Je commence ce post à 21h03 le 28 Février, dans les dernières heures d’un mois terriblement douloureux pour moi.

Il y a eu un cataclysme en Février, coupine. Une personne qui m’était très chère, une personne que j’aimais profondément, une figure essentielle de ma vie est décédée en Février. Je n’ai pas envie d’entrer dans les détails mais sa disparition fut soudaine et le choc effroyable.

J’ai la tête à l’envers depuis. J’oublie des rendez-vous, je perds mes affaires, je suis triste en permanence et bien à l’ouest aussi.

Mais je ne voulais pas te poser un lapin, ce soir. Je tenais à t’écrire, même si mes mots sont crispés et ne me viennent pas facilement.

D’abord pour t’expliquer mon silence suite à tes commentaires sur mon dernier post. Je suis navrée, coupine, mais la joie s’est faite rare, ces derniers jours. L’envie de communiquer virtuellement s’en est allée aussi. Quand je suis dans mon quotidien, parfois j’oublie et je ris, je bavarde, j’ai un répit. Mais seule derrière mon ordi, je n’arrive pas à mobiliser de l’énergie pour t’écrire un mot de remerciement rigolo. Je ne suis pas venue te voir chez toi non plus. Je n’y arrive pas.

Je suis venue t’écrire aussi parce que dans cette tempête, cette mélasse, cet engourdissement du mois de Février, j’ai cousu. J’ai cousu la jupe du défi, comme je te l’avais dit. Et je te la montre comme promis. Mon instinct me dit qu’il faut que je m’accroche aux branches, qu’il ne faut pas que tout parte à vau l’eau. Je pourrais être emportée par le courant et finir noyée dans mon chagrin. Je ne veux pas.

J’ai cousu en Février parce que la couture m’offrait un abri. Couper, épingler, repasser, piquer, ça canalise l’attention, l’air de rien. Pendant quelques heures, je pouvais me soustraire à l’horreur de la réalité et me réfugier dans des détails apparemment superficiels. Je pouvais m’appliquer à surpiquer près du bord, me creuser la tête pour modifier l’ordre de montage de ma jupe, puisque je voulais lui ajouter ces poches qui m’avaient charmée il y a plusieurs années maintenant. Pendant quelques heures, je pouvais oublier mon chagrin alors que j’étais toute seule et que c’est quand je suis seule qu’émergent les questions qui resteront sans réponse et qui me font pleurer à chaque fois qu’elles s’invitent dans ma tête.

J’ai aussi cousu parce que ça me réconfortait de créer quelque chose qui me semblait beau et réussi. Tout n’est pas gris cendre, il peut y avoir de la couleur aussi. Moi j’ai choisi le bleu. Au départ, j’ai choisi un bleu bien plus foncé. J’ai teint du Tencel en bleu marine, séduite par la fluidité et le tombé de cette matière. Et j’ai cousu ma jupe, en m’enfouissant dans l’acte de coudre, en y prenant mes aises et en goûtant au répit que ça me donnait.

J’ai la tête à l’envers et contrairement à ce que tu pourrais croire, la confection de cette jupe fut très laborieuse, malgré toute la vigilance que j’y ai apporté (comme d’habitude en somme, comme quoi il y a des constantes qui résistent au destin). Je me suis trompée moult fois dans l’ordre de montage, j’ai surpiqué du mauvais côté de mes coutures, j’ai oublié les boutonnières sur les poches, j’ai décousu les mauvaises coutures. J’ai fait marche arrière et j’ai décousu un nombre proprement incroyable de fois.

Ma jupe devait être parfaite, mais au bout du compte, elle ne l’était pas. Le tissu s’est avéré trop lourd, trop mou et la jupe s’en trouva sans forme, tristement pendouillante quand je l’ai essayée. Et je ne te parle pas des bosses étranges qui ornaient la couture dos, au niveau de ma fermeture éclair invisible et qui n’apparaissaient que quand j’enfilais ma jupe.

J’ai tout fait pour la sauver, coupine. Tout. J’ai déplacé la fermeture éclair sur le côté mais les pièces du dos, coupées dans le biais, semblaient définitivement distendues et la couture continuait à gondoler. J’ai mis des bandes de thermocollant sur toutes les coutures pour donner plus de tenue à ma jupe mais ça n’a eu aucun effet. J’ai cousu avec une marge plus grande, avec une marge plus petite mais ça gondolait et ça pendouillait toujours. J’ai ajouté une doublure, certaine de tenir la clé. Mais ça non plus, ça n’a eu aucun effet.

Tout le temps de ces essais infructueux, je n’ai pas râlé une seule fois. Au contraire, j’étais contente que cette jupe me donne du fil à retordre. Mon cerveau était sollicité, il turbinait là-dessus plutôt que sur tout le gris cendre autour. Et puis je voulais avoir le dernier mot sur cette jupe. Je voulais coûte que coûte trouver la clé qui me permettrait de transformer ma guenille molle en jupe trapèze fluide et féminine.

J’ai assisté à la cérémonie organisée au Père Lachaise, jeudi dernier. Et c’est après que je me suis résignée. J’avais encore quelques idées mais je n’avais plus envie d’essayer de sauver ma jupe en Tencel alors j’ai laissé tomber.

J’ai décidé de tout recommencer.
Vendredi, j’ai coupé mes pièces dans un tissu qui avait plus de tenue. Samedi, j’ai cousu l’après-midi, cousu le soir et cousu une bonne partie de la nuit. Dimanche matin, j’ai bâclé les derniers détails pour qu’on puisse faire des photos dans la rue, après la sieste de la Chouquette et avant que le soleil ne se couche.

Il reste plein de trucs à finir sur cette jupe que je te montre. Les ourlets sont hyper moches, la ceinture intérieure n’est pas encore fixée, je n’ai pas solidarisé la doublure avec la fermeture invisible, mes boutons recouverts maison brinquebalent et ne tiendront pas longtemps et je suis un peu engoncée dedans.

Mais je m’en fous parce que quand je l’ai enfilée pour les photos, je l’ai trouvée chouette. Vraiment chouette. Et tout le reste de l’après-midi, je me suis sentie plus légère que triste.

Je vais la finir. Et puis je vais la porter. Et j’espère vraiment, coupine, que je finirai par oublier ce mois de Février. Ou tout au moins qu’il ne me fera plus pleurer.

RECETTE:
Jupe Ginger de Colette. Taille 6.

INGREDIENTS:
– 1,2 m de tissu type sergé bleu électrique acheté dans une boutique à Oberkampf en 2014. Ca n’est clairement pas du coton, j’ai essayé de le teindre en bleu plus foncé, sa couleur n’a pas bougé.
– coupon de cotonnade acheté chez Anna Ka Bazaar en 2014 pour les poches
– fermeture éclair invisible de 20 cm (trouvée dans mon stock)
– boutons à recouvrir (Mercerie de Charonne)

GRAINS DE SEL:
J’ai ajouté les poches et la ceinture d’un livre japonais non référencé chez les JCA, acheté chez Junku il y a un bail.

LE FRANCHEMENT PLAISANT:
– Le rendu final qui correspond à ce que j’avais en tête

LE FRANCHEMENT BARBANT:
– Me prendre si souvent les pieds dans le tapis, même sur des trucs élémentaires.
– Avoir dû tout recommencer

DO IT AGAIN:
Ce modèle me plaît vraiment. Je suis séduite par cette jupe trapèze si bien pensée avec ses pinces planquées dans les coutures. Là, tout de suite, je n’ai pas d’idée de tissu mais je crois que je la recoudrai. Sans doute sans les poches et dans un tissu à motifs. Peut-être que je ferai la taille au-dessus pour qu’elle m’arrive sous le nombril et non à ma vraie taille, ça me tasse un peu, je trouve.

93 commentaires éclaires sur “Consolante bleue

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