Bras de fer pour une voiture
Jeudi, 11 février 2010Gérard était au bar depuis des heures. Une bière à moitié bue à la main, les yeux dans le vague, il écoutait le morceau de blues que diffusait le jukebox.
Il avait refusé les parties de billard ou de cartes qu’on lui avait proposées, il se sentait déprimé et las.
Nicole lui avait pourri la vie pendant un mois. Trente longs jours d’enfer à ne manger que des surgelés dégueulasses et à moitié froids, trente tristes jours à dormir à l’auberge du cul tourné, trente interminables jours sans un sourire ni un mot gentil. Rien que d’y penser, il en avait les larmes aux yeux. Elle avait été franchement odieuse. O-dieuse !
Et tout ça pour une voiture…
Gérard avala une gorgée de bière et esquissa un sourire amer. Il avait perdu.
Il venait de rendre sa nouvelle voiture au concessionnaire. Une belle berline allemande qui forçait l’admiration. Turbo diesel, six cylindres en V, cent quatre-vingt-dix chevaux, intérieur cuir. Une pure merveille ! C’était tel un plaisir de la conduire ! Et puis elle sentait si bon le neuf…
Gérard soupira. Vu le prix de la nouvelle voiture, il avait fallu vendre leurs deux anciens véhicules. Nicole n’avait pas eu l’air contrariée quand il le lui avait expliqué. Bon d’accord, il aurait sans doute du lui en parler avant de vendre la sienne mais elle ne s’en servait pas très souvent et elle avait eu l’air de comprendre quand il lui en avait parlé. Elle avait hoché la tête, murmuré : « Ah oui, si c’est pour aller avec ta promotion, évidemment… » et était allée faire le dîner. C’était le lendemain qu’elle avait commencé sa vendetta. Sibérie à la maison. Dès le matin.
Il avait serré les dents, refusant de rendre son bijou. Nicole, de son côté, avait refusé de conduire la nouvelle voiture, ce qui l’arrangeait bien au fond. Il conduisait les enfants à la danse, au cheval, au judo ou au dessin et allait les chercher sans rechigner. Avec sa nouvelle voiture, il aimait presque les embouteillages, tellement il était bien dedans. Il avait décidé d’attendre que Nicole se calme et arrête de lui battre froid, ce qui, il en était persuadé, ne tarderait pas à arriver. C’était toujours comme ça : il suffisait qu’il tienne bon et elle finissait par jeter l’éponge.
Sauf que là, il avait craqué le premier. A cause de la Saint-Valentin.
Chaque année, ils déposaient les enfants chez sa belle-mère, se mettaient sur leur trente-et-un et allaient passer la soirée en tête à tête dans leur restaurant fétiche. Et chaque année, cette nuit-là était… magique. Ils retombaient amoureux l’un de l’autre. Gérard était sûr que la Saint-Valentin contribuait grandement à la solidité de leur mariage.
Cette année, quand il était rentré, Gérard était tombé sur la baby-sitter qui lui avait dit que Nicole était allée au cinéma avec une amie.
Le soir de la Saint-Valentin ! Leur soir à eux !
Il avait craqué. Dès le lendemain, il avait ramené le bolide chez le concessionnaire et sommé Nicole de choisir la nouvelle voiture. Elle lui avait souri pour la première fois depuis des semaines et avait choisi… un break. Une familiale pour transporter tout le monde confortablement, avait-elle dit. Il y avait des rangements partout, un intérieur sombre, avec des sièges jaunes et bleus, des petites fleurs vertes sur les appuie-têtes et des bandes colorées sur la carrosserie. Un vrai truc de hippie, quoi.
Et qui avait coûté quasiment autant que la berline. Un truc de fous, mais alors… De fous !
Gérard en était totalement atterré. Désormais, ils allaient rouler là-dedans ! Il avait vendu son bijou, son bolide, pour rouler dans un break. De hippie.
Consternant !
De quoi aurait-il l’air en arrivant le matin à la banque dans une voiture aussi bariolée ? Il avait un devoir de sobriété, il était le nouveau directeur quand même! Nicole avait beau dire qu’au contraire, ils le trouveraient plutôt sympa, il était certain qu’ils allaient tous bien rigoler et que lui se sentirait bien humilié.
Alors Gérard s’était réfugié au bar et n’en sortait plus, noyant sa déprime dans la bière.
Il avait perdu.
De sa poche, dépassait les photos du nouveau break de Nicole :
Wax, popeline bleue, popeline orange et coton vert (ma réserve personnelle), rubans (achetés dans un bazar), élastiques jaunes (mercerie du marché Saint-Pierre), fleurs en feutrine (Bricorama – eh oui, qui l’eut cru ?)
Audrey avait vu le sac à couverts que j’avais fait pour Iza. Elle m’a demandé de lui en faire également un. Elle n’avait pas de préférence au niveau des couleurs, elle voulait juste des touches de wax et un intérieur assez sombre.
Par rapport à celui d’Iza, le sac à couverts d’Audrey a des rabats de poches arrondis et pourvus de pressions plutôt que de scratchs.
J’ai eu envie de rajouter des rubans sur l’extérieur et de mettre des élastiques jaunes. D’ailleurs, par rapport à la photo, il y a une petite différence au niveau de l’élastique extérieur, que j’ai modifié pour qu’il soit un peu plus long.
En faisant ce sac, j’ai réalisé qu’un de mes grands plaisirs en couture, c’était les petites pièces et les détails. J’ai aussi vu que j’avais drôlement progressé en rapidité.
Bon à part ça, les loulous, ne vous étonnez pas si vous n’entendez pas parler de moi la semaine prochaine, je pars en vacances. Je vois des yeux brillants d’espoir mais malheureusement, je n’ai pas eu le temps de préparer des posts automatiques pour peupler les vacances. Comme d’hab, quoi.
Mais je me ferai pardonner à mon retour, promis !









