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Tuto – Trousse de toilette

Jeudi, 26 août 2010

J’inaugure aujourd’hui une autre nouvelle catégorie de rentrée intitulée: « Couture de tes ergots – Tutos ».


Parlons peu mais parlons bien: niveau trousse de toilette, tu te situes où en ce moment?

Tu as toujours celle que ta mère t’avait achetée quand tu es partie en colonie de vacances pour la première fois? Ou alors tu en as une moche en plastique transparent que tu as achetée vite fait au supermarché il y a cinq ans quand tu t’es aperçu, à deux heures du départ pour l’aéroport, que tu ne savais plus où étais la tienne (que tu n’as d’ailleurs jamais retrouvée)? Peut-être que tu en as plusieurs parce que la première est trop petite pour emporter tout ton barda? Peut-être même (horreur et indignité) as-tu une trousse très jolie accompagnée de moult sachets en plastique pas beaux ni écolos qui contiennent en fait l’essentiel de tes effets de toilette?

Si tu t’es reconnue dans l’un des cas cités dans le paragraphe ci-dessus, ce post est fait pour toi. Je vais t’aider à recouvrer ta dignité salledebainique, ma grande. Parce que tu vois, souvent, trop souvent, quand on ne part pas pour le boulot (l’un des rares cas où on a une salle de bain privative), on fait salle de bains commune avec sa moitié, sa fratrie, ses enfants ou ses copains. Et on a vite fait de se prendre la honte avec une trousse de toilette pourrie ou inadaptée.

Si tu ne t’es pas reconnue dans les cas cités ci-dessus (un sachet en plastique? toi? JAMAIS!) mais que tu en as marre de ta trousse de toilette ou que tu as envie d’en coudre une pour le fun, ce post est aussi fait pour toi.

Bon, je te sens prête à te lancer alors allons-y!

Voici donc la trousse de toilette que je te propose de réaliser aujourd’hui:

Elle est grande (histoire de pouvoir trimballer ton barda) et a des poches intérieures mais rien ne t’empêche de la modifierà ta guise, on est là pour ouvrir nos chakras créatifs alors n’hésite surtout pas.

Temps de réalisation:
Bon je ne peux pas te dire combien de temps ça va te prendre à la minute près mais mettons qu’en une après-midi normalement, l’affaire est réglée.

Matériel:




- coton enduit ou toile cirée

- tissu pour doublure (coton de préférence mais c’est comme tu veux)

- fermeture éclair de 30 cm

- biais (facultatif): 2 morceaux de 34 cm chacun

- chute du même tissu que la doublure


Instructions:

1- Coupe 2 rectangles de 34 cm x 28 cm dans le coton enduit.

2- Coupe 4 rectangles de 34cm x 28 cm dans le tissu de doublure.

3- Plie 2 des rectangles en doublure en 2, envers contre envers dans le sens de la longueur. On les appellera les A:

4- Sur chacun des 2 autres rectangles de doublure, qu’on appellera les B, trace une ligne à 7 cm du bas sur l’endroit dans le sens de la longueur.

5- Alors là, soit tu la joues flemmarde et tu sautes cette étape du biais, soit tu as la frite et tu couds du biais sur la pliure de chacun des A.


6- Surfile ou zigzague le bas (là où il n’y a pas de biais donc) de chacun des A.

7- Place un A le long de la ligne tracée sur un B, envers contre endroit comme sur la photo ci-dessous. Epingle.

8- Pique à la largeur du pied du bord du A:

9- Rabats le A vers le haut et passe un petit coup de fer, histoire que ça reste bien plat.

10- Répète les étapes 7, 8 et 9 avec les deux autres A et B.

11- Là encore, c’est comme tu veux: soit tu veux 2 poches au lieu d’une grande et tu piques au milieu des A en t’arrêtant juste au niveau du biais, soit tu ne veux qu’une seule poche et tu oublies cette étape. Moi j’ai mis une grande poche d’un côté et 2 poches de l’autre.

12- Coupe 4 rectangles de 5cm x 6cm dans la chute de doublure.

13- Place le bout de la fermeture éclair sur l’endroit d’un des rectangles que tu as coupés à l’étape 12, tout au bord. Attention, centre bien hein. Puis recouvre en posant l’endroit d’un second rectangle sur la fermeture éclair.

14- Pique à 1cm du bord puis coupe le surplus à 0,2cm de la couture.

15- Rabats les deux rectangles de tissu et repasse un coup.

16- Fais pareil de l’autre côté de la fermeture éclair.

17- Sur l’endroit d’un B, place la fermeture éclair à l’endroit, tout en haut. Centre bien encore une fois. Place ensuite par-dessus l’endroit d’un des morceaux de coton enduit. Epingle puis pique.

18- Rabats les tissus puis passe un léger coup de fer côté doublure pour bien aplatir (attention, ne fais pas fondre le coton enduit, hein!).

19- Surpique sur le coton enduit pour que ce soit joli (non non, pas d’option flemme là, zapper cette étape, c’est un coup à coincer la doublure dans la fermeture et donc à flinguer ta jolie trousse dès la première utilisation. Donc tu surpiques).

20- Fais de même avec l’autre bord de la fermeture éclair.

21- OUVRE LA FERMETURE ECLAIR A MOITIE. Je le mets en majuscule parce que sans ça, tu ne pourras pas retourner ta trousse, je te prie de me croire sur parole.

22- Rabats les morceaux de coton enduit l’un contre l’autre, endroit contre endroit. Fais pareil avec les doublures. Puis épingle en veillant à rabattre les ailettes de la fermeture éclair vers la doublure.

23- Coince une étiquette ou un bout de ruban entre les deux morceaux de coton enduit.

24- Pique à 1cm du bord en laissant un trou d’une dizaine de centimètres dans la doublure pour pouvoir retourner ta trousse.

25- Surfile ou zigzague les bords de la doublure en faisant attention à éviter le trou.

26- Bon, là, c’est le moment de te concentrer: pince les côtés d’un coin de la doublure et écarte-les en superposant les coutures. Tu obtiens un angle équilibré (isocèle).

27- Trace une ligne de façon à obtenir un triangle isocèle dont la base fait 10cm. Épingle puis pique sur cette ligne à la base du triangle isocèle.

27- Fais de même avec l’autre coin de doublure et les coins de coton enduit.

28- Coupe les 4 triangles à quelques millimètres de la couture aux ciseaux crantés.

29- Retourne ta trousse.

30- Couds le fond de la doublure à points invisibles ou (option la flemme) à la machine tout près du bord.  Rentre la doublure dans la trousse.

Tada! Ca y est, ta trousse est finie.

Alors? C’est qui qui a la classe maintenant? C’est qui qui peut relever le menton dans les salles de bains partagées et parader avec sa trousse sous le bras en traversant le camping pour aller se laver les dents? Hein? C’est qui?

Ben oui, c’est toi coupinette.

Empoisonnement au doute

Lundi, 19 juillet 2010

Tu vois coupine, en couture tout part du tissu. C’est le tissu qui stimule l’imaginaire, c’est lui qui donne l’élan et l’énergie de coudre. On est comme porté par lui. Le tissu, c’est la clef de voute de l’édifice couturesque, à mon avis. On flashe sur un coupon, on l’achète, on laisse son esprit entrer en ébullition, on cueille l’idée la plus enthousiasmante, on la concrétise dans son coupon chéri et puis, fièrement, on porte ou on offre son œuvre. Toutes ces étapes ne s’enchaînent pas forcément. Parfois il peut s’écouler un certain temps avant qu’on se décide pour une idée au détriment des autres, ou alors on n’a pas le cœur à couper son précieux tissu, ou encore on met du temps à coudre ce qu’on a décidé. Mais tu vois, quel que soit le temps que ça prend, c’est un cycle qui se déroule généralement dans une fluidité et une confiance d’une sérénité confondantes.

Sauf que. Et oui coupine, il y a les exceptions, les empoisonnantes exceptions.

Aujourd’hui, je ne vais en évoquer qu’une (gardons les autres pour une prochaine fois, d’accord ?). Aujourd’hui coupine, je vais te parler du cycle gangrené par le doute, vicié par les hésitations, pollué par l’inquiétude. Une vraie vérole, le doute en couture. Un poison même. Je peux t’en parler, j’ai eu la joie de faire sa connaissance, il y a peu.

A priori, le coupon était prometteur. Un jersey orange et vert, très bonne tenue, très pimpant, de bonne famille, un bon parti quoi. Quand je l’ai vu, j’ai eu ce mouvement instinctif familier, auquel je me fie d’habitude pour acheter du tissu. J’ai pensé que je pourrais en faire le haut d’une robe sarouel à la Parfum du Ciel (mon obsession de l’époque). Bref, je ne me suis posé aucune question, j’en ai pris direct trois mètres (et oui, l’enthousiasme de la débutante en couture qui n’a pas le compas dans l’œil et a peur de manquer…).

Ce coupon, que je trouve très beau, il m’a fallu un an avant d’en faire quelque chose. C’est allé de traviole pratiquement dès le départ et ma tension n’a fait qu’augmenter au cours des mois qui ont suivi son achat. Parce qu’à chaque fois que je passais mes tissus en revue et que je tombais sur ce coupon, et bien, tu me crois si tu veux mais il ne se passait rien. Nada, pas l’ombre d’une idée alléchante, le vide. Je n’étais pas habituée à ça moi, alors je forçais un peu mon imagination. Mais va savoir ce qu’il avait ce tissu, je ne trouvais que des idées tiédasses-bof qui, à peine formulées, ne m’emballaient plus. Elles vacillaient trop les pauvres, minées qu’elles étaient par le doute qui m’assaillait à chaque fois que je regardais ce jersey finalement hostile.

Faire une robe sarouel ? Ok mais pas en plein mois de Novembre, là, à réserver pour les beaux jours. Et le reste, j’en ferai quoi ? Un haut simple ? Un bas ? Hum… Trop flashouille pour un adulte. Un truc pour enfant alors ? Oui, pourquoi pas, mais quoi ? Heu… Un accessoire ? Ou encore une doublure ? Une doublure ??? En Jersey flash ? Ouuuuh, idée boiteuse là…

Au bout d’un an, enfin, une idée s’est accrochée tant bien que mal dans ma tête et a résisté à mes doutes. Une occasion s’est présentée et j’ai décidé de me lancer. Et c’est là, vraiment, que je me suis rendu compte qu’un tissu, ça peut ébranler profondément sa couturière. Parce que déjà j’étais dubitative à propos du modèle, j’ai hésité sur la taille à choisir et puis une fois décidée, je me suis demandé si je n’avais pas eu tort de prendre cette taille là au lieu de l’autre. Processus plus que laborieux. Chaque étape fut poussive à un point ! Et toujours, collés à mes baskets, un chapelet d’incertitudes et la sensation alarmante de faire une grosse bêtise. D’autant que c’était pour offrir. J’ai fini de coudre et je n’ai rien ressenti de particulier. Pas de fierté, pas de joie enfantine. Sérieusement, ce tissu c’est le coupon des non-idées et des non-émotions. J’étais contente d’avoir fini mais je n’arrivais toujours pas à décider si c’était réussi ou pas. J’ai cousu les boutons et, bon ok, j’ai trouvé le résultat pas trop mal. Mais je suis restée vraiment réservée. Mister Charming m’a dit qu’il aimait bien. Bon soit, c’est peut-être chouette, on verra ce qu’en dit la destinataire.

C’était terrible, c’était la première fois que ça m’arrivait de ne pas avoir d’opinion tranchée sur quelque chose que j’ai cousu. C’était comme si j’étais stylistiquement temporairement aveugle. Et je peux te dire, coupine, que ça ébranle, ce genre de chose. On la ramène moins, on apprend l’humilité, le respect du tissu et surtout, on mûrit. C’est le côté positif de l’expérience, on arrête de se lâcher comme une midinette sur tous les tissus qui paraissent prometteurs. Désormais, soit je me vois immédiatement un avenir avec un tissu, soit je ne l’achète pas*. Tu vois, je deviens adulte et raisonnable.

Le doute, au final, c’est l’école de l’exigence, coupine.

*La vérité, c’est que je croule littéralement sous les coupons et que je suis à la diète de tissus en ce moment, donc j’avoue que la question ne se pose pas vraiment…

Donc voilà le tissu ensorcelé. J’ai fait d’une partie de mon coupon une turbulette pour un petit Titouan né en Mai. Le reste du coupon? On verra dans un an, d’accord?



Matériaux utilisés:
Jersey rayé (Mondial Tissus), coton vert pour la doublure (Tissus Reine), polaire (Toto), boutons pressions (Je ne sais plus d’où il viennent, je les ai trouvés dans ma boîte à boutons), boutons fantaisie (Mercerie du marché Saint-Pierre)

Le tuto derrière tout ça:
C’est la turbulette des Intemporels pour bébé:


Changements de plan en cours de route:
Juste un petit: j’ai rallongé le patron choisi (3/6 mois) de 10 cm, le choupinet à qui elle est destiné étant un bébé potelé, je ne voulais pas qu’elle soit trop petite pour lui. A part ça, j’ai suivi le modèle à la lettre. Déjà que je doutais, je n’allais pas tenter de mettre le moindre orteil hors du sentier balisé du modèle.

Ce qui m’a franchement plu:
Heu… La finir.
Bon, ok, soyons constructifs: le patron qui est très simple (2 morceaux) et adaptable à l’envi, couper la polaire sans souci.

Ce qui m’a franchement barbée:
De douter tout du long, ça tu l’as compris, je pense.
Dans le patron, il y a deux petites ailettes sur lesquelles sont les boutonnières. Et bien ces petites ailettes ont été empoisonnantes au moment d’assembler la doublure et le jersey. La prochaine fois, je les supprime, c’est clair.

Ce qu’on peut retenir de tout ça:
J’ai découvert que la polaire remplaçait plutôt avantageusement le molleton. Pour des petites pièces aux contours précis, c’est nickel. Et en plus, ça n’accroche pas le pied de biche.

La p’tite idée qui fait du bien:
Mettre des boutons pressions avec des boutons décoratifs et faire l’impasse sur les boutonnières. Ça va vite, c’est efficace et c’est tout ce que demande le peuple.

Nuit blanche à Marrakech – suite et fin

Lundi, 12 juillet 2010

Latifa avait tous les hommes de la médina à ses pieds, il y a dix ans. Tous voulaient l’épouser et surtout Youssef. J’étais la meilleure amie, la confidente de Latifa et je savais qu’elle avait un penchant pour le beau et fougueux Youssef. Il était différent des autres, il avait le regard noir et audacieux, un sourire entendu flottant perpétuellement sur ses lèvres et puis il avait l’aura du rebelle, c’était le garçon le plus effronté du quartier. Il répondait à ses aînés et il ne se cachait pas pour admirer Latifa quand elle passait.

Il n’y avait pas qu’à elle que Youssef faisait de l’effet. Elle était troublée, moi j’étais amoureuse. Elle hésitait, moi je me retenais de me jeter aux pieds de Youssef. Elle minaudait, moi je priais qu’il m’offre un regard ou même un coup d’œil, une fois, une seule fois.

Un soir, elle m’a demandé d’aller le trouver et de lui remettre un mot qu’elle venait d’écrire. Mon cœur a bondi à l’idée de le voir, de lui parler. Il allait me regarder, forcément. Il allait me sourire, peut-être. J’ai accepté et j’ai filé comme une flèche, la lettre serrée dans ma main. Quand je l’ai trouvé, j’ai dû surmonter mes tremblements et mon envie de m’enfuir et je lui ai timidement fait signe de s’approcher. Il m’a regardée un moment et puis il a obéi. Il m’a obéi ! A moi ! Je lui ai fait signe et voilà le fier Youssef qui arrivait en trottinant vers moi. Ma poitrine s’est dilatée de bonheur et je lui ai souri.

Ses premiers mots ont saccagé ma joie. « Tu es l’amie de Latifa, n’est-ce pas ? Tu viens de sa part, c’est ça ? »

Je n’ai pas pu me résoudre à accomplir ma mission. Je ne pouvais pas. J’ai menti. Je lui ai dit que Latifa hésitait entre un autre et lui, je lui ai dit qu’il faudrait qu’il en fasse plus pour qu’elle lui succombe, je lui ai décrit mon amie comme une petite dinde prétentieuse. Et ça a marché : Youssef a froncé les sourcils, a donné un coup de pied à un caillou dans la poussière et m’a dit de lui répondre qu’il s’était trompé et qu’elle n’était pas celle qu’il croyait. Il a ajouté qu’il n’était pas un clown et qu’il se sentait insulté.

J’ai répété ces mots à Latifa le soir même. Elle a pleuré, longtemps, trop longtemps pour quelqu’un qui prétendait hésiter. Moi je la consolais et je m’en fichais. Je ne voyais que la petite chance que j’avais. Peut-être pourrai-je avoir Youssef, peut-être un jour serait-il à moi. J’ai voulu alléger la peine de Latifa et j’ai dépeint Youssef comme un garçon désagréable qui n’en voulait qu’à son corps et à la fortune de son père. Je ne sais pas si ce sont mes mots qui l’ont décidée mais quelques semaines plus tard, Latifa épousait un émir lors de noces éblouissantes avant de s’envoler vers l’Arabie Saoudite.

Elle n’était plus là, j’avais le champ libre. J’ai mis beaucoup de temps, mais j’ai fini par avoir Youssef. Nous nous sommes mariés et installés dans cette maison offerte par son oncle. Et il a fini par m’aimer. J’ai passé presque dix ans dans ce cocon d’attention qu’il a tissé autour de moi, j’ai reçu ses cadeaux avec gratitude, je lui ai donné quatre beaux enfants et il a toujours veillé à ce que nous ne manquions de rien.

Ce soir, dans mon lit, je comprends enfin qu’il ne m’a pas tout donné. Je comprends enfin que je n’ai eu qu’une tendresse tiède, forgée par l’habitude et les jours qui passaient. Mon Dieu, j’ai cru être comblée, j’ai cru avoir Youssef, alors que je ne l’ai jamais eu.
Jamais.

Youssef a peut-être fini par m’aimer mais c’est d’elle qu’il est amoureux. Son cœur a toujours appartenu à Latifa, j’en suis sûre. Ce sont ses larmes et son silence qui me l’ont dit, ce soir. Il ne descend toujours pas du toit, il doit penser à elle, là-haut. A elle et à lui, maintenant qu’elle est libre… Pourquoi m’a-t-il demandé si elle était revenue ? Est-ce qu’il veut aller la rejoindre ? Est-ce qu’il va me quitter ?

Ca m’écrase le cœur, ça m’empêche de respirer, ça me fait trop mal de penser cela. Je me défends de ces certitudes assassines en pensant à la chaleur qu’il y a dans ses yeux quand il me voit, aux baisers dont il me couvre spontanément, aux sentiments qu’il y a forcément derrière tous ses cadeaux et surtout derrière le précieux sac qu’il m’a offert.

C’est un sac qui vient de Paris. Il l’a payé une fortune. Pour moi. Il l’a choisi tout seul. Pour moi. Il l’a acheté, avec les accessoires assortis, lors du seul voyage qu’il a fait en France, il y a deux ans. Pour moi. Ce sac, j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux. Il n’a rapporté que ça de son voyage. Rien pour sa mère, rien pour les enfants. Il n’a pensé qu’à moi quand il était là-bas, à Paris.

Je me lève pour aller chercher mon sac dans le coffre où il est soigneusement rangé, emballé dans du papier de soie. Sa couleur violette irisée, sa doublure à petites fleurs, le biais violet rosé qui s’enroule autour de ses poignées, ses trois petites trousses et son porte-monnaie vont m’apaiser. Oui, sa vue va éloigner mes démons, mes peurs et mes remords, c’est certain.

Je le sors. Et dans cette tragique clairvoyance qui m’accompagne en cette nuit si particulière, je remarque enfin que mon beau sac a l’exacte couleur des yeux de Latifa.

L’exacte couleur de ses yeux.





L’hiver dernier, j’ai totalement flashé sur un sac en cuir de chez QuelquePart (traduction littérale). Et j’ai acheté du skaï pour me faire un sac qui s’en inspirait. Ce n’est qu’en ce mois de Juin que j’ai réalisé ma version de ce sac selon un patron maison. Et ma foi, ce fut presque un régal à faire. Presque.

Matériaux utilisés:
skaï (Sacrés Coupons), coton à fleurs (Mondial Tissus), thermocollant moyennement épais (Tissus Reine) biais vieux rose (Toto), matos pour faire une anse réglable et attaches (Fil 2000)

Le tuto derrière tout ça:
Je n’ai utilisé de tuto que pour l’étui à cartes. je l’ai trouvé ici.

Changements de plan en cours de route:
j’ai abandonné une partie des surpiqûres que je voulais mettre dessus. Par ailleurs, je voulais thermocoller le skaï (il me semblait trop souple, je voulais qu’il se tienne) et finalement, j’ai thermocollé la doublure à la place.

Ce qui m’a franchement plu:
Tracer mon patron sur l’envers noir du skaï, couper le skaï (ça ne s’effiloche pas, c’est vraiment nickel), faire l’anse en flip flap sans stress et sans dégâts (j’explique plus bas).

Ce qui m’a franchement barbée:
Thermocoller le skaï. Pourtant, mon essai sur une chute fut anecdotique. Mais au moment de thermocoller mes pièces de skaï, ça a été l’enfer: le skaï semblait fondre (il était encore plus souple qu’au début et il plissait affreusement). Je pense que c’est une question de température du fer à repasser et de patience mais je n’aime pas repasser et j’ai facilement la flemme. J’ai donc bifurqué direct sur le plan B: thermocoller la doublure à la place.
Niveau horreur, le summum, c’était quand même la surpiqûre sur skaï. C’est là que j’ai pu mesurer à quel point je voulais le sac que j’avais imaginé. Je me suis vraiment accrochée. Parce que la Jane, qui ne mouftait pas tant qu’il s’agissait de piquer sur l’envers du skaï, a catégoriquement refusé de piquer sur l’endroit. Rien à faire, c’était niet, le skaï n’était pas entrainé et l’aiguille faisait du surplace au risque de le déchirer. J’ai donc rusé.

Ce qu’on peut retenir de tout ça:
Eh bien s’il te prend l’envie de coudre de jolies surpiqûres sur du skaï, ma grande, il faut que tu mettes du papier (de soie, à patron, sulfurisé, n’importe quoi de fin) entre l’endroit du skaï et le pied de la machine à coudre. Alors là, tu verras, ta machine glissera sur le skaï comme sur n’importe quel tissu. Et quand tu as fini, tu arraches le papier.
Alors évidemment, ce qu’il y a, c’est qu’une fois le papier scotché sur le skaï, tu ne vois plus ce que tu couds. Eh ouais, c’est chi… problématique, pour sûr.
Ce qui fait que tu dois soigner ton morceau de papier. C’est-à-dire que tu ne le déchires pas comme une sagouine pressée, quoi, tu coupes un morceau de largeur connue et constante. Et tu fais bien attention quand tu le colles sur ton skaï. Le mien est quadrillé, c’est plutôt pratique niveau repères mais c’est quand même très chi… long comme opération. Réfléchis bien à tes ambitions avant de te lancer, hein!
Si vraiment tu as TROP la flemme, tu peux tenter de mettre un bout de scotch sous la semelle de ton pied de biche. Mais je ne garantis pas, je n’ai essayé que deux secondes sur une chute.

La p’tite idée qui fait du bien:
Comment faire une anse hyper longue en cousant sur l’endroit du skaï? Facile Cécile!
-Tu scotches du papier de soie de la largeur et de la longueur de l’anse sur un large morceau de skaï plié en deux envers contre envers.
-Tu couds une ligne droite près de chaque bord du papier (en longueur) en prenant bien les deux épaisseurs de skaï.
-Puis tu coupes le skaï le long du papier que tu as collé.
-Tu enlèves le papier et hop! Tu l’as ton anse surpiquée. Top beautiful, isn’t it, my friend?


Nuit blanche à Marrakech

Samedi, 10 juillet 2010

Je n’arrive pas à dormir. Pourtant, la médina est calme, ce soir. Et il y a un petit souffle de vent qui atténue la chaleur moite de la nuit. Mais je n’arrive pas à m’endormir. Je suis trop inquiète pour ça.
Youssef est toujours sur le toit. Je guette le bruit de ses pas fatigués dans l’escalier mais je n’entends rien, je suis sûre qu’il n’a pas bougé.

Je l’ai cherché tout à l’heure pour l’inviter à venir se coucher, comme chaque soir depuis que nous sommes mariés. Il n’était pas assis devant la maison à bavarder autour d’un dernier verre de thé avec les voisins, il n’était pas à son bureau en train de rédiger un courrier, il n’était pas en train de lire dans un coin, il était sur la terrasse, alors qu’il n’y va jamais. Assis tout seul dans un fauteuil, il me tournait le dos.

En m’approchant, j’ai vu qu’il avait le regard levé vers les étoiles. Ses yeux brillaient très fort. En fait, il pleurait. C’était la première fois que je voyais mon mari pleurer, la première fois depuis 9 ans et ça m’a fait très peur. J’ai reculé de deux pas puis je suis revenue près de lui en faisant du bruit pour qu’il me remarque. Il s’est vite essuyé les joues et m’a regardé, avec un sourire laborieux et tremblant plaqué sur les lèvres.

Je lui ai dit doucement qu’il était temps de rejoindre notre couche pour la nuit et il m’a répondu qu’il arrivait dans un instant. Je n’ai pas pu masquer ma surprise. Normalement, il se serait levé dans la seconde et m’aurait suivi en me parlant à voix basse de la douceur de mes cheveux ou de mon parfum qui lui plaisait tant. Mais là, il y avait comme un mur entre lui et moi, c’était comme s’il ne me reconnaissait pas, comme si… comme si j’étais une étrangère, soudain, devant qui il lui fallait faire bonne figure. Ca m’a bouleversée, vraiment bouleversée.

Là-haut sur le toit, à l’heure du coucher, j’ai compris que quelque chose de grave était en train d’arriver.

Il m’a regardée un moment puis il m’a répété qu’il arrivait dans un instant. Il a ajouté qu’il avait besoin d’un peu de solitude. Ça m’a coûté de sourire nonchalamment et de lui dire « à tout à l’heure » comme si de rien n’était, ça m’a coûté de ne pas le presser de questions, ça m’a coûté de jouer moi aussi la comédie. J’ai eu l’impression que mes jambes pesaient des tonnes en redescendant vers notre chambre.

Je me suis couchée immédiatement mais je n’arrive toujours pas à dormir. Je ne peux pas m’empêcher de l’attendre. Je ne peux pas m’empêcher d’espérer qu’il va venir bientôt s’allonger près de moi, m’expliquer à voix basse ce qui ne va pas et me demander de le prendre dans mes bras. Je ne peux pas m’empêcher d’espérer qu’il ne se passe rien de sérieux. Ce n’est peut-être qu’un peu de vague à l’âme ?

Non, ça ne lui ressemble pas du tout.

Je me tourne et me retourne dans mon lit et je n’arrive plus à fuir l’évidence : il se passe quelque chose de dramatique. Quelque chose se disloque, là, sous mes yeux. Et l’effondrement a commencé au dîner, quand j’ai parlé du divorce de Latifa à Youssef.

Il semblait soucieux et je voulais le distraire. Alors je lui ai raconté le bruit qui courait dans toute la médina cette après-midi et que la bonne avait appris de la voisine en étendant le linge dans la cour. Latifa, l’enfant du pays partie épouser un émir en Arabie, avait divorcé.

La petite princesse de la médina, celle à qui tout le monde prédisait un destin de reine, avait échoué. On disait qu’elle avait fauté avec un valet et que son mari l’avait répudiée. On disait aussi qu’elle n’avait pas pu lui donner d’héritier et que ça l’avait condamnée. Le quartier avait passé l’après-midi à salir celle qu’il vénérait il y a encore peu. Je me demandais s’il y avait du vrai dans les rumeurs que Leïla m’avait rapportées et j’étais en train de dire qu’à mon avis, il n’y avait pas de fumée sans feu quand Youssef, qui mangeait la tête baissée en m’écoutant, m’a interrompue pour me demander d’une voix sourde si Latifa était rentrée à Marrakech. Devant mon silence, il a levé les yeux et m’a reposé la question. Je me suis sentie bizarre sous son regard et dans un souffle, je lui ai avoué que je ne savais pas.

C’est là que ça a commencé, j’en suis sûre maintenant, c’est à cet instant-là que Youssef a changé et que ce poids qui me comprime la poitrine s’est installé. C’est là que le voile s’est levé et que la vérité a pris place à nos côtés.

Mais pourquoi ai-je parlé de Latifa ? D’où m’est venue la prétention de croire que ce prénom était inoffensif dans ma maison ? Comment ai-je pu être aussi imprudente ? Comment ai-je pu ?

On reprend les bonnes vieilles habitudes: la suite demain… ou lundi. :D