Henri & Violette

Debout sous le porche de l’immeuble, Henri arrangea son noeud de cravate pour la quatrième fois en moins d’un quart d’heure.
C’était bête mais il se sentait nerveux. Il épousseta la manche droite de sa queue de pie, lissa sa moustache puis sortit un petit peigne de la poche de son pantalon et ramena sa chevelure blanche et fournie vers sa nuque.
Rassuré sur son apparence par un coup d’oeil à son reflet dans la porte vitrée de l’entrée, il remit son haut-de-forme et ses gants puis s’apprêta à entrer dans l’immeuble où vivait Violette, sa douce Violette. 3e étage, appartement 12. Elle l’attendait sûrement.
Pourvu qu’elle dise oui.

Henri avait rencontré Violette dans un musée, le jour de son anniversaire. Ce jour-là, il se sentait déprimé, comme à chacun de ses anniversaires depuis douze ans. Il était allé au Louvre pour essayer d’oublier qu’il avait 52 ans. Et alors qu’il étudiait « Les Noces de Cana », Violette s’était approchée de lui et avait entamé la conversation avec beaucoup de naturel.

Elle avait totalement chamboulé sa vie. A 48 ans, Violette était une femme pimpante et pleine d’énergie. Lui qui pensait que la vie se résumait à attendre la mort le plus confortablement possible, lui qui se sentait vieux depuis ses 40 ans et encore plus depuis que sa femme l’avait quitté, lui qui avait abdiqué en vérité, fut emporté par le raz-de-marée que Violette provoqua en lui. Violette, sa Violette.
Pourvu qu’elle dise oui.

Avec Violette, il avait quitté Paris pour la première fois de sa vie et était allé visiter le monde. Avec Violette, il avait appris à rire, à contempler, à goûter et à apprécier la nouveauté. Avec Violette, il avait abandonné le cynisme qui lui servait de carapace depuis toujours et s’émerveillait sans honte désormais. Violette lui avait appris l’enthousiasme et l’expression des émotions. Violette lui avait insufflé la vie, elle l’avait sauvé, il en était convaincu.
Pourvu qu’elle dise oui.

Henri effleura la petite boîte qui déformait la poche gauche de son pantalon et sourit. Bien évidemment qu’elle allait dire oui. Elle avait déjà dit oui deux fois. Lors de leur mariage d’abord et à leur dixième anniversaire ensuite, quand il lui avait redemandé sa main. Ils s’aimaient toujours aussi follement, alors elle allait forcément lui dire oui une troisième fois.
C’était leur vingtième anniversaire de mariage et pourtant, Henri était ému comme la première fois. Il portait son costume de mariage. Vingt ans après, sa queue de pie lui allait toujours. Il était content, il voulait qu’elle le trouve beau.

Il savait bien qu’elle allait dire oui, mais il ne pouvait s’empêcher d’être anxieux. Comme la première fois.

Pourvu qu’elle dise oui.

Il allait lui offrir la même bague que lors de leurs fiançailles. C’était une bague ancienne en argent, délicate et travaillée, avec une fleur gravée dessus. On aurait dit un bouton monté en bague. Violette était couturière et il avait pensé qu’elle lui plairait.
La brillance de son regard lorsqu’elle avait découvert la bague !
La luminosité de son sourire lorsqu’elle lui avait dit oui !
Inoubliables !
Il s’était senti submergé de bonheur, il ne savait pas avant ce regard et ce doux mot qu’il était possible d’être heureux à ce point et il chérissait le souvenir de ces instants précieux.

Violette ne quittait jamais sa bague, elle la regardait souvent et à chaque fois un sourire semblable à un lever de soleil se dessinait sur ses lèvres. Henri adorait ce sourire-là, et lorsqu’il avait décidé après dix ans de mariage de lui demander à nouveau sa main, il lui avait offert la même bague. Et celle-là non plus, Violette ne la quittait jamais.

Etait-ce une erreur de lui offrir encore cette bague ? La porterait-elle avec les deux autres ? Et avant tout, l’accepterait-elle ?
Pourvu qu’elle dise oui. Pourvu qu’elle dise oui.

Henri leva les yeux vers les fenêtres de leur appartement au 3e étage. Elle l’attendait c’était sûr, il ne lui avait pas dit où il allait. Elle allait s’inquiéter.
Il déglutit, arrangea sa cravate pour la cinquième fois puis pénétra dans l’immeuble.

Pourvu qu’elle dise oui.

Henri & Violette, c’est le nom d’un blog dont j’aime beaucoup l’atmosphère et le style. Violette y a publié un tuto de jupe que j’ai eu envie de suivre. Voici le résultat :


Velours gris (Sacrés Coupons), doublure bleu de glace (Mondial Tissus), dentelle grise (Mercerie Moline), boutons anciens (achetés dans une brocante)

Le velours gris étant très léger, j’ai entièrement doublé ma jupe Violette (oui le nom prête à confusion, non je ne veux pas le changer). C’est un jeune homme très sympathique qui m’a servie à Mondial Tissus et je pense me rappeler longtemps de ses propos concernant toutes les misères que les doublures peuvent faire aux filles en jupe l’hiver : il savait que les jupes doublées remontent parfois, il savait que les doublures font un « schriiich schriiich » agaçant et il savait qu’il arrive que les doublures collent aux collants ! Ce type m’a épatée, littéralement épatée. La question à mille point : Mais comment sait-il tout ça au juste ?
Sur son conseil, j’ai acheté de la doublure spéciale dont j’ai oublié le nom (oups !) qui ne colle pas, ne fait pas remonter la jupe et fait moins de « schriiich schriiich » que la doublure classique, le tout pour à peine plus cher.

J’ai longuement cherché des boutons avant de penser à ces boutons que j’avais achetés dans une brocante en Septembre et qui dormaient sagement dans mon stock.

The black point (il en faut toujours un sinon on s’ennuierait, n’est-ce pas ?) : j’ai dû bidouiller les côtés de la jupe pour ne pas qu’ils fassent une sorte de bosse à cause des fronces. Ce que j’aimais bien dans la jupe de Violette, c’était qu’elle était quasi droite et je suis un peu déçue de ne pas avoir obtenu le même résultat. M’est avis qu’il y a un truc que je n’ai pas encore intégré au niveau des fronces…

J’envisage donc les axes d’amélioration suivants pour mes prochaines jupes impliquant des fronces :

– faire des rectangles moins larges en bas pour limiter le phénomène des bosses

– répartir les fronces en évitant les zones de couture sur les côtés

– utiliser des trapèzes au lieu de rectangles

– remplacer les fronces par des plis

Je n’ai pas dit mon dernier mot !

11 thoughts on “Henri & Violette

  1. Ton commentaire me fait bien plaisir.
    Je reste un peu chiffonnée par le bidouillage que j’ai dû faire avec les fronces alors je pense que je vais retenter le coup après les vacances. Affaire à suivre…

  2. Quel plaisir de te lire ce matin, ton texte est très beau! Tu écris super bien! Pour les fronces je ne sais pas trop quoi te dire, peut être de les répartir de manière plus centrale et éviter d’en mettre trop sur les côtés! Bon je files découvrir le reste de ton blog…

  3. Je découvre ton blog grâce à celui de Violette, il me tarde d’en voir et lire plus! Sinon, je trouve cette jupe très réussie, elle te va bien, rien à redire… et quelle chance d’avoir rencontré ce vendeur!

  4. Merci Nessie. Tu sais, j’ai pensé la refaire à l’identique et j’ai flanché devant la perspective de devoir me retaper à la doubler. Je recommencerai dans un autre tissu…

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