La fiancée de Manech – fin | Tasticottine est sur le fil

La fiancée de Manech – fin

Je lui ai raconté que Marie avait été fiancée au jeune Erwann, un marin très prometteur qui travaillait sur le chalutier du père de Marie. Erwann et Marie devaient se marier à l’été. Et puis il y avait eu cette sortie en mer… Marie allait tous les jours près du phare guetter le bateau de son père. Même lorsqu’on lui avait annoncé que le chalutier avait coulé, elle avait continué à l’attendre, chaque jour, du haut de la falaise. On lui avait montré le corps sans vie d’Erwann mais, malgré cela, elle avait continué à monter sur la falaise pour guetter le navire.

J’ai dû faire une pause dans mon récit parce que j’avais la voix qui partait de traviole. Agathe avait pâli en m’écoutant. Son fils voulait épouser une folle ? C’était ça que j’étais en train de lui expliquer ? Que son fils aimait une fille à l’esprit décollé ?

J’ai secoué la tête et j’ai repris la parole. Non, ce n’était pas ça que j’étais en train de lui expliquer. Pas seulement ça. Marie, on l’avait retrouvée sur la plage, un matin. L’océan avait déposé son corps sur les galets. J’ai raconté à Agathe son air de madone, son teint de porcelaine, le sourire serein qui flottait sur ses lèvres encore roses et sa tempe gauche enfoncée. On n’avait jamais su si elle était tombée ou si elle avait sauté, mais quand on l’avait retrouvée, elle portait sa robe de fiançailles blanche à lignes bleues et le chandail bleu que son père lui avait offert pour ses dix-huit ans, deux mois avant qu’il ne meure en mer.

J’ai alors pris une inspiration, j’ai levé les yeux et j’ai vissé mon regard dans celui d’Agathe pour lui dire… pour lui dire que ça faisait déjà vingt-cinq ans que Marie était morte et enterrée. Et aussi que depuis vingt-cinq ans, on la voyait parfois guetter le bateau de son père, là-haut sur la falaise, vêtue de sa longue robe de fiançailles et de son chandail.

J’ai voulu lui demander pardon, on n’arrivait jamais à raconter cette histoire aux nouveaux arrivants, même si ça faisait vingt ans qu’ils étaient installés là. J’ai voulu lui demander pardon de ne pas le leur avoir dit, à Manech et à elle, mais elle s’est évanouie en plein milieu de ma phrase.

Quand elle a repris ses esprits, ses yeux roulaient follement. Manech avait parlé à Marie, Manech avait embrassé Marie, Manech était allé demander la main de Marie ! Il fallait lui retrouver son petit, il fallait le lui ramener. Elle sanglotait dans son tablier en suppliant et tous les hommes se sont précipités hors du café.

L’instinct d’une mère ne trompe pas, vous savez ? Agathe, au café, elle avait commencé à pleurer son fils. Et elle a continué longtemps. Parce que Manech, on ne l’a jamais retrouvé. Ce n’est pas faute d’avoir cherché pourtant. Surtout moi. J’ai été le dernier à abandonner. Je trouvais que c’était un peu de ma faute, ce qui était arrivé. J’aurais dû le prévenir quand il a commencé à travailler au phare, vous comprenez ? J’aurais dû le prévenir.

Agathe m’a dit qu’elle ne m’en voulait pas, mais au fond de moi, je sais bien que tout ça, c’était un peu de ma faute quand même. J’aurais dû dire à Manech de se méfier…

Ça me pilonne la tête, depuis. Ce que j’aurais dû faire, ce que je n’ai pas fait. Ça me vrille la cervelle pratiquement tout le temps. Parce que, vous voyez, depuis le jour où Manech a disparu, plus personne n’a revu Marie. Ni au bord de la falaise, ni nulle part. Et ça, ça veut dire qu’elle n’attend plus Erwann, qu’elle n’en a plus besoin. Ça veut dire qu’elle a Manech maintenant. Pour sûr, ça veut dire qu’elle a le petit d’Agathe…

Mon Dieu, j’aurais dû le prévenir. J’aurais dû prévenir Manech.


Ça faisait un certain temps que j’avais envie de me confectionner une jupe ou une robe en tissu pour chemise. Quasiment un an, en fait. L’idée a mûri (mieux vaut tard que jamais) et voici la robe longue que je me suis confectionnée pour cet été. Pour aller avec, je me suis tricoté un chandail pour les nuits un peu fraîches (enfin, s’il y en a, ce qui n’est pas forcément gagné là…)

Matériaux utilisés:
- coton pour chemise (Tissus Reine), boutons (Fil 2000), biais bleu ciel (Fil 2000)
- Laine Partner 6 coloris Caban (Phildar)

Les challenges du jour:
- Utiliser un patron Burda (et surtout comprendre les explications)
- Étrenner Pélagie, la surjeteuse Pfaff que je me suis offerte pour mon anniversaire. :D
- Tricoter un pull pour adulte sans faire d’erreur et sans que ça prenne un an et demi.
- Apprendre à faire des augmentations.

Le tuto derrière tout ça:
Je te le donne en mille, coupine, j’ai utilisé un patron du Burda de Juin 2010 pour la robe. C’est la robe 113.
Pour le pull, j’ai tricoté un modèle du livre « Apprendre à tricoter » de Phildar aux éditions Marie-Claire. C’est le modèle 18, le pull court à manches kimono tout en point mousse. Je l’ai tricoté en pus lâche que sur le modèle et il m’a fallu moins de pelotes que ce qui était préconisé (9 au lieu de 11).

Changements de plan en cours de route:
Pour la robe, j’ai pris le haut du modèle 114 au lieu de celui du modèle 113 parce que je voulais des boutons sur le devant du corsage.
Aucun changement d’aucune sorte pour le pull (pas envie de me gaufrer alors que j’allais tricoter pendant des semaines et des semaines).

Ce qui m’a franchement plu:
- Arriver à déchiffrer les explications du Burda et voir que quand on les suit, finalement, c’est pas sorcier.
- Utiliser du tissu à chemise. C’est trop top à travailler, cette matière-là. C’est de la popeline, je crois, en un peu plus épais et bien opaque. Pas eu besoin de doubler ma robe. Je sens que je n’en ai pas fini avec les tissus pour chemise, moi…
- La méthode de Burda pour la couture des parementures.
- Faire des boutonnières en camaïeu de bleu impeccables.
- Soigner les détails. D’ailleurs, tu ne vas pas y couper coupine, j’ai fait un inventaire que tu es priée d’admirer béatement:


Les merveilles que fait ma surjeteuse (j’ai totalement succombé au charme de Pélagie lorsque nous confectionnâmes cette robe, une love story est en train de naître, c’est clair), le biais bleu clair en guise d’ourlet, la fermeture invisible, mes surpiqûres à un millimètre du bord (c’est là que tu vois que je progresse, ce n’était pas envisageable sur des longueurs pareilles l’an dernier) et mes jolies boutonnières.
- Pour le pull, tricoter au point mousse en aiguilles 6, ça montait vite et c’était gratifiant.
- Maîtriser les augmentations et les diminutions.

Ce qui m’a franchement barbée:
- Faire des kilomètres de fronces. J’exagère à peine, au total, j’ai froncé 5,94 mètres de tissu.
- Poser la fermeture invisible. Je n’avais eu aucun problème quand je l’ai fait sur ma jupe mais là, j’ai pédalé dans la semoule pour gérer le bas de la fermeture et le raccord avec la couture latérale.
- Tricoter un pull pour adulte, c’est loooooooong quand même: en tricotant dans les transports et dans le train, j’ai mis deux bons mois.
- Vers la fin, j’ai overdosé du point mousse. Totalement overdosé.

Ce qu’on peut retenir de tout ça / Si je devais recommencer:
- Je saurais que Burda n’est pas écrit en hiéroglyphes et je n’hésiterais pas à me lancer dans la confection d’un modèle. Enfin, en tout cas, je n’attendrais pas un an.
- Il faut vraiment que je m’entraîne à poser des fermetures invisibles, il n’est plus question de galérer comme je l’ai fait.
- Si je refais la même robe un jour, je la fais en wax (l’autre nuit, j’ai rêvé du wax qui collerait bien avec le modèle).
- Il me reste des séquelles de ma période de doute: je ne suis pas sûre des boutons que j’ai choisis. J’hésite à en mettre des neutres blancs. Si tu as un avis coupine, je suis preneuse.
- Niveau tricot, je pense que si je devais recommencer, j’utiliserais une laine plus fine, quitte à mettre quatre mois à le tricoter ce pull…

La p’tite idée qui fait du bien:
Pour bien répartir tes fronces, coupine, je te conseille:
- d’utiliser ce tuto (attention il est en anglais mais les images parlent d’elles-mêmes).
- d’éviter de froncer les zones près des coutures latérales, ça t’évitera des petits bourrelets fort disgracieux. Il vaut mieux laisser ces zones-là « lisses » et ramener les fronces un peu plus loin.

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16 papotis sur La fiancée de Manech – fin

  1. Pimsy a dit:

    Magnifique ^^ Ca valait le coup d’attendre…

  2. red de rOuge a dit:

    Trop belle cette robe dans le tissu à chemise! Les boutons sont parfaits pour moi, justement, le dégradé sied à merveille à ta robe.
    Renseigne-toi pour savoir s’il existe un pied fronceur pour ta surjeteuse, c’est un vrai bonheur ce truc-là ;-)

    PS. Bravo d’avoir persévéré pour le pull!

  3. Tasticottine a dit:

    Merci Pimsy et Red de rOuge :D

    Red, tu m’ouvres de nouveaux horizons: un pied fronceur pour surjeteuse!! Super top ça, je vais me renseigner…

    Bon, je garde les boutons comme ça alors. :)

  4. céline a dit:

    J’veux la même!!! Elle est trop belle! Beau boulot, super belle réalisation, respect, et tout ça! Pour les boutons, le dégradé est joli. En degradé ou uni, les deux vont à mon avis. Y’en a une qui v frimer à mort, je le sens! Bises

  5. Nafi a dit:

    Tout est parfait encore une fois et l’histoire très émouvante…

  6. naninotte a dit:

    Pas déçue le moins du monde pour cette attente. J’ai trouvé l’histoire fort émouvante (cela m’a rappelé une histoire de femme se transformant en arraignée dans un bar de Bretagne après la mort de son marin de mari parti en mer et jamais revenu). La robe est géniale (elle est sur ma to do list en version courte). Les boutons en dégradé je love grave…
    Tu crois que je peux me lancer dans le tricot ?

  7. Tasticottine a dit:

    Ca, pour sûr que ça va frimer grave sur mon lieu de vacances, Céline :D
    Si tu veux, je te passe le patron, c’est largement moins compliqué que ta robe T, tu sais…

    Merci Nafi! :)

    Naninotte, j’aime bien ces histoires de femmes qui attendent des marins qui ne reviendront pas. Pour sûr que tu peux te mettre au tricot. Il me semble que tu vis au soleil. Ben il y a le coton, le bambou, des matières qui siéraient bien à des températures plus élevées que sur le continent. Et pour apprendre: un petit livre ou internet qui regorge de tutos et autres cours. Allez zou! J’attends ton premier pull.

    Bon, je garde les boutons en dégradé alors (ça m’arrange, j’ai la flemme de changer :D )

  8. Julay a dit:

    Ne touche pas à ces boutons malheureuse !!!!!

    Et atèle toi à la version wax !

  9. Tasticottine a dit:

    C’est donc entériné pour les boutons. En revanche, la version wax attendra l’an prochain :D

  10. Charlotte a dit:

    Elle est vraiment canon ta robe. Le dégradé de boutons est une super idée.
    Je l’ai faite aussi cette robe, en rouge. Je devrais la mettre bientôt sur mon blog, quand j’aurais le temps de faire des photos :-)

  11. Laeti a dit:

    Très joli !!! bravo la robe est superbe et se marie super bien avec ce pull !! Donc BRAVOOOO !!
    J’ai aussi réalisée cette robe mais en version courte ;)

  12. Tasticottine a dit:

    J’attends de voir vos versions Laeti et Charlotte!
    Merci :)

  13. Diane a dit:

    Oh la la la la la la la la, oh la la la la la la la la, très, très belle, en long comme ça et comme d’hab j’aime beaucoup les photos. Moi aussi je l’ai faite en courte celle ci. La robe te va super bien, le tissu sur ta peau c’est vraiment très joli !

  14. Tasticottine a dit:

    Merci Diane-coupinette! :)

  15. Magnifique cette robe burda …

  16. Tasticottine a dit:

    Merci! :)

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