Archive pour la catégorie ‘Tricot de basse-cour’

La fiancée de Manech – fin

Mercredi, 28 juillet 2010

Je lui ai raconté que Marie avait été fiancée au jeune Erwann, un marin très prometteur qui travaillait sur le chalutier du père de Marie. Erwann et Marie devaient se marier à l’été. Et puis il y avait eu cette sortie en mer… Marie allait tous les jours près du phare guetter le bateau de son père. Même lorsqu’on lui avait annoncé que le chalutier avait coulé, elle avait continué à l’attendre, chaque jour, du haut de la falaise. On lui avait montré le corps sans vie d’Erwann mais, malgré cela, elle avait continué à monter sur la falaise pour guetter le navire.

J’ai dû faire une pause dans mon récit parce que j’avais la voix qui partait de traviole. Agathe avait pâli en m’écoutant. Son fils voulait épouser une folle ? C’était ça que j’étais en train de lui expliquer ? Que son fils aimait une fille à l’esprit décollé ?

J’ai secoué la tête et j’ai repris la parole. Non, ce n’était pas ça que j’étais en train de lui expliquer. Pas seulement ça. Marie, on l’avait retrouvée sur la plage, un matin. L’océan avait déposé son corps sur les galets. J’ai raconté à Agathe son air de madone, son teint de porcelaine, le sourire serein qui flottait sur ses lèvres encore roses et sa tempe gauche enfoncée. On n’avait jamais su si elle était tombée ou si elle avait sauté, mais quand on l’avait retrouvée, elle portait sa robe de fiançailles blanche à lignes bleues et le chandail bleu que son père lui avait offert pour ses dix-huit ans, deux mois avant qu’il ne meure en mer.

J’ai alors pris une inspiration, j’ai levé les yeux et j’ai vissé mon regard dans celui d’Agathe pour lui dire… pour lui dire que ça faisait déjà vingt-cinq ans que Marie était morte et enterrée. Et aussi que depuis vingt-cinq ans, on la voyait parfois guetter le bateau de son père, là-haut sur la falaise, vêtue de sa longue robe de fiançailles et de son chandail.

J’ai voulu lui demander pardon, on n’arrivait jamais à raconter cette histoire aux nouveaux arrivants, même si ça faisait vingt ans qu’ils étaient installés là. J’ai voulu lui demander pardon de ne pas le leur avoir dit, à Manech et à elle, mais elle s’est évanouie en plein milieu de ma phrase.

Quand elle a repris ses esprits, ses yeux roulaient follement. Manech avait parlé à Marie, Manech avait embrassé Marie, Manech était allé demander la main de Marie ! Il fallait lui retrouver son petit, il fallait le lui ramener. Elle sanglotait dans son tablier en suppliant et tous les hommes se sont précipités hors du café.

L’instinct d’une mère ne trompe pas, vous savez ? Agathe, au café, elle avait commencé à pleurer son fils. Et elle a continué longtemps. Parce que Manech, on ne l’a jamais retrouvé. Ce n’est pas faute d’avoir cherché pourtant. Surtout moi. J’ai été le dernier à abandonner. Je trouvais que c’était un peu de ma faute, ce qui était arrivé. J’aurais dû le prévenir quand il a commencé à travailler au phare, vous comprenez ? J’aurais dû le prévenir.

Agathe m’a dit qu’elle ne m’en voulait pas, mais au fond de moi, je sais bien que tout ça, c’était un peu de ma faute quand même. J’aurais dû dire à Manech de se méfier…

Ça me pilonne la tête, depuis. Ce que j’aurais dû faire, ce que je n’ai pas fait. Ça me vrille la cervelle pratiquement tout le temps. Parce que, vous voyez, depuis le jour où Manech a disparu, plus personne n’a revu Marie. Ni au bord de la falaise, ni nulle part. Et ça, ça veut dire qu’elle n’attend plus Erwann, qu’elle n’en a plus besoin. Ça veut dire qu’elle a Manech maintenant. Pour sûr, ça veut dire qu’elle a le petit d’Agathe…

Mon Dieu, j’aurais dû le prévenir. J’aurais dû prévenir Manech.


Ça faisait un certain temps que j’avais envie de me confectionner une jupe ou une robe en tissu pour chemise. Quasiment un an, en fait. L’idée a mûri (mieux vaut tard que jamais) et voici la robe longue que je me suis confectionnée pour cet été. Pour aller avec, je me suis tricoté un chandail pour les nuits un peu fraîches (enfin, s’il y en a, ce qui n’est pas forcément gagné là…)

Matériaux utilisés:
- coton pour chemise (Tissus Reine), boutons (Fil 2000), biais bleu ciel (Fil 2000)
- Laine Partner 6 coloris Caban (Phildar)

Les challenges du jour:
- Utiliser un patron Burda (et surtout comprendre les explications)
- Étrenner Pélagie, la surjeteuse Pfaff que je me suis offerte pour mon anniversaire. :D
- Tricoter un pull pour adulte sans faire d’erreur et sans que ça prenne un an et demi.
- Apprendre à faire des augmentations.

Le tuto derrière tout ça:
Je te le donne en mille, coupine, j’ai utilisé un patron du Burda de Juin 2010 pour la robe. C’est la robe 113.
Pour le pull, j’ai tricoté un modèle du livre « Apprendre à tricoter » de Phildar aux éditions Marie-Claire. C’est le modèle 18, le pull court à manches kimono tout en point mousse. Je l’ai tricoté en pus lâche que sur le modèle et il m’a fallu moins de pelotes que ce qui était préconisé (9 au lieu de 11).

Changements de plan en cours de route:
Pour la robe, j’ai pris le haut du modèle 114 au lieu de celui du modèle 113 parce que je voulais des boutons sur le devant du corsage.
Aucun changement d’aucune sorte pour le pull (pas envie de me gaufrer alors que j’allais tricoter pendant des semaines et des semaines).

Ce qui m’a franchement plu:
- Arriver à déchiffrer les explications du Burda et voir que quand on les suit, finalement, c’est pas sorcier.
- Utiliser du tissu à chemise. C’est trop top à travailler, cette matière-là. C’est de la popeline, je crois, en un peu plus épais et bien opaque. Pas eu besoin de doubler ma robe. Je sens que je n’en ai pas fini avec les tissus pour chemise, moi…
- La méthode de Burda pour la couture des parementures.
- Faire des boutonnières en camaïeu de bleu impeccables.
- Soigner les détails. D’ailleurs, tu ne vas pas y couper coupine, j’ai fait un inventaire que tu es priée d’admirer béatement:


Les merveilles que fait ma surjeteuse (j’ai totalement succombé au charme de Pélagie lorsque nous confectionnâmes cette robe, une love story est en train de naître, c’est clair), le biais bleu clair en guise d’ourlet, la fermeture invisible, mes surpiqûres à un millimètre du bord (c’est là que tu vois que je progresse, ce n’était pas envisageable sur des longueurs pareilles l’an dernier) et mes jolies boutonnières.
- Pour le pull, tricoter au point mousse en aiguilles 6, ça montait vite et c’était gratifiant.
- Maîtriser les augmentations et les diminutions.

Ce qui m’a franchement barbée:
- Faire des kilomètres de fronces. J’exagère à peine, au total, j’ai froncé 5,94 mètres de tissu.
- Poser la fermeture invisible. Je n’avais eu aucun problème quand je l’ai fait sur ma jupe mais là, j’ai pédalé dans la semoule pour gérer le bas de la fermeture et le raccord avec la couture latérale.
- Tricoter un pull pour adulte, c’est loooooooong quand même: en tricotant dans les transports et dans le train, j’ai mis deux bons mois.
- Vers la fin, j’ai overdosé du point mousse. Totalement overdosé.

Ce qu’on peut retenir de tout ça / Si je devais recommencer:
- Je saurais que Burda n’est pas écrit en hiéroglyphes et je n’hésiterais pas à me lancer dans la confection d’un modèle. Enfin, en tout cas, je n’attendrais pas un an.
- Il faut vraiment que je m’entraîne à poser des fermetures invisibles, il n’est plus question de galérer comme je l’ai fait.
- Si je refais la même robe un jour, je la fais en wax (l’autre nuit, j’ai rêvé du wax qui collerait bien avec le modèle).
- Il me reste des séquelles de ma période de doute: je ne suis pas sûre des boutons que j’ai choisis. J’hésite à en mettre des neutres blancs. Si tu as un avis coupine, je suis preneuse.
- Niveau tricot, je pense que si je devais recommencer, j’utiliserais une laine plus fine, quitte à mettre quatre mois à le tricoter ce pull…

La p’tite idée qui fait du bien:
Pour bien répartir tes fronces, coupine, je te conseille:
- d’utiliser ce tuto (attention il est en anglais mais les images parlent d’elles-mêmes).
- d’éviter de froncer les zones près des coutures latérales, ça t’évitera des petits bourrelets fort disgracieux. Il vaut mieux laisser ces zones-là « lisses » et ramener les fronces un peu plus loin.

Le fils du héros – suite et fin

Vendredi, 7 mai 2010

Ce jour-là j’étais en retard et quand je suis entré dans la cantine après la douche, il y avait un attroupement autour de Marco. Je me suis approché et j’ai vu la médaille et la photo de papa sur la table devant lui. Je ne sais pas comment il avait fait pour les trouver, je les avais soigneusement cachés. J’ai levé les yeux vers lui et j’ai été pétrifié : il avait le bonnet de Papa à la main. Il le faisait tourner autour de son index et me regardait avec un sourire mauvais.

-Regarde ce que j’ai trouvé dans ta chambre, Barland… C’est joli, ces petits souvenirs. C’était à ton papa ?

Comme je ne répondais pas, les yeux fixés sur lui, il fit mine d’enfiler le bonnet de Papa sur sa tête. Je me suis jeté sur lui et je le lui ai arraché des mains avant qu’il ne le souille. J’avais du mal à maîtriser ma respiration tellement j’étais en colère mais j’étais résolu à ne pas me laisser atteindre. Un homme doit savoir se dominer. Papa disait souvent ça, d’après ma mère. Alors je suis resté digne. J’ai ramassé la photo et la médaille, j’ai tourné les talons et j’ai commencé à m’éloigner.

C’est là qu’il a tout sali.

Il a dit que tout ça n’était qu’un mensonge pathétique, qu’aucun pompier volontaire n’était mort dans un incendie à l’époque de ma naissance et que d’ailleurs, il n’y avait jamais eu de pompier du nom de Barland. Il dit que j’étais pitoyable avec mon idole bidon, que mon père était sans doute un pauvre ivrogne qui avait croisé ma mère dans un bar et qu’il devait avoir été bien minable pour qu’elle ait préféré me mentir sur lui.

Je n’ai pas pu… Je n’ai pas pu me dominer. Dans ma tête, il s’est passé quelque chose de très bizarre, comme si la lumière s’était subitement éteinte. Je l’ai cogné. Très très fort. Je ne me souviens pas très bien de ce qui s’est passé. Il parait que j’ai tapé sa tête contre le sol quatre ou cinq fois avant que les autres n’interviennent. Il paraît qu’ils ont dû se mettre à quatre pour me maîtriser.

Personne ne touche à Papa. Personne.

Au procès, ma mère a dit qu’elle avait tout inventé, qu’elle ne savait pas qui était mon père et qu’elle ne voulait pas que j’en souffre. Je n’ai pas compris pourquoi elle a menti. Bien sûr qu’elle savait qui était mon père. Il s’appelait Daniel Barland et il était pompier volontaire à Bordeaux…

Ca y est! La réponse du surveillant général est arrivée. Enfin, enfin, enfin ! On m’autorise à récupérer mon bonnet.

Tout ira bien maintenant, tout ira bien une fois que Papa sera là.


Ça fait un bout de temps maintenant, mais cet hiver, j’ai tricoté un bonnet pour Mister Charming. J’ai utilisé le tuto suivant (ça n’a pas été de la tarte de le trouver, c’est moi ou il y a très peu de tutos tricot pour hommes, sur le net ?).

Laine Phildar, aiguilles 4,5

Alors, Mister Charming était ravi mais il a trouvé que le bonnet était un peu court (il se gelait les lobes) et qu’il laissait trop passer l’air. Autant pour ma patiente et minutieuse recherche de fil 100% laine coloris bleu marine à travers toute la ville.

Il y a donc deux PMF évidents :

-      Faire un bonnet plus « long »

-      Tricoter en fil double pour réduire le phénomène d’aération trop intensive

Je vais pouvoir appliquer ces PMF dès l’hiver prochain : le précieux bonnet a été oublié dans un Thalys, fin Mars…:/

Ce post solde mon passif d’hiver, terminées les réalisations spécial froid, il est plus que temps d’accueillir le printemps.

Le fils du héros

Jeudi, 6 mai 2010

Ma mère est venue me voir quatre fois. A chacune de ses visites, elle a passé son temps à pleurer. Au début, je lui disais que ça ne servait plus à rien de pleurer, que le mal était fait. Maintenant, je ne dis plus rien. Ses larmes ne me touchent pas, au contraire, elles m’agacent de plus en plus. Alors je ne fais rien pour la consoler, je ne lui prends pas la main, je ne la regarde même pas. Elle m’énerve, ma mère. Depuis son témoignage au tribunal, elle m’énerve. J’aimerais bien qu’elle arrête de venir.

Papa, en revanche, me manque. Il me manque terriblement. Je me sens seul et déboussolé sans lui, ici. Je voudrais qu’il soit là. Chaque matin, j’espère. Chaque soir, je suis déçu. Et ça recommence le lendemain.  Je passe mon temps à cela : espérer, me remettre de ma déception, et espérer à nouveau. J’ai besoin de sentir que je ne l’ai pas déçu, qu’il m’aime toujours et que j’ai bien agi.

Je ne pouvais pas faire autrement, de toute façon. Je ne pouvais pas…

J’ai toujours tout fait pour que Papa soit fier de moi. J’ai été un bon garçon, j’ai travaillé dur à l’école, j’ai fait beaucoup de sport et j’ai décidé de devenir pompier, comme lui. Il était pompier volontaire et il adorait ça. Il aurait bien voulu être sapeur-pompier professionnel. Alors j’ai intégré la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. Ça n’a pas été facile, mais j’ai serré les dents. J’ai tout enduré, j’ai travaillé d’arrache-pied et j’y suis arrivé. Pour lui, pour Papa. Et je suis sûr qu’il a dû me trouver digne de lui, le jour où j’ai été reçu.

Papa est mort quelques mois avant ma naissance, dans l’incendie d’un immeuble. Il a sauvé une famille des flammes et il est retourné vérifier qu’il n’y avait plus personne dans leur appartement. Le plafond du second étage s’est effondré sur lui. Papa est mort en héros. C’était un héros, un authentique héros.

Quand j’ai raconté son histoire aux copains, Marco a dit en ricanant que Papa avait surtout été stupide. Être pompier, selon lui, c’est être discipliné et obéir aux ordres. Son chef avait sûrement ordonné d’évacuer les lieux, si le bâtiment menaçait de s’effondrer. Alors Marco trouvait ça totalement débile d’avoir désobéi. Pour lui, Papa était mort par bêtise.

Ça m’a beaucoup énervé mais je ne l’ai pas montré. Un homme doit savoir se dominer. Je lui ai expliqué qu’il n’avait rien compris, que c’était une question d’étoffe. Certains écoutaient leur courage avant tout alors que d’autres cachaient leur lâcheté derrière une obéissance aveugle aux ordres. J’ai ajouté qu’à mon avis, l’étoffe dont Marco était faite devait beaucoup ressembler à une serpillère, vu son attitude avec le lieutenant de la caserne. Ça lui a fermé son clapet et ça a fait rire les copains.

Ma mère m’a toujours beaucoup parlé de Papa. Elle m’a décrit son sourire, son caractère, sa démarche, ses idées et mille autres détails sur lui. En plus, elle m’a raconté des tas d’anecdotes à son propos. Grâce à elle, je connais parfaitement Papa, je sais quel homme il était.

Ce qui me faisait le plus plaisir quand j’étais petit, c’était quand ma mère me disait que je ressemblais à Papa. Ça et le récit de la réaction de Papa quand il avait appris qu’il allait avoir un fils. Il avait pleuré de joie. Il avait fêté la nouvelle pendant deux semaines, annonçant son bonheur à venir à tout le monde et trinquant au champagne chaque fois que l’opportunité se présentait. Ma mère riait en me disant qu’il avait été saoul en continu pendant des jours et des jours. Elle ne l’avait jamais vu aussi heureux. Et elle se sentait comblée.

La mort de papa l’a anéantie. Elle m’a dit que la douleur avait été telle que si je n’avais pas été là, elle se serait sûrement tuée. Selon elle, je l’ai sauvée. Elle a voulu vivre pour moi, le trésor de mon père. Elle m’a dit qu’elle avait tout jeté, brûlé ou donné. Les vêtements de Papa, leurs photos de vacances, ses papiers, ses livres. Toutes ses affaires. Elle avait tout éparpillé et puis elle avait déménagé de Bordeaux vers la région parisienne. Il ne lui restait de Papa que la médaille posthume donnée par la ville, une photo de lui dans sa tenue de pompier et son bonnet.

Elle n’avait pas pu le jeter. Ce bonnet, c’était le porte-bonheur de Papa. Il était bleu marine avec une fine ligne rouge. C’était elle qui le lui avait tricoté et même s’il trouvait qu’il ne lui couvrait pas assez les oreilles, il l’avait toujours avec lui, sur la tête ou dans la poche. Il y tenait beaucoup.

Il ne l’avait pas, le soir où il est mort. Il l’avait égaré et, pressé par le temps, avait renoncé à le chercher. Maman l’avait retrouvé dans la salle de bains, derrière le bidet.

Elle l’a gardé et me l’a offert pour mon dixième anniversaire.

Quand je porte le bonnet de Papa, j’ai l’impression que c’est sa main qui est posée sur ma tête, je me sens particulièrement bien, serein et en sécurité. Il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre que quand je porte le bonnet de Papa, il est tout simplement là, avec moi.

Ça me trouble mais je n’arrive pas à savoir si Papa était avec moi, ce jour-là. Je ne m’en rappelle pas et ça me ronge. J’ai peur qu’il m’ait abandonné.

A suivre…

L’indiscipline des Ladies – suite et fin

Mercredi, 21 avril 2010

Se retournant, il vit dévaler des fruits et des légumes dans l’escalier. Voulant arrêter leur course, il posa son sac par terre. Malheureusement, ce dernier se renversa et ses achats se mêlèrent aux fruits et légumes qui tombaient dans l’escalier. A son tour, il jura et entreprit de ramasser ceux qu’il pensait lui appartenir.

Il leva la tête en entendant des pas dans l’escalier. C’était la jeune femme qu’il avait vue chez le maraîcher, celle qui était si bizarrement habillée. Il n’avait pas souvenir de l’avoir déjà rencontrée dans l’immeuble. Pourtant, Aline et lui y habitaient depuis près de 3 ans maintenant. Elle devait avoir dans les 25 ans et une lumineuse cascade de cheveux roux et bouclés ruisselait sur ses épaules. Ses yeux noisette avaient une lueur malicieuse et elle pouffa comme une gamine en le voyant accroupi.

Toujours souriante, elle s’accroupit près de lui et ramassa des courgettes et des aubergines, tentant, sans succès, de les caler sous son bras droit.

- Désolée, mon sac en papier s’est déchiré et mes courses en ont profité pour se faire la malle.

- Euh… oui. J’ai essayé de les arrêter mais dans le mouvement, j’ai bêtement renversé mon sac à provisions.

- Vous aviez des pommes, vous aussi ?

- Oui, des Pink Lady

- Sans doute ont-elles voulu rejoindre leurs copines. Les pommes sont très indisciplinées, vous savez ? Surtout les Ladies. Question d’égo sans doute. Ca fait un moment que je l’ai remarqué.

Sylvain sourit et sa gêne s’évanouit. Elle était rigolote. Et en plus, elle avait un accent charmant. Il coula un regard vers elle et vit qu’elle lui tendait la main.

- Emily Akminster. Enchantée.

- Sylvain Jorinion, de même. Vous avez emménagé récemment ? Je ne vous avais jamais vue ici.

Emily rit et lui dit qu’elle s’apprêtait justement à lui poser la même question. Ça faisait un an et demi qu’elle habitait là, au 4ème et dernier étage de l’immeuble.

Ils ramassèrent leurs fruits et légumes et Sylvain proposa qu’ils aillent chez lui pour les départager. Emily accepta et, entrant à sa suite dans la cuisine, elle lui demanda s’il pourrait lui prêter un sac. Ils parvinrent à tout répartir, sauf les pommes. Sylvain ne se souvenait plus combien il en avait pris et Emily non plus. Elle proposa de partager à parts égales mais Sylvain répliqua qu’il n’en avait besoin que d’une, pour son dessert. Elle lui demanda alors s’il mangeait seul et lorsqu’il acquiesça, lui proposa de partager la ratatouille qu’elle comptait faire pour le déjeuner. « J’en fais toujours dix fois trop et après je suis bonne pour en manger pendant plus d’une semaine ».

Sylvain sourit largement, amusé, et lui dit qu’il avait justement prévu de se faire une ratatouille, lui aussi. Il hésita, puis accepta sa proposition à la condition qu’il puisse l’aider. Il s’y connaissait, il était originaire de Provence, d’une petite ville près d’Aubagne. Elle ne connaîtrait sûrement pas, ça s’appelait Carnoux-en-Provence et c’était un peu paumé.

Elle s’écria, ravie, que si, si, si ! Elle connaissait Carnoux-en-Provence ! Elle y avait passé deux jours l’été précédent, lors d’un séjour d’inspiration dans le sud de la France.

Sylvain était curieux. Qu’était-ce donc qu’un séjour d’inspiration ? Emily lui expliqua alors qu’elle était peintre et lui promit de lui montrer quelques-unes de ses toiles après le déjeuner.

Son appartement sous les toits lui ressemblait. Il était grand, très clair, chaleureux, plein de guirlandes et de meubles aux couleurs vives. Elle avait une caille comme animal de compagnie et était décidément très drôle. Sylvain passa un très bon moment avec elle, à l’écouter parler de ses stupéfiantes découvertes en France. Elle racontait si bien. Ils rirent beaucoup, puis parlèrent un peu d’eux-mêmes, autour d’un second café.  Il ne vit pas le temps passer et lorsqu’il quitta l’appartement, il était 16h20.

Cinq heures ! Il avait passé plus de cinq heures avec Emily ! Il avait une étrange sensation, comme s’il s’était assoupi et se réveillait soudain, incertain de la limite entre le rêve et la réalité. Sur la table de sa cuisine, il retrouva sa pomme et sourit en repensant au commentaire d’Emily sur les pommes Pink Lady.

Secouant la tête, il se dirigea vers son salon, à court d’idées. S’affalant dans son canapé sur lequel il avait laissé son manteau, il sentit quelque chose le gêner. Il se redressa, saisit son manteau, pensant à ses clés dont le trousseau était décidément trop volumineux… et extirpa de la poche le petit écrin gris qu’il était allé chercher le matin même.


Mes bras ont passé l’hiver confortablement cette année. Ma belle-sœur m’ayant fait cadeau d’une de ses chaudes paires de guêtres, j’ai un jour eu l’idée de m’en couvrir les bras plutôt que les mollets (pour lesquels j’ai des chaussettes en laine hyper efficaces). Et je n’étais pas peu fière: du style, de l’originalité et mes bras au chaud, le top de la bonne idée. Les guêtres étaient noires et j’avais envie d’en avoir des marrons pour aller avec mon tablier d’hiver. J’ai ai donc tricotées, en côtes 2/2.

Laine Partner 6 de Phildar, tricotée avec des aiguilles n° 5

Rassurez-vous, je les ai finies il y a un moment déjà et j’ai eu l’occasion de les mettre quelques fois avant que ce satané printemps vienne nous coller son soleil en pleine figure.