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Plan B

Dimanche, 2 mai 2010

- Bonjour Mesdames et Messieurs. Nous sommes, Philipe Tissu et moi-même, Nelson Bobine, en direct depuis NotreVille où a lieu l’un des événements majeurs de ce début de printemps : le défi couture « J’ai Rien A Me Mettre ».

- Rappelons à nos amis téléspectateurs, Nelson, que cet événement a en réalité lieu aux quatre coins de notre doux pays. En ce moment-même, des centaines d’athlètes couturières accomplies s’échauffent au Nord, au Sud, à l’Est et à l’Ouest de la France !

-En effet, Philippe. Nous avons fait, sur France C, le choix de suivre une couturière que vous aimez bien : Tasticottine.

-C’est vrai que j’ai beaucoup d’estime pour cette petite, Nelson, beaucoup d’estime pour ce qu’elle fait, son parcours assez brillant jusqu’ici, sa persévérance, son mental. Elle ira loin, cette Tasticottine, très loin. Je le sens.

-Si vous le dites, Philippe, si vous le dites…

-Alors justement, elle vient de finir de s’échauffer. Le thème de cette épreuve du JRAMM est « Volants et frous-frous »…

-Euh non, c’est « Froufrou et volants », Philippe. « Froufrou et volants ».

- Oui, enfin, c’est du pareil au même, Nelson.

-Ah non, Philippe, ce n’est pas la même chose. C’est très important d’être précis.

-Bon, si vous voulez, Nelson… Alors Tasticottine est prête à se lancer. Elle a eu son idée pratiquement le jour de l’annonce du thême du défi et n’en avoir changé depuis.

-En effet, elle a décidé de faire… voyons voir que je trouve le bon bristol… Ah voilà… Elle va faire une jupe à volant asymétrique suivant un modèle qu’elle a vu dans le dressing d’une souris.

- Tasticottine est cohérente. Elle sait garder le cap, c’est la marque des grands, ça, Nelson, vous savez ?

-Certes, Philippe. Certes. Personnellement, je déplore à nouveau ce côté « prise de risques minimale » qu’on lui voit souvent. Il me semble que son expérience lui permettrait aisément d’improviser une création personnelle. Mais elle va à nouveau suivre un tuto… C’est dommage, je trouve, très dommage.

-Si l’on doit être précis, il vaut mieux dire « tutoriel » que « tuto », Nelson. Ceci dit, ce serait stupide de recréer un patron de toutes pièces alors que Nikette, la souris, a généreusement offert un tutoriel précis. D’autant qu’il y a quand même une limite temporelle à ce défi.

-C’est vrai que le respect des limites temporelles est un des points faibles de Tasticottine…

-Alors, ça y est, c’est parti. Belle anticipation… Elle a acheté tout ce qu’il lui fallait… Je vois l’élastique de 4 centimètres de large, le biais et le tissu…

-Elle a décidé d’utiliser un wax qu’elle avait déjà chez elle et pour lequel elle a reconnu avoir un faible. Partant de là, elle a recherché la bonne teinte de biais. Pour l’élastique, ce fut un jeu d’enfant. Au final, elle a fait un excellent chrono global, trouvant tout cela en moins de deux heures…

-Alors, le matériel sorti, elle prend son élan et… Mais… mais qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que se passe ? Mesdames et Messieurs, Tasticottine a été coupée dans son élan, nous ne savons pas encore…

-C’est le tutoriel, Philippe ! Elle ne retrouve plus le tutoriel !

- Oh non !!! Il semblerait que la souris ait choisi de le retirer de son blog. C’est une catastrophe ! Une catastrophe, Nelson !

-Aïe aïe aïe, ce n’est pas bon du tout ça ! Il faut toujours soigneusement sauvegarder les tutoriels qu’on est sûr de faire. Ah mais quelle erreur de débutante ! Mais quelle énorme erreur !

-Ce qui se passe ici est une tragédie, Mesdames et Messieurs, une tragédie ! Tasticottine est déçue, désemparée… Elle cherche dans ses dossiers, au cas où… On voit qu’elle s’en veut beaucoup… Ah, là, là ! Ca me serre le cœur, cette histoire, Nelson. J’en ai les larmes aux yeux pour elle.

-Remettez-vous, Philippe. Tout n’est peut-être pas perdu. J’irai même jusqu’à dire que peut-être que cette catastrophe est une opportunité unique. Peut-être est-ce là qu’enfin, elle prendra son envol et tentera une figure personnelle. Vous savez, c’est dans l’adversité qu’on voit le plus de miracles.

-J’espère que vous aurez raison Nelson. Je l’espère sincèrement. Pour elle, pour le sport et pour la France !

-Tenez, qu’est-ce que je vous disais ? La voilà qui décide malgré tout de faire cette jupe à volants « en freestyle » comme disent les jeunes. Ça j’aime ! Ça, Philippe, j’aime : de la persévérance, de l’assurance, de l’audace et de la conviction. Cette petite commence à me plaire, Philippe.

-Je vous l’avais dit, Nelson, je vous l’avais dit ! Tasticottine est pleine de ressources. Elle va nous en mettre plein la vue, vous verrez !

-Alors là, elle étudie les photos de la jupe de Nikette… Elle est très concentrée… Elle a décidé de se baser sur un autre tutoriel de la souris et de monter la jupe au jugé sur Mademoiselle Milo.

- Mademoiselle Milo… Qu’on ne voit pas souvent mais qui est sa complice depuis plusieurs mois maintenant… C’est parti… Bon début, ceinture effectuée sans aucune hésitation. Le geste est sûr, la mine concentrée…

- Premier volant… Ah, je ne connaissais pas cette technique, Philippe. Pour être sûre de ne pas faire d’erreur, elle a d’abord fait son volant en papier… oui, en papier de soie. N’est-ce pas original ça ? Elle l’essaye sur Mademoiselle Milo… Ca semble être bon… Elle dessine l’arrondi devant…

-Ses gestes sont inspirés, Nelson. Elle sait où elle va. L’exécution est impeccable, jusqu’ici… Ca fait du bien de voir ça après la déconfiture qu’elle a essuyée.

-J’avoue que je suis impressionné, Philippe. Tasticottine est une athlète que je pensais frileuse, attachée à avoir un plan précis avant d’entamer quoi que ce soit. Et la voir faire les choses au jugé et au fur et à mesure, comme ça… Ben ça m’épate, ça m’épate.

-Elle a énormément progressé pour se permettre cela, Nelson, à mon avis. La confiance s’installe, voilà tout. Alors, deuxième volant… Longueur initiale calculée à l’œil également… Attention au sens du tissu… C’est bon… Fronçage régulier, fixation très propre. On approche d’un très joli sans faute, là, Nelson…

- Elle a bien zigzagué tous les bords de ses morceaux, même si c’est du wax, qui ne s’effiloche pas facilement. Elle a surpiqué ses coutures, elle a fait très attention en cousant son biais. Réalisation impeccable, là, Philippe. Impeccable.

-Elle a fini ! Alors… Verdict de l’essayage… Il ne faudrait pas que la jupe se révèle trop courte… Et non ! C’est un succès, Nelson ! Un succès ! Bravo ! Bravo Tasticottine !

-Oui, chapeau bas, mademoiselle ! Déstabilisée par le retrait du tuto, elle aura réussi à redresser la barre et à faire quand même sa jupe à volant asymétrique, toute seule comme une grande. Chapeau bas !

-Vous voyez, Nelson, les retournements de situation comme celui auquel on vient d’assister sont le sel de notre métier, c’est ça qui entretient notre flamme, notre passion, c’est ça qui nous fait à chaque fois battre le cœur si fort.

-C’est très vrai, ce que vous dites, Philippe. Et c’est donc sur cette très jolie déclaration que nous vous quittons, chers téléspectateurs. N’oubliez pas que tous les résultats sont visibles sur le site du défi « J’ai Rien A Me Mettre ». Bonsoir Mesdames et Messieurs, bonsoir Philippe !

- Bonsoir !

Wax, élastique large (Fil 2000), biais bleu marine (Fil 2000)

Tadaaaa! J’ai réussi à poster le 2 Mai sans faute! Je ne suis pas peu fière, je vous le dis! A ce rythme, là, pour le prochain défi, je posterai en avance, si ça se trouve. Huhuhuhuhu!

Nan, je rigole. Pas mon genre d’être en avance…

La petite star

Dimanche, 21 mars 2010

C’était il y a seize ans à peu près. Ma seconde ou ma troisième course au service de Monsieur Jacques.

J’étais tendu comme un arc parce que c’était une mission d’importance à ce que m’avait dit Monsieur Jacques.  Il ne fallait pas que je sois en retard. C’était une future star, mais surtout, c’était la première fois qu’elle venait à Paris. Je scrutais donc la foule descendant du Limoges-Paris à la gare d’Austerlitz en brandissant anxieusement le papier sur lequel j’avais écrit son nom.

Monsieur Jacques avait raison, elle était ravissante. C’était même, de loin, la plus jolie recrue de Monsieur Jacques, selon moi.  Et je peux vous dire que je sais de quoi je parle, j’ai passé des heures à observer des créatures de rêve en douce, planqué derrière mon volant ou dans les coulisses des défilés.

Mademoiselle Salomé n’était pas une créature de rêve. Elle était merveilleusement belle, avec sa cascade de cheveux blonds bouclés, ses yeux bleus et ses lèvres couleur bouton de rose. Elle ressemblait vraiment à un ange. Mais j’ai découvert ensuite qu’elle avait ce truc en plus, cette vitalité, cette fraîcheur, cette spontanéité… Non, Mademoiselle Salomé n’était pas une créature de rêve. Elle était trop vivante pour ça. C’était plutôt… une princesse. Une véritable princesse.

Elle n’a pas voulu monter à l’arrière de la voiture, elle a appelé ça le « trip des ministres » et elle a pouffé en disant que sans petits drapeaux ni motards, ça ne valait pas le coup. Elle a donc découvert Paris, assise à côté de moi, le nez collé à la vitre. C’était si charmant de la voir s’émerveiller et me prendre à témoin : « Regardez ! Regardez ! Un bateau-mouche ! ». Et son rire… On aurait dit un rossignol.

Elle n’avait que trois ans de moins que moi mais elle était si… lumineuse, si malicieuse, si magnifique. Tout l’inverse de moi. Moi j’étais un garçon terne, timide et pas beau du tout. Un pou. J’avais fini par accepter ma laideur et je me trouvais bien chanceux d’évoluer, malgré ce handicap, dans le domaine de la mode, fut-ce en qualité de chauffeur.  Au moins côtoyais-je chaque jour la beauté.

Mademoiselle Salomé était différente des autres : elle me voyait, elle me voyait vraiment.

Comme elle n’avait que seize ans, sa mère n’avait accepté de la laisser travailler comme mannequin à Paris qu’à la condition qu’elle rentre tous les weekends à Limoges. Alors j’allais la chercher tous les lundis matins et je la ramenais à la gare tous les vendredis soirs. Mes trajets précieux. Je n’aurais laissé ma place à personne. Pour rien au monde.

Assise à côté de moi, elle me racontait sa semaine, me parlait des photographes, me demandait mon avis sur ses photos, ses vêtements. Elle disait qu’elle voulait devenir une véritable parisienne et elle soignait sa mise. Elle ne s’habillait quasiment plus qu’en bleu, c’était sa couleur préférée et elle disait que ça faisait partie de sa signature. La tenue que je préférais était un ensemble du même bleu que ses yeux. Le haut était dans un tissu léger, avec des paillettes et un col qui lui découvrait les épaules. La jupe était d’un bleu plus sombre, en toile épaisse, avec de drôles de poches. Ça lui allait vraiment très bien.

D’ailleurs, elle portait cet ensemble le jour où, pour la première fois, elle est montée à l’arrière.

Elle avait caché ses yeux derrière des lunettes de soleil et ne souriait pas. Je conduisais en silence depuis dix minutes quand je l’ai entendue pleurer. Je me suis garé le long de la rue d’Alésia, je me suis retourné vers elle et j’ai attendu qu’elle me parle.

Elle m’a dit qu’elle ne reviendrait plus à Paris, que Monsieur Jacques venait de la virer parce qu’elle avait refusé de poser nue pour un grand photographe. Entre deux hoquets, elle m’a avoué qu’elle pleurait parce qu’elle n’était pas sûre qu’elle avait bien fait de refuser, qu’elle avait peut-être enterré sa carrière en faisant ça. Puis elle s’est remise à sangloter, prostrée sur la banquette arrière.

J’aurais voulu lui dire que Monsieur Jacques n’avait rien compris et qu’elle avait bien fait, qu’elle avait eu du cran, qu’elle n’avait pas à s’inquiéter, qu’elle trouverait une autre agence, qu’elle était trop belle pour que les créateurs la boudent. Mais je n’osais pas. A la place, j’ai redémarré tout doucement.

Et après le pont de Tolbiac, j’ai pris à gauche, vers le périphérique. Elle ne m’a rien demandé, elle s’est endormie, roulée en boule sur la banquette, avant même que j’atteigne l’autoroute.

Je l’ai emmenée voir la mer. Je ne sais pas, j’ai pensé que ça pourrait lui faire du bien. Il ne faisait pas encore nuit quand elle s’est réveillée. Elle ne s’est pas affolée, elle m’a écouté, a acquiescé quand je lui ai suggéré d’appeler sa mère puis elle m’a dit qu’elle n’était jamais venue au Touquet. Et elle a souri.

J’étais drôlement fier de ce sourire, vous savez ? Drôlement fier.

Et j’avais raison : les créateurs ne l’ont pas boudée, elle a changé d’agent et a fait une très brillante carrière de top-modèle avant de devenir actrice. Je n’ai jamais raté un seul de ses films. Je suis persuadé qu’elle finira par décrocher un oscar.

C’est une princesse, une vraie princesse.

Je regrette vraiment de ne jamais le lui avoir dit. Ni ça… ni le reste. Peut-être que tout serait différent aujourd’hui si j’avais osé…


Pour le défi « J’ai rien à me mettre » acte VI sur le thème du bleu, j’ai conçu un ensemble composé d’une tunique faite en me basant sur le tuto de tunique-en-1-morceau de Louvegaroute-la-magicienne et d’une jupe dont le modèle vient d’un livre japonais intitulé « Cute clothes for adults » (que j’ai acheté justement pour cette jupe).



Je jure sur la tête de mon chat que j’avais fini ma tenue le 20 dans la journée. Je ne veux balancer personne mais ce sont les photos qui se sont fait un peu désirer.

Tunique : Jersey de coton très léger (Marché de Sarcelle), biais satiné bleu (Fil 2000)
Jupe : Toile bleue (Ikea), tissu fleuri (rapporté de Las Palmas), boutons à recouvrir (Toto Tissus), fermeture invisible (Tissus Reine)

Pour la tunique, j’ai modifié le patron de base proposé par Louvegaroute pour qu’elle soit plus près du corps, plus longue et avec des manches qui arrivent au niveau des coudes. La matière, qui me faisait un peu peur, n’a pas été trop difficile à travailler. Pas de roulottement intempestif, pas d’étirements non requis, pas trop de soucis à la confection des plis du col, tout s’est plutôt bien passé. J’avais pensé mettre du biais et des élastiques aux manches et en bas de la tunique mais une fois le biais posé, j’ai préféré laisser les choses en l’état.


Quant à la jupe, je pense dormir avec ce soir tellement j’en suis fière. Elle est pile poil comme je voulais. J’ai frôlé la catastrophe en faisant les plis à l’arrière gauche dans le mauvais sens, ce qui m’a valu une chouette séance bien longue de découd-vite. J’ai cru qu’elle était trop petite au premier essayage avant de comprendre qu’elle est taille haute (ce sera la première jupe taille haute de toute l’histoire de mon armoire). MAIS j’ai posé une fermeture invisible nickel du premier coup de bol (j’ai bien failli faire la roue dans mon salon), j’ai fabriqué mes premiers boutons recouverts et fignolé la doublure à fleurs des poches et de la ceinture. Cette jupe est le truc le plus abouti-complexe-plein-de-détails que j’aie réalisé jusqu’ici.



En fait, au lieu de dormir avec, je vais peut-être encadrer et accrocher ma jupe au mur de mon salon.
Je vais en parler à Mister Charming, tiens…

Au fait, je remets ça: Je vais participer à l’acte VII du Défi « j’ai rien à me mettre »:



Henri & Violette

Mercredi, 30 décembre 2009

Debout sous le porche de l’immeuble, Henri arrangea son noeud de cravate pour la quatrième fois en moins d’un quart d’heure.
C’était bête mais il se sentait nerveux. Il épousseta la manche droite de sa queue de pie, lissa sa moustache puis sortit un petit peigne de la poche de son pantalon et ramena sa chevelure blanche et fournie vers sa nuque.
Rassuré sur son apparence par un coup d’oeil à son reflet dans la porte vitrée de l’entrée, il remit son haut-de-forme et ses gants puis s’apprêta à entrer dans l’immeuble où vivait Violette, sa douce Violette. 3e étage, appartement 12. Elle l’attendait sûrement.
Pourvu qu’elle dise oui.

Henri avait rencontré Violette dans un musée, le jour de son anniversaire. Ce jour-là, il se sentait déprimé, comme à chacun de ses anniversaires depuis douze ans. Il était allé au Louvre pour essayer d’oublier qu’il avait 52 ans. Et alors qu’il étudiait « Les Noces de Cana », Violette s’était approchée de lui et avait entamé la conversation avec beaucoup de naturel.

Elle avait totalement chamboulé sa vie. A 48 ans, Violette était une femme pimpante et pleine d’énergie. Lui qui pensait que la vie se résumait à attendre la mort le plus confortablement possible, lui qui se sentait vieux depuis ses 40 ans et encore plus depuis que sa femme l’avait quitté, lui qui avait abdiqué en vérité, fut emporté par le raz-de-marée que Violette provoqua en lui. Violette, sa Violette.
Pourvu qu’elle dise oui.

Avec Violette, il avait quitté Paris pour la première fois de sa vie et était allé visiter le monde. Avec Violette, il avait appris à rire, à contempler, à goûter et à apprécier la nouveauté. Avec Violette, il avait abandonné le cynisme qui lui servait de carapace depuis toujours et s’émerveillait sans honte désormais. Violette lui avait appris l’enthousiasme et l’expression des émotions. Violette lui avait insufflé la vie, elle l’avait sauvé, il en était convaincu.
Pourvu qu’elle dise oui.

Henri effleura la petite boîte qui déformait la poche gauche de son pantalon et sourit. Bien évidemment qu’elle allait dire oui. Elle avait déjà dit oui deux fois. Lors de leur mariage d’abord et à leur dixième anniversaire ensuite, quand il lui avait redemandé sa main. Ils s’aimaient toujours aussi follement, alors elle allait forcément lui dire oui une troisième fois.
C’était leur vingtième anniversaire de mariage et pourtant, Henri était ému comme la première fois. Il portait son costume de mariage. Vingt ans après, sa queue de pie lui allait toujours. Il était content, il voulait qu’elle le trouve beau.

Il savait bien qu’elle allait dire oui, mais il ne pouvait s’empêcher d’être anxieux. Comme la première fois.

Pourvu qu’elle dise oui.

Il allait lui offrir la même bague que lors de leurs fiançailles. C’était une bague ancienne en argent, délicate et travaillée, avec une fleur gravée dessus. On aurait dit un bouton monté en bague. Violette était couturière et il avait pensé qu’elle lui plairait.
La brillance de son regard lorsqu’elle avait découvert la bague !
La luminosité de son sourire lorsqu’elle lui avait dit oui !
Inoubliables !
Il s’était senti submergé de bonheur, il ne savait pas avant ce regard et ce doux mot qu’il était possible d’être heureux à ce point et il chérissait le souvenir de ces instants précieux.

Violette ne quittait jamais sa bague, elle la regardait souvent et à chaque fois un sourire semblable à un lever de soleil se dessinait sur ses lèvres. Henri adorait ce sourire-là, et lorsqu’il avait décidé après dix ans de mariage de lui demander à nouveau sa main, il lui avait offert la même bague. Et celle-là non plus, Violette ne la quittait jamais.

Etait-ce une erreur de lui offrir encore cette bague ? La porterait-elle avec les deux autres ? Et avant tout, l’accepterait-elle ?
Pourvu qu’elle dise oui. Pourvu qu’elle dise oui.

Henri leva les yeux vers les fenêtres de leur appartement au 3e étage. Elle l’attendait c’était sûr, il ne lui avait pas dit où il allait. Elle allait s’inquiéter.
Il déglutit, arrangea sa cravate pour la cinquième fois puis pénétra dans l’immeuble.

Pourvu qu’elle dise oui.

Henri & Violette, c’est le nom d’un blog dont j’aime beaucoup l’atmosphère et le style. Violette y a publié un tuto de jupe que j’ai eu envie de suivre. Voici le résultat :


Velours gris (Sacrés Coupons), doublure bleu de glace (Mondial Tissus), dentelle grise (Mercerie Moline), boutons anciens (achetés dans une brocante)

Le velours gris étant très léger, j’ai entièrement doublé ma jupe Violette (oui le nom prête à confusion, non je ne veux pas le changer). C’est un jeune homme très sympathique qui m’a servie à Mondial Tissus et je pense me rappeler longtemps de ses propos concernant toutes les misères que les doublures peuvent faire aux filles en jupe l’hiver : il savait que les jupes doublées remontent parfois, il savait que les doublures font un « schriiich schriiich » agaçant et il savait qu’il arrive que les doublures collent aux collants ! Ce type m’a épatée, littéralement épatée. La question à mille point : Mais comment sait-il tout ça au juste ?
Sur son conseil, j’ai acheté de la doublure spéciale dont j’ai oublié le nom (oups !) qui ne colle pas, ne fait pas remonter la jupe et fait moins de « schriiich schriiich » que la doublure classique, le tout pour à peine plus cher.

J’ai longuement cherché des boutons avant de penser à ces boutons que j’avais achetés dans une brocante en Septembre et qui dormaient sagement dans mon stock.

The black point (il en faut toujours un sinon on s’ennuierait, n’est-ce pas ?) : j’ai dû bidouiller les côtés de la jupe pour ne pas qu’ils fassent une sorte de bosse à cause des fronces. Ce que j’aimais bien dans la jupe de Violette, c’était qu’elle était quasi droite et je suis un peu déçue de ne pas avoir obtenu le même résultat. M’est avis qu’il y a un truc que je n’ai pas encore intégré au niveau des fronces…

J’envisage donc les axes d’amélioration suivants pour mes prochaines jupes impliquant des fronces :

- faire des rectangles moins larges en bas pour limiter le phénomène des bosses

- répartir les fronces en évitant les zones de couture sur les côtés

- utiliser des trapèzes au lieu de rectangles

- remplacer les fronces par des plis

Je n’ai pas dit mon dernier mot !