:
La blouse est tirée de ce livre:


Je me suis basée sur le tableau au début du livre et j’ai fait une taille 38 (rapport à mon poitrimoine qui se développe de façon plus qu’enthousiaste). Je me demande si je n’aurais pas dû m’en tenir au 36…

Changements de plan en cours de route:
Je suis allée voir les commentaires sur le blog commun « Je couds Citronille«  et j’ai noté que beaucoup trouvaient les manches un peu courtes. J’ai rallongé les miennes de 15 cm (rapport à mes bras qui sont extraordinairement longs).

Ce qui m’a franchement plu:
- Ce modèle est hyper facile et rapide à faire.

- Je dis rapide, mais pour que ce soit vraiment joli, il faut finir de coudre les bracelets de manche et d’encolure à la main à points glissés. Ca, c’est un peu longuet mais le résultat en vaut le coup. Et en plus j’ai progressé en couture à la main. Jouasse je suis.

Ce qui m’a franchement barbée:
- Je te le donne en mille coupinette: faire les fronces à l’encolure et au bout des manches. Tu me diras: mais pourquoi tu fais toujours des modèles avec des fronces? Pourquoi tu ne les remplaces pas par des plis ou je ne sais quoi? Et bien je te réponds que j’en sais rien. Peut-être bien que j’aime souffrir et me plaindre, va savoir…

Ce qu’on peut retenir de tout ça / Si je devais recommencer:
- Je pense que je la ferai en taille 36, je suis persuadée que même en fin de grossesse, je flotterai dans la taille 38. Je me console en me disant qu’au moins, je serai bien à l’aise. Bien bien même.

La p’tite idée qui fait du bien:
Sur ce coup-là, y’a pas. Désolée.

La fiancée de Manech – fin

Mercredi, 28 juillet 2010

Je lui ai raconté que Marie avait été fiancée au jeune Erwann, un marin très prometteur qui travaillait sur le chalutier du père de Marie. Erwann et Marie devaient se marier à l’été. Et puis il y avait eu cette sortie en mer… Marie allait tous les jours près du phare guetter le bateau de son père. Même lorsqu’on lui avait annoncé que le chalutier avait coulé, elle avait continué à l’attendre, chaque jour, du haut de la falaise. On lui avait montré le corps sans vie d’Erwann mais, malgré cela, elle avait continué à monter sur la falaise pour guetter le navire.

J’ai dû faire une pause dans mon récit parce que j’avais la voix qui partait de traviole. Agathe avait pâli en m’écoutant. Son fils voulait épouser une folle ? C’était ça que j’étais en train de lui expliquer ? Que son fils aimait une fille à l’esprit décollé ?

J’ai secoué la tête et j’ai repris la parole. Non, ce n’était pas ça que j’étais en train de lui expliquer. Pas seulement ça. Marie, on l’avait retrouvée sur la plage, un matin. L’océan avait déposé son corps sur les galets. J’ai raconté à Agathe son air de madone, son teint de porcelaine, le sourire serein qui flottait sur ses lèvres encore roses et sa tempe gauche enfoncée. On n’avait jamais su si elle était tombée ou si elle avait sauté, mais quand on l’avait retrouvée, elle portait sa robe de fiançailles blanche à lignes bleues et le chandail bleu que son père lui avait offert pour ses dix-huit ans, deux mois avant qu’il ne meure en mer.

J’ai alors pris une inspiration, j’ai levé les yeux et j’ai vissé mon regard dans celui d’Agathe pour lui dire… pour lui dire que ça faisait déjà vingt-cinq ans que Marie était morte et enterrée. Et aussi que depuis vingt-cinq ans, on la voyait parfois guetter le bateau de son père, là-haut sur la falaise, vêtue de sa longue robe de fiançailles et de son chandail.

J’ai voulu lui demander pardon, on n’arrivait jamais à raconter cette histoire aux nouveaux arrivants, même si ça faisait vingt ans qu’ils étaient installés là. J’ai voulu lui demander pardon de ne pas le leur avoir dit, à Manech et à elle, mais elle s’est évanouie en plein milieu de ma phrase.

Quand elle a repris ses esprits, ses yeux roulaient follement. Manech avait parlé à Marie, Manech avait embrassé Marie, Manech était allé demander la main de Marie ! Il fallait lui retrouver son petit, il fallait le lui ramener. Elle sanglotait dans son tablier en suppliant et tous les hommes se sont précipités hors du café.

L’instinct d’une mère ne trompe pas, vous savez ? Agathe, au café, elle avait commencé à pleurer son fils. Et elle a continué longtemps. Parce que Manech, on ne l’a jamais retrouvé. Ce n’est pas faute d’avoir cherché pourtant. Surtout moi. J’ai été le dernier à abandonner. Je trouvais que c’était un peu de ma faute, ce qui était arrivé. J’aurais dû le prévenir quand il a commencé à travailler au phare, vous comprenez ? J’aurais dû le prévenir.

Agathe m’a dit qu’elle ne m’en voulait pas, mais au fond de moi, je sais bien que tout ça, c’était un peu de ma faute quand même. J’aurais dû dire à Manech de se méfier…

Ça me pilonne la tête, depuis. Ce que j’aurais dû faire, ce que je n’ai pas fait. Ça me vrille la cervelle pratiquement tout le temps. Parce que, vous voyez, depuis le jour où Manech a disparu, plus personne n’a revu Marie. Ni au bord de la falaise, ni nulle part. Et ça, ça veut dire qu’elle n’attend plus Erwann, qu’elle n’en a plus besoin. Ça veut dire qu’elle a Manech maintenant. Pour sûr, ça veut dire qu’elle a le petit d’Agathe…

Mon Dieu, j’aurais dû le prévenir. J’aurais dû prévenir Manech.


Ça faisait un certain temps que j’avais envie de me confectionner une jupe ou une robe en tissu pour chemise. Quasiment un an, en fait. L’idée a mûri (mieux vaut tard que jamais) et voici la robe longue que je me suis confectionnée pour cet été. Pour aller avec, je me suis tricoté un chandail pour les nuits un peu fraîches (enfin, s’il y en a, ce qui n’est pas forcément gagné là…)

Matériaux utilisés:
- coton pour chemise (Tissus Reine), boutons (Fil 2000), biais bleu ciel (Fil 2000)
- Laine Partner 6 coloris Caban (Phildar)

Les challenges du jour:
- Utiliser un patron Burda (et surtout comprendre les explications)
- Étrenner Pélagie, la surjeteuse Pfaff que je me suis offerte pour mon anniversaire. :D
- Tricoter un pull pour adulte sans faire d’erreur et sans que ça prenne un an et demi.
- Apprendre à faire des augmentations.

Le tuto derrière tout ça:
Je te le donne en mille, coupine, j’ai utilisé un patron du Burda de Juin 2010 pour la robe. C’est la robe 113.
Pour le pull, j’ai tricoté un modèle du livre « Apprendre à tricoter » de Phildar aux éditions Marie-Claire. C’est le modèle 18, le pull court à manches kimono tout en point mousse. Je l’ai tricoté en pus lâche que sur le modèle et il m’a fallu moins de pelotes que ce qui était préconisé (9 au lieu de 11).

Changements de plan en cours de route:
Pour la robe, j’ai pris le haut du modèle 114 au lieu de celui du modèle 113 parce que je voulais des boutons sur le devant du corsage.
Aucun changement d’aucune sorte pour le pull (pas envie de me gaufrer alors que j’allais tricoter pendant des semaines et des semaines).

Ce qui m’a franchement plu:
- Arriver à déchiffrer les explications du Burda et voir que quand on les suit, finalement, c’est pas sorcier.
- Utiliser du tissu à chemise. C’est trop top à travailler, cette matière-là. C’est de la popeline, je crois, en un peu plus épais et bien opaque. Pas eu besoin de doubler ma robe. Je sens que je n’en ai pas fini avec les tissus pour chemise, moi…
- La méthode de Burda pour la couture des parementures.
- Faire des boutonnières en camaïeu de bleu impeccables.
- Soigner les détails. D’ailleurs, tu ne vas pas y couper coupine, j’ai fait un inventaire que tu es priée d’admirer béatement:


Les merveilles que fait ma surjeteuse (j’ai totalement succombé au charme de Pélagie lorsque nous confectionnâmes cette robe, une love story est en train de naître, c’est clair), le biais bleu clair en guise d’ourlet, la fermeture invisible, mes surpiqûres à un millimètre du bord (c’est là que tu vois que je progresse, ce n’était pas envisageable sur des longueurs pareilles l’an dernier) et mes jolies boutonnières.
- Pour le pull, tricoter au point mousse en aiguilles 6, ça montait vite et c’était gratifiant.
- Maîtriser les augmentations et les diminutions.

Ce qui m’a franchement barbée:
- Faire des kilomètres de fronces. J’exagère à peine, au total, j’ai froncé 5,94 mètres de tissu.
- Poser la fermeture invisible. Je n’avais eu aucun problème quand je l’ai fait sur ma jupe mais là, j’ai pédalé dans la semoule pour gérer le bas de la fermeture et le raccord avec la couture latérale.
- Tricoter un pull pour adulte, c’est loooooooong quand même: en tricotant dans les transports et dans le train, j’ai mis deux bons mois.
- Vers la fin, j’ai overdosé du point mousse. Totalement overdosé.

Ce qu’on peut retenir de tout ça / Si je devais recommencer:
- Je saurais que Burda n’est pas écrit en hiéroglyphes et je n’hésiterais pas à me lancer dans la confection d’un modèle. Enfin, en tout cas, je n’attendrais pas un an.
- Il faut vraiment que je m’entraîne à poser des fermetures invisibles, il n’est plus question de galérer comme je l’ai fait.
- Si je refais la même robe un jour, je la fais en wax (l’autre nuit, j’ai rêvé du wax qui collerait bien avec le modèle).
- Il me reste des séquelles de ma période de doute: je ne suis pas sûre des boutons que j’ai choisis. J’hésite à en mettre des neutres blancs. Si tu as un avis coupine, je suis preneuse.
- Niveau tricot, je pense que si je devais recommencer, j’utiliserais une laine plus fine, quitte à mettre quatre mois à le tricoter ce pull…

La p’tite idée qui fait du bien:
Pour bien répartir tes fronces, coupine, je te conseille:
- d’utiliser ce tuto (attention il est en anglais mais les images parlent d’elles-mêmes).
- d’éviter de froncer les zones près des coutures latérales, ça t’évitera des petits bourrelets fort disgracieux. Il vaut mieux laisser ces zones-là « lisses » et ramener les fronces un peu plus loin.

Nuit blanche à Marrakech – suite et fin

Lundi, 12 juillet 2010

Latifa avait tous les hommes de la médina à ses pieds, il y a dix ans. Tous voulaient l’épouser et surtout Youssef. J’étais la meilleure amie, la confidente de Latifa et je savais qu’elle avait un penchant pour le beau et fougueux Youssef. Il était différent des autres, il avait le regard noir et audacieux, un sourire entendu flottant perpétuellement sur ses lèvres et puis il avait l’aura du rebelle, c’était le garçon le plus effronté du quartier. Il répondait à ses aînés et il ne se cachait pas pour admirer Latifa quand elle passait.

Il n’y avait pas qu’à elle que Youssef faisait de l’effet. Elle était troublée, moi j’étais amoureuse. Elle hésitait, moi je me retenais de me jeter aux pieds de Youssef. Elle minaudait, moi je priais qu’il m’offre un regard ou même un coup d’œil, une fois, une seule fois.

Un soir, elle m’a demandé d’aller le trouver et de lui remettre un mot qu’elle venait d’écrire. Mon cœur a bondi à l’idée de le voir, de lui parler. Il allait me regarder, forcément. Il allait me sourire, peut-être. J’ai accepté et j’ai filé comme une flèche, la lettre serrée dans ma main. Quand je l’ai trouvé, j’ai dû surmonter mes tremblements et mon envie de m’enfuir et je lui ai timidement fait signe de s’approcher. Il m’a regardée un moment et puis il a obéi. Il m’a obéi ! A moi ! Je lui ai fait signe et voilà le fier Youssef qui arrivait en trottinant vers moi. Ma poitrine s’est dilatée de bonheur et je lui ai souri.

Ses premiers mots ont saccagé ma joie. « Tu es l’amie de Latifa, n’est-ce pas ? Tu viens de sa part, c’est ça ? »

Je n’ai pas pu me résoudre à accomplir ma mission. Je ne pouvais pas. J’ai menti. Je lui ai dit que Latifa hésitait entre un autre et lui, je lui ai dit qu’il faudrait qu’il en fasse plus pour qu’elle lui succombe, je lui ai décrit mon amie comme une petite dinde prétentieuse. Et ça a marché : Youssef a froncé les sourcils, a donné un coup de pied à un caillou dans la poussière et m’a dit de lui répondre qu’il s’était trompé et qu’elle n’était pas celle qu’il croyait. Il a ajouté qu’il n’était pas un clown et qu’il se sentait insulté.

J’ai répété ces mots à Latifa le soir même. Elle a pleuré, longtemps, trop longtemps pour quelqu’un qui prétendait hésiter. Moi je la consolais et je m’en fichais. Je ne voyais que la petite chance que j’avais. Peut-être pourrai-je avoir Youssef, peut-être un jour serait-il à moi. J’ai voulu alléger la peine de Latifa et j’ai dépeint Youssef comme un garçon désagréable qui n’en voulait qu’à son corps et à la fortune de son père. Je ne sais pas si ce sont mes mots qui l’ont décidée mais quelques semaines plus tard, Latifa épousait un émir lors de noces éblouissantes avant de s’envoler vers l’Arabie Saoudite.

Elle n’était plus là, j’avais le champ libre. J’ai mis beaucoup de temps, mais j’ai fini par avoir Youssef. Nous nous sommes mariés et installés dans cette maison offerte par son oncle. Et il a fini par m’aimer. J’ai passé presque dix ans dans ce cocon d’attention qu’il a tissé autour de moi, j’ai reçu ses cadeaux avec gratitude, je lui ai donné quatre beaux enfants et il a toujours veillé à ce que nous ne manquions de rien.

Ce soir, dans mon lit, je comprends enfin qu’il ne m’a pas tout donné. Je comprends enfin que je n’ai eu qu’une tendresse tiède, forgée par l’habitude et les jours qui passaient. Mon Dieu, j’ai cru être comblée, j’ai cru avoir Youssef, alors que je ne l’ai jamais eu.
Jamais.

Youssef a peut-être fini par m’aimer mais c’est d’elle qu’il est amoureux. Son cœur a toujours appartenu à Latifa, j’en suis sûre. Ce sont ses larmes et son silence qui me l’ont dit, ce soir. Il ne descend toujours pas du toit, il doit penser à elle, là-haut. A elle et à lui, maintenant qu’elle est libre… Pourquoi m’a-t-il demandé si elle était revenue ? Est-ce qu’il veut aller la rejoindre ? Est-ce qu’il va me quitter ?

Ca m’écrase le cœur, ça m’empêche de respirer, ça me fait trop mal de penser cela. Je me défends de ces certitudes assassines en pensant à la chaleur qu’il y a dans ses yeux quand il me voit, aux baisers dont il me couvre spontanément, aux sentiments qu’il y a forcément derrière tous ses cadeaux et surtout derrière le précieux sac qu’il m’a offert.

C’est un sac qui vient de Paris. Il l’a payé une fortune. Pour moi. Il l’a choisi tout seul. Pour moi. Il l’a acheté, avec les accessoires assortis, lors du seul voyage qu’il a fait en France, il y a deux ans. Pour moi. Ce sac, j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux. Il n’a rapporté que ça de son voyage. Rien pour sa mère, rien pour les enfants. Il n’a pensé qu’à moi quand il était là-bas, à Paris.

Je me lève pour aller chercher mon sac dans le coffre où il est soigneusement rangé, emballé dans du papier de soie. Sa couleur violette irisée, sa doublure à petites fleurs, le biais violet rosé qui s’enroule autour de ses poignées, ses trois petites trousses et son porte-monnaie vont m’apaiser. Oui, sa vue va éloigner mes démons, mes peurs et mes remords, c’est certain.

Je le sors. Et dans cette tragique clairvoyance qui m’accompagne en cette nuit si particulière, je remarque enfin que mon beau sac a l’exacte couleur des yeux de Latifa.

L’exacte couleur de ses yeux.





L’hiver dernier, j’ai totalement flashé sur un sac en cuir de chez QuelquePart (traduction littérale). Et j’ai acheté du skaï pour me faire un sac qui s’en inspirait. Ce n’est qu’en ce mois de Juin que j’ai réalisé ma version de ce sac selon un patron maison. Et ma foi, ce fut presque un régal à faire. Presque.

Matériaux utilisés:
skaï (Sacrés Coupons), coton à fleurs (Mondial Tissus), thermocollant moyennement épais (Tissus Reine) biais vieux rose (Toto), matos pour faire une anse réglable et attaches (Fil 2000)

Le tuto derrière tout ça:
Je n’ai utilisé de tuto que pour l’étui à cartes. je l’ai trouvé ici.

Changements de plan en cours de route:
j’ai abandonné une partie des surpiqûres que je voulais mettre dessus. Par ailleurs, je voulais thermocoller le skaï (il me semblait trop souple, je voulais qu’il se tienne) et finalement, j’ai thermocollé la doublure à la place.

Ce qui m’a franchement plu:
Tracer mon patron sur l’envers noir du skaï, couper le skaï (ça ne s’effiloche pas, c’est vraiment nickel), faire l’anse en flip flap sans stress et sans dégâts (j’explique plus bas).

Ce qui m’a franchement barbée:
Thermocoller le skaï. Pourtant, mon essai sur une chute fut anecdotique. Mais au moment de thermocoller mes pièces de skaï, ça a été l’enfer: le skaï semblait fondre (il était encore plus souple qu’au début et il plissait affreusement). Je pense que c’est une question de température du fer à repasser et de patience mais je n’aime pas repasser et j’ai facilement la flemme. J’ai donc bifurqué direct sur le plan B: thermocoller la doublure à la place.
Niveau horreur, le summum, c’était quand même la surpiqûre sur skaï. C’est là que j’ai pu mesurer à quel point je voulais le sac que j’avais imaginé. Je me suis vraiment accrochée. Parce que la Jane, qui ne mouftait pas tant qu’il s’agissait de piquer sur l’envers du skaï, a catégoriquement refusé de piquer sur l’endroit. Rien à faire, c’était niet, le skaï n’était pas entrainé et l’aiguille faisait du surplace au risque de le déchirer. J’ai donc rusé.

Ce qu’on peut retenir de tout ça:
Eh bien s’il te prend l’envie de coudre de jolies surpiqûres sur du skaï, ma grande, il faut que tu mettes du papier (de soie, à patron, sulfurisé, n’importe quoi de fin) entre l’endroit du skaï et le pied de la machine à coudre. Alors là, tu verras, ta machine glissera sur le skaï comme sur n’importe quel tissu. Et quand tu as fini, tu arraches le papier.
Alors évidemment, ce qu’il y a, c’est qu’une fois le papier scotché sur le skaï, tu ne vois plus ce que tu couds. Eh ouais, c’est chi… problématique, pour sûr.
Ce qui fait que tu dois soigner ton morceau de papier. C’est-à-dire que tu ne le déchires pas comme une sagouine pressée, quoi, tu coupes un morceau de largeur connue et constante. Et tu fais bien attention quand tu le colles sur ton skaï. Le mien est quadrillé, c’est plutôt pratique niveau repères mais c’est quand même très chi… long comme opération. Réfléchis bien à tes ambitions avant de te lancer, hein!
Si vraiment tu as TROP la flemme, tu peux tenter de mettre un bout de scotch sous la semelle de ton pied de biche. Mais je ne garantis pas, je n’ai essayé que deux secondes sur une chute.

La p’tite idée qui fait du bien:
Comment faire une anse hyper longue en cousant sur l’endroit du skaï? Facile Cécile!
-Tu scotches du papier de soie de la largeur et de la longueur de l’anse sur un large morceau de skaï plié en deux envers contre envers.
-Tu couds une ligne droite près de chaque bord du papier (en longueur) en prenant bien les deux épaisseurs de skaï.
-Puis tu coupes le skaï le long du papier que tu as collé.
-Tu enlèves le papier et hop! Tu l’as ton anse surpiquée. Top beautiful, isn’t it, my friend?


Nuit blanche à Marrakech

Samedi, 10 juillet 2010

Je n’arrive pas à dormir. Pourtant, la médina est calme, ce soir. Et il y a un petit souffle de vent qui atténue la chaleur moite de la nuit. Mais je n’arrive pas à m’endormir. Je suis trop inquiète pour ça.
Youssef est toujours sur le toit. Je guette le bruit de ses pas fatigués dans l’escalier mais je n’entends rien, je suis sûre qu’il n’a pas bougé.

Je l’ai cherché tout à l’heure pour l’inviter à venir se coucher, comme chaque soir depuis que nous sommes mariés. Il n’était pas assis devant la maison à bavarder autour d’un dernier verre de thé avec les voisins, il n’était pas à son bureau en train de rédiger un courrier, il n’était pas en train de lire dans un coin, il était sur la terrasse, alors qu’il n’y va jamais. Assis tout seul dans un fauteuil, il me tournait le dos.

En m’approchant, j’ai vu qu’il avait le regard levé vers les étoiles. Ses yeux brillaient très fort. En fait, il pleurait. C’était la première fois que je voyais mon mari pleurer, la première fois depuis 9 ans et ça m’a fait très peur. J’ai reculé de deux pas puis je suis revenue près de lui en faisant du bruit pour qu’il me remarque. Il s’est vite essuyé les joues et m’a regardé, avec un sourire laborieux et tremblant plaqué sur les lèvres.

Je lui ai dit doucement qu’il était temps de rejoindre notre couche pour la nuit et il m’a répondu qu’il arrivait dans un instant. Je n’ai pas pu masquer ma surprise. Normalement, il se serait levé dans la seconde et m’aurait suivi en me parlant à voix basse de la douceur de mes cheveux ou de mon parfum qui lui plaisait tant. Mais là, il y avait comme un mur entre lui et moi, c’était comme s’il ne me reconnaissait pas, comme si… comme si j’étais une étrangère, soudain, devant qui il lui fallait faire bonne figure. Ca m’a bouleversée, vraiment bouleversée.

Là-haut sur le toit, à l’heure du coucher, j’ai compris que quelque chose de grave était en train d’arriver.

Il m’a regardée un moment puis il m’a répété qu’il arrivait dans un instant. Il a ajouté qu’il avait besoin d’un peu de solitude. Ça m’a coûté de sourire nonchalamment et de lui dire « à tout à l’heure » comme si de rien n’était, ça m’a coûté de ne pas le presser de questions, ça m’a coûté de jouer moi aussi la comédie. J’ai eu l’impression que mes jambes pesaient des tonnes en redescendant vers notre chambre.

Je me suis couchée immédiatement mais je n’arrive toujours pas à dormir. Je ne peux pas m’empêcher de l’attendre. Je ne peux pas m’empêcher d’espérer qu’il va venir bientôt s’allonger près de moi, m’expliquer à voix basse ce qui ne va pas et me demander de le prendre dans mes bras. Je ne peux pas m’empêcher d’espérer qu’il ne se passe rien de sérieux. Ce n’est peut-être qu’un peu de vague à l’âme ?

Non, ça ne lui ressemble pas du tout.

Je me tourne et me retourne dans mon lit et je n’arrive plus à fuir l’évidence : il se passe quelque chose de dramatique. Quelque chose se disloque, là, sous mes yeux. Et l’effondrement a commencé au dîner, quand j’ai parlé du divorce de Latifa à Youssef.

Il semblait soucieux et je voulais le distraire. Alors je lui ai raconté le bruit qui courait dans toute la médina cette après-midi et que la bonne avait appris de la voisine en étendant le linge dans la cour. Latifa, l’enfant du pays partie épouser un émir en Arabie, avait divorcé.

La petite princesse de la médina, celle à qui tout le monde prédisait un destin de reine, avait échoué. On disait qu’elle avait fauté avec un valet et que son mari l’avait répudiée. On disait aussi qu’elle n’avait pas pu lui donner d’héritier et que ça l’avait condamnée. Le quartier avait passé l’après-midi à salir celle qu’il vénérait il y a encore peu. Je me demandais s’il y avait du vrai dans les rumeurs que Leïla m’avait rapportées et j’étais en train de dire qu’à mon avis, il n’y avait pas de fumée sans feu quand Youssef, qui mangeait la tête baissée en m’écoutant, m’a interrompue pour me demander d’une voix sourde si Latifa était rentrée à Marrakech. Devant mon silence, il a levé les yeux et m’a reposé la question. Je me suis sentie bizarre sous son regard et dans un souffle, je lui ai avoué que je ne savais pas.

C’est là que ça a commencé, j’en suis sûre maintenant, c’est à cet instant-là que Youssef a changé et que ce poids qui me comprime la poitrine s’est installé. C’est là que le voile s’est levé et que la vérité a pris place à nos côtés.

Mais pourquoi ai-je parlé de Latifa ? D’où m’est venue la prétention de croire que ce prénom était inoffensif dans ma maison ? Comment ai-je pu être aussi imprudente ? Comment ai-je pu ?

On reprend les bonnes vieilles habitudes: la suite demain… ou lundi. :D