Archive pour juillet 2010

Les grandes vacances

Vendredi, 30 juillet 2010

Eh oui coupinette, je pars en vacances, moi aussi.
Direction la Vendée et l’océan.

Bon, je mets « grandes vacances », ça ne va durer que 15 jours en fait. Mais c’est toujours ça de pris.

J’ai beaucoup hésité mais finalement j’ai pris ma machine à coudre avec moi (on part en voiture, c’est ce qui m’a décidée). Je te montrerai ce que j’ai cousu à mon retour, promis.

Bon alors bien sûr, comme l’an dernier, j’ai ambitionné de préparer des posts et de les programmer pour que tu ne t’aperçoives pas de mon absence. Et comme l’an dernier, je ne l’ai évidemment pas fait.  Que veux-tu, on ne se refait pas, hein…

Allez, je file. Bonnes vacances!

La fiancée de Manech – fin

Mercredi, 28 juillet 2010

Je lui ai raconté que Marie avait été fiancée au jeune Erwann, un marin très prometteur qui travaillait sur le chalutier du père de Marie. Erwann et Marie devaient se marier à l’été. Et puis il y avait eu cette sortie en mer… Marie allait tous les jours près du phare guetter le bateau de son père. Même lorsqu’on lui avait annoncé que le chalutier avait coulé, elle avait continué à l’attendre, chaque jour, du haut de la falaise. On lui avait montré le corps sans vie d’Erwann mais, malgré cela, elle avait continué à monter sur la falaise pour guetter le navire.

J’ai dû faire une pause dans mon récit parce que j’avais la voix qui partait de traviole. Agathe avait pâli en m’écoutant. Son fils voulait épouser une folle ? C’était ça que j’étais en train de lui expliquer ? Que son fils aimait une fille à l’esprit décollé ?

J’ai secoué la tête et j’ai repris la parole. Non, ce n’était pas ça que j’étais en train de lui expliquer. Pas seulement ça. Marie, on l’avait retrouvée sur la plage, un matin. L’océan avait déposé son corps sur les galets. J’ai raconté à Agathe son air de madone, son teint de porcelaine, le sourire serein qui flottait sur ses lèvres encore roses et sa tempe gauche enfoncée. On n’avait jamais su si elle était tombée ou si elle avait sauté, mais quand on l’avait retrouvée, elle portait sa robe de fiançailles blanche à lignes bleues et le chandail bleu que son père lui avait offert pour ses dix-huit ans, deux mois avant qu’il ne meure en mer.

J’ai alors pris une inspiration, j’ai levé les yeux et j’ai vissé mon regard dans celui d’Agathe pour lui dire… pour lui dire que ça faisait déjà vingt-cinq ans que Marie était morte et enterrée. Et aussi que depuis vingt-cinq ans, on la voyait parfois guetter le bateau de son père, là-haut sur la falaise, vêtue de sa longue robe de fiançailles et de son chandail.

J’ai voulu lui demander pardon, on n’arrivait jamais à raconter cette histoire aux nouveaux arrivants, même si ça faisait vingt ans qu’ils étaient installés là. J’ai voulu lui demander pardon de ne pas le leur avoir dit, à Manech et à elle, mais elle s’est évanouie en plein milieu de ma phrase.

Quand elle a repris ses esprits, ses yeux roulaient follement. Manech avait parlé à Marie, Manech avait embrassé Marie, Manech était allé demander la main de Marie ! Il fallait lui retrouver son petit, il fallait le lui ramener. Elle sanglotait dans son tablier en suppliant et tous les hommes se sont précipités hors du café.

L’instinct d’une mère ne trompe pas, vous savez ? Agathe, au café, elle avait commencé à pleurer son fils. Et elle a continué longtemps. Parce que Manech, on ne l’a jamais retrouvé. Ce n’est pas faute d’avoir cherché pourtant. Surtout moi. J’ai été le dernier à abandonner. Je trouvais que c’était un peu de ma faute, ce qui était arrivé. J’aurais dû le prévenir quand il a commencé à travailler au phare, vous comprenez ? J’aurais dû le prévenir.

Agathe m’a dit qu’elle ne m’en voulait pas, mais au fond de moi, je sais bien que tout ça, c’était un peu de ma faute quand même. J’aurais dû dire à Manech de se méfier…

Ça me pilonne la tête, depuis. Ce que j’aurais dû faire, ce que je n’ai pas fait. Ça me vrille la cervelle pratiquement tout le temps. Parce que, vous voyez, depuis le jour où Manech a disparu, plus personne n’a revu Marie. Ni au bord de la falaise, ni nulle part. Et ça, ça veut dire qu’elle n’attend plus Erwann, qu’elle n’en a plus besoin. Ça veut dire qu’elle a Manech maintenant. Pour sûr, ça veut dire qu’elle a le petit d’Agathe…

Mon Dieu, j’aurais dû le prévenir. J’aurais dû prévenir Manech.


Ça faisait un certain temps que j’avais envie de me confectionner une jupe ou une robe en tissu pour chemise. Quasiment un an, en fait. L’idée a mûri (mieux vaut tard que jamais) et voici la robe longue que je me suis confectionnée pour cet été. Pour aller avec, je me suis tricoté un chandail pour les nuits un peu fraîches (enfin, s’il y en a, ce qui n’est pas forcément gagné là…)

Matériaux utilisés:
- coton pour chemise (Tissus Reine), boutons (Fil 2000), biais bleu ciel (Fil 2000)
- Laine Partner 6 coloris Caban (Phildar)

Les challenges du jour:
- Utiliser un patron Burda (et surtout comprendre les explications)
- Étrenner Pélagie, la surjeteuse Pfaff que je me suis offerte pour mon anniversaire. :D
- Tricoter un pull pour adulte sans faire d’erreur et sans que ça prenne un an et demi.
- Apprendre à faire des augmentations.

Le tuto derrière tout ça:
Je te le donne en mille, coupine, j’ai utilisé un patron du Burda de Juin 2010 pour la robe. C’est la robe 113.
Pour le pull, j’ai tricoté un modèle du livre « Apprendre à tricoter » de Phildar aux éditions Marie-Claire. C’est le modèle 18, le pull court à manches kimono tout en point mousse. Je l’ai tricoté en pus lâche que sur le modèle et il m’a fallu moins de pelotes que ce qui était préconisé (9 au lieu de 11).

Changements de plan en cours de route:
Pour la robe, j’ai pris le haut du modèle 114 au lieu de celui du modèle 113 parce que je voulais des boutons sur le devant du corsage.
Aucun changement d’aucune sorte pour le pull (pas envie de me gaufrer alors que j’allais tricoter pendant des semaines et des semaines).

Ce qui m’a franchement plu:
- Arriver à déchiffrer les explications du Burda et voir que quand on les suit, finalement, c’est pas sorcier.
- Utiliser du tissu à chemise. C’est trop top à travailler, cette matière-là. C’est de la popeline, je crois, en un peu plus épais et bien opaque. Pas eu besoin de doubler ma robe. Je sens que je n’en ai pas fini avec les tissus pour chemise, moi…
- La méthode de Burda pour la couture des parementures.
- Faire des boutonnières en camaïeu de bleu impeccables.
- Soigner les détails. D’ailleurs, tu ne vas pas y couper coupine, j’ai fait un inventaire que tu es priée d’admirer béatement:


Les merveilles que fait ma surjeteuse (j’ai totalement succombé au charme de Pélagie lorsque nous confectionnâmes cette robe, une love story est en train de naître, c’est clair), le biais bleu clair en guise d’ourlet, la fermeture invisible, mes surpiqûres à un millimètre du bord (c’est là que tu vois que je progresse, ce n’était pas envisageable sur des longueurs pareilles l’an dernier) et mes jolies boutonnières.
- Pour le pull, tricoter au point mousse en aiguilles 6, ça montait vite et c’était gratifiant.
- Maîtriser les augmentations et les diminutions.

Ce qui m’a franchement barbée:
- Faire des kilomètres de fronces. J’exagère à peine, au total, j’ai froncé 5,94 mètres de tissu.
- Poser la fermeture invisible. Je n’avais eu aucun problème quand je l’ai fait sur ma jupe mais là, j’ai pédalé dans la semoule pour gérer le bas de la fermeture et le raccord avec la couture latérale.
- Tricoter un pull pour adulte, c’est loooooooong quand même: en tricotant dans les transports et dans le train, j’ai mis deux bons mois.
- Vers la fin, j’ai overdosé du point mousse. Totalement overdosé.

Ce qu’on peut retenir de tout ça / Si je devais recommencer:
- Je saurais que Burda n’est pas écrit en hiéroglyphes et je n’hésiterais pas à me lancer dans la confection d’un modèle. Enfin, en tout cas, je n’attendrais pas un an.
- Il faut vraiment que je m’entraîne à poser des fermetures invisibles, il n’est plus question de galérer comme je l’ai fait.
- Si je refais la même robe un jour, je la fais en wax (l’autre nuit, j’ai rêvé du wax qui collerait bien avec le modèle).
- Il me reste des séquelles de ma période de doute: je ne suis pas sûre des boutons que j’ai choisis. J’hésite à en mettre des neutres blancs. Si tu as un avis coupine, je suis preneuse.
- Niveau tricot, je pense que si je devais recommencer, j’utiliserais une laine plus fine, quitte à mettre quatre mois à le tricoter ce pull…

La p’tite idée qui fait du bien:
Pour bien répartir tes fronces, coupine, je te conseille:
- d’utiliser ce tuto (attention il est en anglais mais les images parlent d’elles-mêmes).
- d’éviter de froncer les zones près des coutures latérales, ça t’évitera des petits bourrelets fort disgracieux. Il vaut mieux laisser ces zones-là « lisses » et ramener les fronces un peu plus loin.

La fiancée de Manech – suite

Mardi, 27 juillet 2010

Manech a éclos en quelques semaines. Il souriait à tout le monde, il parlait volontiers aux uns et aux autres, il sifflotait en arrivant au phare. Nous, on pensait tous que c’était son travail au phare qui lui mettait du soleil dans la tête. Les responsabilités, ça vous met un homme à l’endroit, vous savez. Et puis il était considéré autrement, dans le village, maintenant qu’il travaillait sérieusement. Alors on se disait tous que c’était ça qui avait fait que le petit s’était épanoui.

C’est Agathe qui a découvert le pot aux roses. Un jour qu’elle rangeait la chambre de son fils, elle a ouvert son carton à dessins et elle a compris. Le soir venu, elle lui a demandé s’il était amoureux. Manech a rougi mais il a soutenu son regard quand il a répondu oui. C’était devenu un homme, il regardait en face désormais.

Homme ou pas, la question de sa mère l’a libéré de son secret. Et ce soir-là, il parla longuement à sa mère de cette jeune femme qu’il dessinait tout le temps. De la première fois qu’il l’avait vue, depuis le phare, petite silhouette sur la falaise vêtue d’une longue robe blanche, les cheveux dansant dans le vent, les yeux fixés sur l’horizon, les bras enserrant son torse comme si elle avait froid. De toutes les fois, après, où il l’avait épiée. De la première fois qu’il l’avait approchée, en rentrant après la relève, de ses yeux couleur d’orage, des reflets cuivrés dans ses boucles châtains et de ses lèvres fruitées. Elle était toujours au même endroit, sur la falaise. Et elle portait sa robe blanche qui était en fait ornée de fines lignes verticales bleues et, sur le corsage, de boutons en camaïeu de bleu. Elle frissonnait dans cette robe légère aux épaules découvertes, alors Manech lui avait proposé sa veste et elle avait refusé, disant qu’elle avait un pull. Elle avait alors enfilé par-dessus sa robe un chandail court bleu marine, avec des manches retroussées qui lui arrivaient aux coudes et un large col qui allait pratiquement d’une de ses épaules à l’autre. En rentrant, ce soir-là, il l’avait dessinée de mémoire, pour ne rien oublier d’elle. Marie. Elle s’appelait Marie. Et Manech parla longuement à sa mère de la voix douce de Marie, du sourire de Marie, du regard de Marie et aussi de son rire.

Manech voulait l’épouser. Il allait lui demander sa main le lendemain. Agathe, ça l’avait fait pleurer d’entendre son fils parler comme un homme, de le voir si décidé, si assuré. Elle l’avait embrassé sur les deux joues, ce qu’elle ne faisait plus depuis très longtemps.

Au café, le lendemain, quand Agathe nous a rapporté sa conversation avec son fils, tout le monde a levé son verre pour saluer la bonne nouvelle. Et puis on lui a posé des questions.

Et au fur et à mesure qu’elle répondait le peu qu’elle savait, l’atmosphère s’alourdissait. Quand elle nous révéla que la petite fiancée s’appelait Marie Le Calvez, Jean, mon voisin de table lâcha son verre qui alla exploser sur le sol. Un silence complet se fit dans la salle et Agathe, qui sortait un portrait de Marie pour nous montrer combien la fiancée de son Manech était belle, interrompit son geste et nous regarda tour à tour, étonnée.

Que voulez-vous… Elle ne pouvait pas savoir, la pauvre, elle ne pouvait pas savoir. Qui le lui aurait dit ?

Ben moi je l’ai fait, ce matin-là, au café. Personne ne se décidait à ouvrir la bouche, alors je lui ai parlé de Marie Le Calvez.

A suivre… Hé oui, surprise! :D

La fiancée de Manech

Dimanche, 25 juillet 2010

Ça ne m’étonne pas que vous ayez du mal à avoir des détails sur l’histoire de Manech Mériadec, Mademoiselle. Vous savez, les gens d’ici n’aiment pas trop en causer, ils ont peur que ça leur porte malheur. Moi, je vous en parle parce que cette histoire me torture depuis dix ans. Alors j’ai pensé que, peut-être, si je vous raconte, ça va m’aider, vous comprenez ?

Manech, c’était un bon garçon. Il n’avait jamais causé le moindre souci à Agathe, sa mère. On ne le voyait jamais chahuter avec les autres garçons du village, il faut dire qu’il ne se mélangeait pas beaucoup. On ne l’entendait pas souvent non plus, c’était un taiseux, vous voyez ? Il a grandi tout seul dans son coin, à rêver et à faire des dessins à longueur de journée. Certains, au village, disaient que son corps avait grandi mais qu’à force de solitude, son esprit avait lambiné en route et que c’était pour ça qu’à presque vingt ans, il avait toujours sa tête de petit garçon innocent. Moi je n’étais pas d’accord.

Manech passait beaucoup de temps à regarder et à dessiner l’océan. Agathe, sa mère, disait que c’était la nostalgie de son père qui l’attirait vers l’eau. Agathe était veuve d’un marin originaire d’ici. Son mari était mort peu de temps après qu’ils soient venus s’installer. Je me souviens, Manech était tout petit à l’époque. Agathe aurait pu retourner dans son pays basque natal mais elle était restée et trimait dur pour que son petit ait une vie décente. Du coup, tout le monde les avait adoptés au village, même si c’étaient des étrangers ; ils sont très vite devenus des nôtres, tous les deux.

C’est arrivé l’année où la mère de Goulven est tombée malade. Goulven, c’était le deuxième gardien du phare, mon équipier. Il était parti plusieurs semaines pour s’occuper de sa mère, plus loin dans les terres. Agathe était très fière parce que Manech avait décroché son remplacement, on aurait dit que son fils avait été reçu à un concours national. En réalité, il n’y avait pas d’autre candidat, c’est un métier très éprouvant, gardien de phare, vous savez, Mademoiselle. On reste tout seul de longues heures en tête à tête avec l’océan, il n’y a personne à qui parler, on se coltine des manœuvres pas très compliquées mais pénibles et monotones à faire… Tout le monde ne peut pas devenir gardien de phare, vous savez. Il faut être fait pour ça.

C’était le cas de Manech. Un bon garçon, vraiment. Il a appris très vite et je n’ai jamais eu à me plaindre de lui. Il était consciencieux, attentif, soigneux. Il respectait le phare et ça… ça, ça me faisait plaisir, vous voyez ? Ça, ça voulait tout dire. En plus, il était ponctuel et quand on n’a qu’une hâte, c’est de retrouver sa femme et ses enfants après avoir passé des heures tout seul là-haut, la ponctualité de l’autre, c’est primordial. Manech n’était pas du tout lent et bête comme tout le monde le prétendait. Il était un peu timide, c’est vrai, mais autrement, il était parfaitement normal. Je n’avais pas peur de lui confier le phare. Je partais l’esprit si tranquille quand il venait prendre la relève que, très vite, dans ma tête, il était devenu mon équipier à part entière.

Parfois, la nuit, quand je pense à lui, je me demande pourquoi je ne l’ai pas prévenu. On ne parlait pas beaucoup, on se faisait que se croiser, mais quand même, ça faisait partie des consignes que j’aurais dû lui donner. C’était presque une question professionnelle. Pourtant je ne lui ai rien dit. Et je ne sais toujours pas pourquoi.

A suivre…