La fiancée de Manech – suite

Manech a éclos en quelques semaines. Il souriait à tout le monde, il parlait volontiers aux uns et aux autres, il sifflotait en arrivant au phare. Nous, on pensait tous que c’était son travail au phare qui lui mettait du soleil dans la tête. Les responsabilités, ça vous met un homme à l’endroit, vous savez. Et puis il était considéré autrement, dans le village, maintenant qu’il travaillait sérieusement. Alors on se disait tous que c’était ça qui avait fait que le petit s’était épanoui.

C’est Agathe qui a découvert le pot aux roses. Un jour qu’elle rangeait la chambre de son fils, elle a ouvert son carton à dessins et elle a compris. Le soir venu, elle lui a demandé s’il était amoureux. Manech a rougi mais il a soutenu son regard quand il a répondu oui. C’était devenu un homme, il regardait en face désormais.

Homme ou pas, la question de sa mère l’a libéré de son secret. Et ce soir-là, il parla longuement à sa mère de cette jeune femme qu’il dessinait tout le temps. De la première fois qu’il l’avait vue, depuis le phare, petite silhouette sur la falaise vêtue d’une longue robe blanche, les cheveux dansant dans le vent, les yeux fixés sur l’horizon, les bras enserrant son torse comme si elle avait froid. De toutes les fois, après, où il l’avait épiée. De la première fois qu’il l’avait approchée, en rentrant après la relève, de ses yeux couleur d’orage, des reflets cuivrés dans ses boucles châtains et de ses lèvres fruitées. Elle était toujours au même endroit, sur la falaise. Et elle portait sa robe blanche qui était en fait ornée de fines lignes verticales bleues et, sur le corsage, de boutons en camaïeu de bleu. Elle frissonnait dans cette robe légère aux épaules découvertes, alors Manech lui avait proposé sa veste et elle avait refusé, disant qu’elle avait un pull. Elle avait alors enfilé par-dessus sa robe un chandail court bleu marine, avec des manches retroussées qui lui arrivaient aux coudes et un large col qui allait pratiquement d’une de ses épaules à l’autre. En rentrant, ce soir-là, il l’avait dessinée de mémoire, pour ne rien oublier d’elle. Marie. Elle s’appelait Marie. Et Manech parla longuement à sa mère de la voix douce de Marie, du sourire de Marie, du regard de Marie et aussi de son rire.

Manech voulait l’épouser. Il allait lui demander sa main le lendemain. Agathe, ça l’avait fait pleurer d’entendre son fils parler comme un homme, de le voir si décidé, si assuré. Elle l’avait embrassé sur les deux joues, ce qu’elle ne faisait plus depuis très longtemps.

Au café, le lendemain, quand Agathe nous a rapporté sa conversation avec son fils, tout le monde a levé son verre pour saluer la bonne nouvelle. Et puis on lui a posé des questions.

Et au fur et à mesure qu’elle répondait le peu qu’elle savait, l’atmosphère s’alourdissait. Quand elle nous révéla que la petite fiancée s’appelait Marie Le Calvez, Jean, mon voisin de table lâcha son verre qui alla exploser sur le sol. Un silence complet se fit dans la salle et Agathe, qui sortait un portrait de Marie pour nous montrer combien la fiancée de son Manech était belle, interrompit son geste et nous regarda tour à tour, étonnée.

Que voulez-vous… Elle ne pouvait pas savoir, la pauvre, elle ne pouvait pas savoir. Qui le lui aurait dit ?

Ben moi je l’ai fait, ce matin-là, au café. Personne ne se décidait à ouvrir la bouche, alors je lui ai parlé de Marie Le Calvez.

A suivre… Hé oui, surprise! :D

Tags:

5 petits cuicuis pour “La fiancée de Manech – suite”

  1. céline a dit:

    Rrrrhhhhaaaaaaa!! Joie de lire la suite. Suspens insoutenable pour cette deuxème suite. Je me prépare à une attente de deux ou trois jours…. (cf ton petit mot sur la cruauté!! :-) )

  2. naninotte a dit:

    C’est horrible de nous faire ça ! Vite la suite…

  3. red de rOuge a dit:

    Arg, des histoires en 3 parties, t’as vraiment aucune pitié…

  4. Pimsy a dit:

    Grrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr

  5. Tasticottine a dit:

    :D :D :D
    Bon, je poste la suite demain ou pas? J’hésite là…

Tu veux laisser un petit mot?