La Grande Punition

Nolwenn avait pris sa décision : elle allait se remettre à la photo. Aujourd’hui même. Posant son torchon sur le bord de l’évier, elle quitta la cuisine d’un pas énergique. Elle se prépara à sortir et descendit chercher son appareil photo.

C’était son grand-père qui le lui avait offert pour ses quinze ans et il fonctionnait toujours aussi bien. Elle s’était installé une chambre noire à la cave et n’avait jamais cédé à la tentation d’acheter un réflex numérique.

Sur le pas de sa porte, Nolwenn ressentit ce pincement au cœur, familier maintenant, en parcourant la lande environnante des yeux. Rien n’avait changé depuis la Grande Punition. Rien. Tout était gris et elle avait beau scruter attentivement la nature, elle ne décelait aucun changement.

Refusant de se laisser envahir par la tristesse, Nolwenn se mit en route vers la colline à l’ouest de sa petite maison.

Ca faisait combien de temps maintenant ? Un an et demi ? Deux ans ?

Pourtant, elle s’en rappelait comme si c’était arrivé hier. La Grande Punition…

D’abord il y avait eu cette lumière aveuglante, comme un flash géant, qui l’avait éblouie. Puis, quand elle avait enfin recouvré la vue, les couleurs, toutes les couleurs avaient disparu. Littéralement disparu. Tout, et tout le monde autour d’elle, était noir, blanc ou dans un dégradé de gris, comme sur les vieilles photos ou les films des années 50 à la télévision. Pas la plus petite nuance de pastel, nulle part.

Elle avait d’abord cru avoir un problème aux yeux, une séquelle de son éblouissement, comme une persistance rétinienne particulière. Mais cela n’avait pas évolué au fil du temps. Et puis elle avait découvert que les autres habitants du village ne voyaient plus aucune couleur eux non plus. Au journal, ce soir-là, Nolwenn avait appris qu’il ne s’agissait pas de ses yeux ni de ceux de ses voisins : il n’y avait plus de couleur nulle part dans le monde entier.

Les mois ont passé sans aucun changement. Les scientifiques des unités de recherche les plus prestigieuses du monde n’avaient pas trouvé le moindre début d’explication au phénomène. Ils ne savaient même pas d’où était venue la vive lumière qui avait précédé la disparition des couleurs.

Nolwenn n’était pas croyante mais elle avait fini par penser que, peut-être, c’était Dieu qui les punissait tous en les privant ainsi de rouge, d’or, de turquoise, de vert… de l’essentiel, en vérité.

Mais qu’avaient-ils bien pu faire pour mériter un tel châtiment ? Qu’avaient-ils fait ?

Nolwenn soupira. Elle n’avait toujours pas de réponse à cette question. Elle regarda autour d’elle et constata qu’elle avait atteint le pré.

Il aurait dû être vert, on était au printemps. Il aurait dû être d’un beau vert plein de vie, tacheté de fleurs de couleurs vives. Les papillons auraient dû être oranges ou verts et le ciel aurait dû être d’un bleu réconfortant. Mais tout était gris. Le pré, les fleurs, les papillons et le ciel, tout était gris. Gris et triste.

Sentant les larmes lui monter aux yeux, Nolwenn se ressaisit. Elle ne voulait pas abandonner une fois encore. Elle ne voulait pas rentrer chez elle. Elle avait décidé de faire face, d’accepter la réalité.

Elle leva son appareil et photographia la nature qui l’environnait. Comme avant. Elle y prit plaisir et quitta le pré pour aller vers la rivière. En passant, elle photographia des fleurs au bord du chemin et mit toute son énergie à ne pas se demander de quelle couleur elles étaient en réalité.

Elle fit une pellicule entière de photographies puis prit le chemin du retour. Elle se sentait légère et joyeuse. Cela ne lui était pas arrivé depuis des mois. Aussi, voulant rester de bonne humeur, elle décida de développer ses photos dès son arrivée chez elle.

Ce qu’elle vit alors sur ses clichés en train de sécher lui fit un tel choc qu’elle dut s’asseoir.

A suivre…

Et ouais, rebelote: longue historiette. Je vais d’ailleurs arrêter de parler d’historiettes, moi. Hein? Je crois qu’il est temps d’arrêter de se voiler la face. N’est-ce pas?

3 thoughts on “La Grande Punition

  1. Je confirme, là il faut laisser tomber le concept « d’historiette »! Note qu’ en même temps, je ne m’en plains pas. 🙂 ….. J’attends toujours aussi impatiemment la suite! Dis, il y a quoi sur ces photos? Allleeeeeeeez…..

  2. Bonjour,
    Je viens seulement de te découvrir (raagh … que de temps perdu ;o) et merci au passage à Henri et Violette )
    Je me suis régalée à te lire alors je reviendrai ! bon surtout que là je suis en plein suspens … enfin à moins que Nolwenn soit partie avec un ekta et qu’elle ai fait un développement couleur ;o)
    et bravo à ton homme qui a eu une très bonne idée en t’offrant cette nouvelle adresse : d’abord c’est toujours sympa de changer la déco et cela va t’amener de nouveaux lecteurs car les « .com » c’est drôlement mieux référencé que canalblog !!!

  3. Céline, voyons! Pas question de dévoiler le pot aux roses! Mais ne t’inquiète pas tu n’auras pas longtemps à attendre. 🙂

    Coucou Z’apristi! Bienvenue et merci beaucoup pour ton commentaire. ZorroLaClasse passe souvent ici, j’imagine donc qu’il verra ton commentaire. Je peux te dire qu’il va être ravi (il est presque plus content de ce blog que moi :D).
    Quand à l’histoire, pas question que je lâche la moindre miette d’info sur la suite! Je suis une tombe, moi, madame!

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