Archive pour mai 2010

La gloire des guerriers – suite et fin

Jeudi, 20 mai 2010

Ne t’inquiète pas, ça ne s’arrêtera pas. Je m’en suis occupé. J’ai quitté Sophie pour toi. Je ne lui ai pas dit qu’elle nous confondait. Je lui ai expliqué que ce spectacle, c’était notre fierté, notre vie, l’expression de nos racines et qu’elle ne pouvait pas demander ce sacrifice-là. Qu’arrêter revenait à mourir doucement. Je lui ai expliqué qu’elle était tombée amoureuse d’un guerrier et qu’elle voulait en faire autre chose. Je lui ai expliqué que ça ne marcherait pas et qu’elle n’aimerait plus cet homme qu’elle aura dénaturé.

Mais elle n’a pas compris. Elle n’a rien compris. Elle m’a parlé d’avenir à assurer, d’études, d’un bon métier, de famille, d’enfants, de maison… Elle a même osé employer le mot « rêve », tu imagines ? Elle m’a brossé un tableau si poussiéreux, si lourd, si insignifiant de sa vision du bonheur à deux que je n’ai plus hésité. J’ai rompu. J’ai rompu pour te sauver, Akeem.

Je lui ai dit qu’il n’y avait pas de vie dans ce qu’elle décrivait. Je lui ai dit qu’on allait mortellement s’ennuyer. Je lui ai dit que j’avais réfléchi, que je m’étais trompé, qu’elle était le genre de fille avec qui on finissait forcément par s’ennuyer, le genre qui ne comprenait rien à rien. Elle a eu le regard noyé. Alors je l’ai achevée. Je lui ai dit que j’étais trop jeune pour m’enterrer avec elle, qu’il y avait cette écuyère qui me plaisait bien. Je lui ai dit que je pensais être amoureux. Elle a commencé à pleurer. Puis elle a sangloté. Et ensuite, elle s’est enfuie.

Elle ne répondra plus à tes appels. Je lui ai fait suffisamment mal pour que tu n’arrives plus jamais à la joindre.

Tu oublieras, tu verras. A chaque spectacle qui se déroulera parfaitement, tu l’oublieras un peu plus. A chaque ovation du public, son visage pâlira dans ton esprit. Et dans quelques mois, tout au plus, je t’assure que tu n’y penseras plus, à cette fille. Elle ne te méritait pas, Akeem, elle ne méritait pas une miette de toi.

Le final approche, je me concentre et je m’élance pour mon grand saut. J’ai été là pour toi, je sais que tu seras là pour moi. Je sais qu’à ton tour, tu vas me rattraper avant que je ne me jette dans la gueule du lion. Je sais que tu vas me rattraper et me soulever à bout de bras dans les airs.

Toujours ensemble. Envers et contre tout, nous serons toujours ensemble, Akeem.


Vous vous rappelez de Charlie, mon sac à courses d’hiver ? Et bien je lui ai fait deux petits frères d’été. Un pour moi et un pour ma copine Claire. Le mien, c’est celui au biais bleu et celui de Claire, celui au biais bordeaux. Ils sont en wax tous les deux, comme le préconisait une bonne partie d’entre vous (et puis Claire a choisi son tissu dans mon stock et il s’est trouvé que c’était du wax) :

Wax, biais bordeaux et biais tourquoise (Fil 2000), fermetures éclair (de mon stock)

Claire voulait pouvoir transporter des bouteilles dans son sac à courses, je l’ai donc rallongé de 2,5 centimètres.

En outre, j’avais constaté que les anses de Charlie étaient un peu étroites, du coup ses frères ont des anses rallongées de 2,5 centimètres également.

Pour la petite pochette, je n’étais pas complètement convaincue par celle de Charlie, finalement, je la trouvais trop volumineuse. J’ai donc utilisé des fermetures éclairs de 10 centimètres, trouvées dans mon stock. J’ai toutefois gardé l’épaisseur afin que le rangement demeure aisé.*

Et pour celles et ceux qui se posent la question: ben non, je n’ai pas fini mon coupon de wax aux dragons…

*A ce propos, un tuto m’a été demandé à l’époque où j’ai fait la pochette de Charlie. Mille pardons, je n’ai pas oublié mais je n’ai pas encore pris le temps de le faire. Je promets de faire un tuto courant juin.

La gloire des guerriers

Mercredi, 19 mai 2010

Et maintenant Akeem ? Maintenant que nous sommes au bord de la piste, prétends-tu encore que tout ça ne compte plus ? Les gradins bondés, les cris, les applaudissements, les flashs qui crépitent, ça ne te fait plus battre le cœur ? Tout cet amour que le public nous offre à chaque fois, ces instants où il nous ovationne à s’en faire mal aux mains alors que nous n’avons encore rien fait, ça ne te touche plus ? Ca ne te nourrit plus ?

Mais alors, qu’est-ce qui te fait briller les yeux ? Je te regarde du coin de l’œil en attendant que le silence se fasse et je vois bien l’éclat dans tes yeux, je le vois bien. Ne me mens pas, mon frère, ce n’est pas la peine. Je connais ta vérité tout comme tu connais la mienne.

Quelle importance que nous soyons nés à Juvisy-sur-Orge et pas sur le sol africain ? Pourquoi as-tu honte ? Nous ne sommes pas un mensonge, Akeem. Notre peau est réellement noire, nos lances sont réellement affutées, le lion que nous affrontons soir après soir sur le sable de cette piste est réellement dangereux. Nous sommes des guerriers, Akeem ! De vrais guerriers ! Ne prétend pas le contraire, ne me parle pas d’illusion. Où est l’escroquerie dans ce que nous faisons, Akeem ? Dis-moi, où est-elle ?

Notre numéro est un succès depuis le début. Les gens nous adulent partout où nous allons. L’histoire que nous racontons, ce lion que nous charmons, excitons, énervons et domptons, ces cabrioles, ces saltos, ces grands écarts et ces danses que nous exécutons, tout ce que nous faisons, Akeem, tout ce que nous faisons sous ce chapiteau est un hommage à notre mère, l’Afrique.

Et peu importe que nous n’y soyons pas encore allés. Nous savons tous les deux d’où nous venons. Nous le savons parfaitement, ne le nie pas.

Quand nous apparaissons sur la piste, le corps ceint de wax africain et la lance fièrement plantée, quand nous parcourons lentement la piste des yeux, quand nous nous immobilisons, le torse bombé et le sourcil froncé en attendant de commencer, nous sommes des géants, mon frère, des colosses d’ébène. Et en nous coule l’essence des habitants de notre terre natale.

Quand tu as dit que tu avais honte de ce que nous faisions, que tu voulais arrêter, j’ai eu très mal. Et puis j’ai réfléchi et j’ai compris.

C’est cette fille. Sophie.

C’est elle qui a abîmé l’estime que tu te portais, n’est-ce pas ? Tu as changé depuis que tu la connais. Même si tu n’as jamais rien voulu me dire sur elle, je sais. Je sais qu’elle est étudiante en philosophie, je sais qu’elle est d’une famille bourgeoise, je sais qu’elle t’aime et je sais qu’elle veut te transformer. Qu’elle veut que tu arrêtes le cirque. Qu’elle trouve ça indigne.

Indigne de qui ?

De toi ? Vraiment ? Ou bien d’elle ?

Je vous ai écoutés à votre dernier rendez-vous, Akeem. Je ne te le dirai jamais, je crois, mais j’ai entendu tes promesses et j’ai bien senti à ta voix sourde combien ces mots te coûtaient. Elle t’a coupé en deux, Akeem, n’est-ce pas ? Maintenant, en toi, il y a le cirque, le spectacle, la gloire d’un côté, et la promesse d’une vie d’amour, rangée, avec elle, de l’autre côté.

Et moi, Akeem ? Moi ton frère jumeau, ton « presque toi », de quel côté m’as-tu rangé ? Du côté du passé, n’est-ce pas ? Avec le cirque et la gloire.

Ce n’est pas Sophie qui nous a séparés. Les fissures entre nous ont commencé bien avant, je le sais. Je peux même te dire quand. C’est le jour où tu as insisté pour que nos costumes soient différents. Je ne voulais pas, je n’avais jamais voulu qu’il y ait la moindre différence entre nous, je voulais que nous restions identiques. Uniques et totalement identiques. Mais ce jour-là, j’ai cédé. Et maintenant que je vois ton pagne en wax vert et bordeaux, ton front, tes biceps et tes mollets ceints de tissu bordeaux alors qu’il y a des dragons bleus sur mon pagne et que ma tête et mes membres s’ornent de bleu turquoise, je regrette. Je regrette amèrement. Quelque chose s’est déchiré et maintenant, il y a toutes ces choses qui nous séparent, tous ces secrets, toutes ces choses que nous ne nous dirons jamais.

Les applaudissements se calment et les tam-tams prennent le relais. C’est le moment que je préfère, celui où nous nous regardons, inspirons de concert puis nous élançons sur la piste grillagée où le lion nous attend, assis en plein milieu. C’est le moment où nous nous rejoignons et ne formons qu’un seul être à deux corps, le moment où ma vie prend tout son sens.

Je ne veux pas que tu partes, Akeem, je ne pourrais pas vivre sans toi. Je ne pourrais pas.

J’ai vu Sophie, tout à l’heure. Ca non plus, je ne te le dirai jamais. Un secret de plus, une pierre de plus entre nous. Je l’ai attendue près de sa fac, je voulais lui parler, je ne savais pas de quoi, mais je voulais essayer. Et tu sais ce qui s’est passé ?

En sortant de ses cours, elle m’a vu et s’est jetée dans mes bras. Elle m’a appelé Akeem. Elle m’a pris pour toi. Qu’est-ce donc que cette femme qui prétend t’aimer, façonner ton destin et qui ne te reconnaît même pas ? Dis-moi, Akeem, qui est cette femme qui ne fait pas suffisamment attention à toi pour te distinguer de moi ? Elle n’a même pas douté, même pas hésité ! Pourtant elle sait, elle sait que tu as un frère jumeau. C’est pour elle que tu veux casser ta vie ? Pour elle que tu veux tout laisser tomber ?

Non, Akeem, tu ne peux pas faire ça. Pas pour elle.

Nous exécutons les mêmes acrobaties, nous avons les mêmes mouvements, nous respirons au même rythme sur la piste, et je me sens heureux. Tu vois, Akeem, ce n’est que là, dans cette cage avec toi, que je me sens complètement vivant. Vivant et entier. Mes cris répondent aux tiens, nous cernons le lion, le faisons rugir sans frémir, le repoussons avec nos lances et recommençons à sauter, à danser, à vibrer au son des tam-tams. Et je sens que toi aussi, tu te sens vivant, là, dans cette cage avec moi, que toi non plus, tu n’as pas envie que ça s’arrête.

A suivre…

Le fils du héros – suite et fin

Vendredi, 7 mai 2010

Ce jour-là j’étais en retard et quand je suis entré dans la cantine après la douche, il y avait un attroupement autour de Marco. Je me suis approché et j’ai vu la médaille et la photo de papa sur la table devant lui. Je ne sais pas comment il avait fait pour les trouver, je les avais soigneusement cachés. J’ai levé les yeux vers lui et j’ai été pétrifié : il avait le bonnet de Papa à la main. Il le faisait tourner autour de son index et me regardait avec un sourire mauvais.

-Regarde ce que j’ai trouvé dans ta chambre, Barland… C’est joli, ces petits souvenirs. C’était à ton papa ?

Comme je ne répondais pas, les yeux fixés sur lui, il fit mine d’enfiler le bonnet de Papa sur sa tête. Je me suis jeté sur lui et je le lui ai arraché des mains avant qu’il ne le souille. J’avais du mal à maîtriser ma respiration tellement j’étais en colère mais j’étais résolu à ne pas me laisser atteindre. Un homme doit savoir se dominer. Papa disait souvent ça, d’après ma mère. Alors je suis resté digne. J’ai ramassé la photo et la médaille, j’ai tourné les talons et j’ai commencé à m’éloigner.

C’est là qu’il a tout sali.

Il a dit que tout ça n’était qu’un mensonge pathétique, qu’aucun pompier volontaire n’était mort dans un incendie à l’époque de ma naissance et que d’ailleurs, il n’y avait jamais eu de pompier du nom de Barland. Il dit que j’étais pitoyable avec mon idole bidon, que mon père était sans doute un pauvre ivrogne qui avait croisé ma mère dans un bar et qu’il devait avoir été bien minable pour qu’elle ait préféré me mentir sur lui.

Je n’ai pas pu… Je n’ai pas pu me dominer. Dans ma tête, il s’est passé quelque chose de très bizarre, comme si la lumière s’était subitement éteinte. Je l’ai cogné. Très très fort. Je ne me souviens pas très bien de ce qui s’est passé. Il parait que j’ai tapé sa tête contre le sol quatre ou cinq fois avant que les autres n’interviennent. Il paraît qu’ils ont dû se mettre à quatre pour me maîtriser.

Personne ne touche à Papa. Personne.

Au procès, ma mère a dit qu’elle avait tout inventé, qu’elle ne savait pas qui était mon père et qu’elle ne voulait pas que j’en souffre. Je n’ai pas compris pourquoi elle a menti. Bien sûr qu’elle savait qui était mon père. Il s’appelait Daniel Barland et il était pompier volontaire à Bordeaux…

Ca y est! La réponse du surveillant général est arrivée. Enfin, enfin, enfin ! On m’autorise à récupérer mon bonnet.

Tout ira bien maintenant, tout ira bien une fois que Papa sera là.


Ça fait un bout de temps maintenant, mais cet hiver, j’ai tricoté un bonnet pour Mister Charming. J’ai utilisé le tuto suivant (ça n’a pas été de la tarte de le trouver, c’est moi ou il y a très peu de tutos tricot pour hommes, sur le net ?).

Laine Phildar, aiguilles 4,5

Alors, Mister Charming était ravi mais il a trouvé que le bonnet était un peu court (il se gelait les lobes) et qu’il laissait trop passer l’air. Autant pour ma patiente et minutieuse recherche de fil 100% laine coloris bleu marine à travers toute la ville.

Il y a donc deux PMF évidents :

-      Faire un bonnet plus « long »

-      Tricoter en fil double pour réduire le phénomène d’aération trop intensive

Je vais pouvoir appliquer ces PMF dès l’hiver prochain : le précieux bonnet a été oublié dans un Thalys, fin Mars…:/

Ce post solde mon passif d’hiver, terminées les réalisations spécial froid, il est plus que temps d’accueillir le printemps.

Le fils du héros

Jeudi, 6 mai 2010

Ma mère est venue me voir quatre fois. A chacune de ses visites, elle a passé son temps à pleurer. Au début, je lui disais que ça ne servait plus à rien de pleurer, que le mal était fait. Maintenant, je ne dis plus rien. Ses larmes ne me touchent pas, au contraire, elles m’agacent de plus en plus. Alors je ne fais rien pour la consoler, je ne lui prends pas la main, je ne la regarde même pas. Elle m’énerve, ma mère. Depuis son témoignage au tribunal, elle m’énerve. J’aimerais bien qu’elle arrête de venir.

Papa, en revanche, me manque. Il me manque terriblement. Je me sens seul et déboussolé sans lui, ici. Je voudrais qu’il soit là. Chaque matin, j’espère. Chaque soir, je suis déçu. Et ça recommence le lendemain.  Je passe mon temps à cela : espérer, me remettre de ma déception, et espérer à nouveau. J’ai besoin de sentir que je ne l’ai pas déçu, qu’il m’aime toujours et que j’ai bien agi.

Je ne pouvais pas faire autrement, de toute façon. Je ne pouvais pas…

J’ai toujours tout fait pour que Papa soit fier de moi. J’ai été un bon garçon, j’ai travaillé dur à l’école, j’ai fait beaucoup de sport et j’ai décidé de devenir pompier, comme lui. Il était pompier volontaire et il adorait ça. Il aurait bien voulu être sapeur-pompier professionnel. Alors j’ai intégré la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. Ça n’a pas été facile, mais j’ai serré les dents. J’ai tout enduré, j’ai travaillé d’arrache-pied et j’y suis arrivé. Pour lui, pour Papa. Et je suis sûr qu’il a dû me trouver digne de lui, le jour où j’ai été reçu.

Papa est mort quelques mois avant ma naissance, dans l’incendie d’un immeuble. Il a sauvé une famille des flammes et il est retourné vérifier qu’il n’y avait plus personne dans leur appartement. Le plafond du second étage s’est effondré sur lui. Papa est mort en héros. C’était un héros, un authentique héros.

Quand j’ai raconté son histoire aux copains, Marco a dit en ricanant que Papa avait surtout été stupide. Être pompier, selon lui, c’est être discipliné et obéir aux ordres. Son chef avait sûrement ordonné d’évacuer les lieux, si le bâtiment menaçait de s’effondrer. Alors Marco trouvait ça totalement débile d’avoir désobéi. Pour lui, Papa était mort par bêtise.

Ça m’a beaucoup énervé mais je ne l’ai pas montré. Un homme doit savoir se dominer. Je lui ai expliqué qu’il n’avait rien compris, que c’était une question d’étoffe. Certains écoutaient leur courage avant tout alors que d’autres cachaient leur lâcheté derrière une obéissance aveugle aux ordres. J’ai ajouté qu’à mon avis, l’étoffe dont Marco était faite devait beaucoup ressembler à une serpillère, vu son attitude avec le lieutenant de la caserne. Ça lui a fermé son clapet et ça a fait rire les copains.

Ma mère m’a toujours beaucoup parlé de Papa. Elle m’a décrit son sourire, son caractère, sa démarche, ses idées et mille autres détails sur lui. En plus, elle m’a raconté des tas d’anecdotes à son propos. Grâce à elle, je connais parfaitement Papa, je sais quel homme il était.

Ce qui me faisait le plus plaisir quand j’étais petit, c’était quand ma mère me disait que je ressemblais à Papa. Ça et le récit de la réaction de Papa quand il avait appris qu’il allait avoir un fils. Il avait pleuré de joie. Il avait fêté la nouvelle pendant deux semaines, annonçant son bonheur à venir à tout le monde et trinquant au champagne chaque fois que l’opportunité se présentait. Ma mère riait en me disant qu’il avait été saoul en continu pendant des jours et des jours. Elle ne l’avait jamais vu aussi heureux. Et elle se sentait comblée.

La mort de papa l’a anéantie. Elle m’a dit que la douleur avait été telle que si je n’avais pas été là, elle se serait sûrement tuée. Selon elle, je l’ai sauvée. Elle a voulu vivre pour moi, le trésor de mon père. Elle m’a dit qu’elle avait tout jeté, brûlé ou donné. Les vêtements de Papa, leurs photos de vacances, ses papiers, ses livres. Toutes ses affaires. Elle avait tout éparpillé et puis elle avait déménagé de Bordeaux vers la région parisienne. Il ne lui restait de Papa que la médaille posthume donnée par la ville, une photo de lui dans sa tenue de pompier et son bonnet.

Elle n’avait pas pu le jeter. Ce bonnet, c’était le porte-bonheur de Papa. Il était bleu marine avec une fine ligne rouge. C’était elle qui le lui avait tricoté et même s’il trouvait qu’il ne lui couvrait pas assez les oreilles, il l’avait toujours avec lui, sur la tête ou dans la poche. Il y tenait beaucoup.

Il ne l’avait pas, le soir où il est mort. Il l’avait égaré et, pressé par le temps, avait renoncé à le chercher. Maman l’avait retrouvé dans la salle de bains, derrière le bidet.

Elle l’a gardé et me l’a offert pour mon dixième anniversaire.

Quand je porte le bonnet de Papa, j’ai l’impression que c’est sa main qui est posée sur ma tête, je me sens particulièrement bien, serein et en sécurité. Il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre que quand je porte le bonnet de Papa, il est tout simplement là, avec moi.

Ça me trouble mais je n’arrive pas à savoir si Papa était avec moi, ce jour-là. Je ne m’en rappelle pas et ça me ronge. J’ai peur qu’il m’ait abandonné.

A suivre…