Les poissons de Naïm – fin

Sept jours passèrent ainsi. Fayçal se levait à l’aube, changeait le bébé, lui donnait à manger puis l’emmenait avec lui à la pêche. Il avait de la chance, il prenait très vite plusieurs poissons, à chaque fois des poissons volants, et ainsi, il pouvait rentrer avant que le soleil ne soit trop haut dans le ciel. Il passait chez Zeïnab, qui devenait, au fil des jours, sa première et seule amie, échangeait avec elle du poisson contre du lait ou de la bouillie puis rentrait chez lui. Il passait ses après-midi à jouer avec l’enfant, lui chantant des chansonnettes qu’il avait apprises de Zeïnab, le berçant ou lui racontant des histoires. Il passait une partie de ses nuits à l’éventer pour qu’il n’ait pas trop chaud et pour éloigner les moustiques de sa peau si tendre. Il se sentait léger, plein d’énergie et son regard perdit le voile de tristesse qui le couvrait depuis si longtemps.

A l’aube du huitième jour, il réalisa qu’il était heureux depuis qu’il s’occupait du petit garçon et il en eut les larmes aux yeux. Se saisissant du panier, il alla sur la plage. S’installant à l’endroit même où il avait trouvé le petit garçon, il le prit sous les bras, le souleva jusqu’à ce que leurs yeux se rencontrent puis le remercia à haute voix. Il remercia aussi le ciel et la vie de lui avoir fait un si beau cadeau puis se concentrant à nouveau sur l’enfant, il lui dit :

-Naïm, tu t’appelleras Naïm, mon fils.

L’enfant, qui le regardait attentivement, sourit puis se mit à gigoter joyeusement dans ses mains.

Le prodige eut alors à nouveau lieu : la mer se couvrit de poissons volants qui virevoltaient à sa surface en un immense et magnifique ballet. Aussi loin qu’il pouvait voir à l’est comme à l’ouest et vers l’horizon, des millions de poissons sautaient avec grâce au dessus de la surface de l’eau. Et comme la première fois, le soleil qui se levait souligna ce magnifique tableau vivant d’un liseré orange à pois argentés.

Fayçal retourna l’enfant afin qu’il puisse profiter lui aussi du spectacle. Le garçonnet s’agita en poussant des cris perçants, souriant et bavant avec enthousiasme. Comme en réponse à sa joie, les poissons sautèrent plus vite et plus haut hors de l’eau. Stupéfait, Fayçal observait l’étrange communion entre son petit garçon et les poissons volants. Quand l’enfant criait, ils amplifiaient leur danse, quand il se taisait, ils reprenaient leur rythme précédent, diminuant la fréquence et l’amplitude de leurs sauts.

Lorsqu’au bout de quelques minutes, ce fut fini, Fayçal observa longuement le petit garçon. Puis il déposa un profond baiser plein de tendresse sur son front avant de se relever. Il cala le bébé sur sa hanche et se dirigea à grands pas sereins vers sa barque.


Naïm au si beau prénom a vu le jour au début de l’été. C’est le fils de la cousine de CharmingPrince. Pour une fois, sachant que c’était un garçon, je m’y suis prise en avance pour lui confectionner un cadeau de naissance. Et j’ai presque réussi à finir avant sa naissance (me restaient les chaussons que j’ai bien évidemment mis des plombes à faire. Pour le résultat qu’on verra ci-dessous).

Matériaux utilisés:
Coton bleu à motif « poissons volants » -en tout cas, c’est que j’y vois, moi- (Marché de Sarcelles), coton orange à pois blancs (Petit Pan), biais assorti (Petit Pan), boutons pression en plastique orange (Ar Brinic), pompons orange (La Droguerie).

Les challenges du jour:
– Coudre pour un bébé garçon.
– Faire mes premiers chaussons (atteindre le niveau microscopique de la couture, quoi).
– Modifier un patron.

Le tuto derrière tout ça:
Citronille pour la barboteuse. Elle est issue du livre « Intemporels pour Bébés » dont, pour peu que tu sois assidue, tu as déjà entendu parler par ici.

Pour les chaussons, j’ai utilisé un tuto trouvé dans cette mine d’or qu’est le site Petit Citron.

Changements de plan en cours de route:
– J’ai raboté la barboteuse sur les côtés après avoir lu qu’elle était très large et que ça ne seyait pas à un petit garçon. J’ai enlevé 1,5 cm de chaque côté.

– J’ai ajouté une poche, que la maman de Naïm a trouvée pratique pour y ranger un petit mouchoir. Et j’ai remplacé les ourlets des bas des jambes par du biais, histoire d’égayer le tissu bleu sombre.

– Enfin, j’ai remplacé les boutons par des pressions assorties.

– Je n’ai rien changé sur le patron des chaussons, enfin pas volontairement, et je leur ai ajouté des petits pompons pour les colorer un peu plus.

Ce qui m’a franchement plu:
– Ce fut un vrai délice de coudre la barboteuse. Je l’ai trouvée facile à faire, sans couture périlleuse et, ô joie, sans fronces. 😀

– L’association de tissus, c’est ma copine Morgann qui me l’a suggérée. en posant un de ses coupons sur mon coupon bleu. Et j’ai immédiatement été séduite. Bien que totalement versée dans les coloris flash, j’associe très peu souvent deux tissus à motifs. Je suis du genre à « adoucir » un tissu à motifs avec un tissu uni. Ma copine Morgann, au contraire, associe très souvent des tissus à motifs différents entre eux. Le rendu me plaît beaucoup en général et j’ai décidé de suivre son avis, à propos de la barboteuse de Naïm. J’ai bien fait, je trouve. Au point que je me suis promis de refaire la même barboteuse, dans les mêmes tissus, l’été prochain pour ma coquelicote.

– Les pressions Ar Brinic. j’en ai entendu parler sur plusieurs blogs, j’ai vu des réalisations qui m’ont séduite et j’ai profité des soldes pour me commander un kit. Rien que d’y penser, j’en roucoule d’aise tellement ça a été une bonne idée. La pince est d’une simplicité d’utilisation confondante, les couleurs des pressions sont pimpantes. Bref, les pressions Ar Brinic sont bien parties pour être mes chouchous mercerie de 2010.

– Surfiler avec Pélagie, ma surjeteuse. Notre belle histoire d’amour bat son plein, la passion est toujours au rendez-vous et je la sors pour un oui ou pour un non. J’ai aussi commencé une collection de cônes pour surjeteuse qui va finir par me causer des soucis de rangement, à la longue mais qu’importe, l’amour n’a que faire de ces questions bassement matérielles.

Ce qui m’a franchement barbée:
– Faire les chaussons. Pendant tout le processus, je me disais que le patron était faux, que les marges conseillées étaient farfelues et que franchement, on ne pouvait plus se fier à personne en ce triste monde imprécis. Quand j’ai enfin fini, les chaussons obtenus étaient tout rikiki trop petits. Naïm n’avait qu’un mois mais ils ne lui allaient pas. J’ai encore râlé, écoeurée, avant de relire les instructions. Et de découvrir qu’il fallait ajouter des marges de couture au patron présenté. C’était écrit noir sur blanc, je ne sais pas comment j’ai fait pour le louper.

– A propos des chaussons, toujours, je n’ai découvert qu’à la toute fin que je m’étais trompée dans le sens du tissu pour l’un des chaussons. Flûte de mince à la fin! Ces chaussons maudits ont failli me pourrir les vacances.

Ce qu’on peut retenir de tout ça / Si je devais recommencer:
– Malgré mon rabotage des côtés, j’ai trouvé la barboteuse un peu large au niveau des cuisses du petit Naïm. Alors quand j’en referai une (parce que c’est sûr que j’en recoudrai une), j’affinerai encore plus les côtés de la barboteuse. Ou alors je ferai comme une bonne partie des Citro-copines, je mettrai un élastique au bas des jambes.

– Quand je referai les chaussons (parce que c’est sûr que j’en referai, je ne peux pas rester sur un échec pareil), je ferai une taille 6 mois direct.

– En prenant bien garde d’ajouter les marges de couture.

– Et je ferai aussi gaffe au sens du tissu 🙂

La p’tite idée qui fait du bien:
Quand tu as affaire à de toutes petits patrons (du genre des chaussons), coupine, j’imagine que tu fais comme d’habitude: tu décalques avec application ce patron sur du papier de soie tout fin, tout pas pratique qui, tu le constates ensuite, se plisse dans tous les sens quand tu veux le reporter sur le tissu. Pas moyen de le maintenir facilement, même quand tu mets des épingles, ça ne va pas, ça fait gondoler le tissu et tu passes un mauvais moment.
Sache que je comprends ta mauvaise humeur. Et que j’ai un modeste truc qui pourrait t’éviter de te tricoter des rides au front.
Il te suffit de coller ton patron sur une feuille cartonnée, de découper bien soigneusement autour et de t’en servir ensuite sur le tissu. La rigidité du carton fait que tu peux tenir le patron du doigt tout en suivant son contour avec ton crayon, ta craie ou ton feutre. J’ai essayé, crois-moi, ça ne plisse pas ni rien. Tu verras, ça fait du bien aux nerfs.

11 thoughts on “Les poissons de Naïm – fin

  1. Et en plus je suis la preum’s à commenter hiiiiiiiiiiiiiii… Bon je sais pas si je dois dire que ça valait le coup d’attendre hein… C’est de la torture de nous tenir en haleine ainsi !!!

  2. Gabarits dans du carton (qu’on garde précieusement pour la fois suivante) et feutres lavables Je t’avais dit, c’est l’association magique !!!

    Moi c’est justement cette « micro » couture qui me plaît le plus.
    Je n’ai pour l’instant pas la place de coudre tous les vêtements que je voudrais mais les petites pièces m’amusent.
    Une fois qu’on maîtrise le trajet de l’aiguille sur ces petits machins, les graaaaaaaaands machins ont l’air d’être d’une simplicité enfantine ! lol

    J’aime l’association des tissus moi aussi !
    Les pressions là je ne connais pas, j’irai voir !

    Un conseil si je peux encore me permettre, vu le niveau : pour les chaussons, etc… ne pas hésiter à bâtir pour une forme harmonieuse et ne pas hésiter non plus à faire les petites finitions à la main.

    BRAVO !
    Et pour le récit qui m’a tenue en haleine et pour l’ensemble !!!

  3. Irrésistible cet ensemble, tout comme ton histoire. Ta future petite n’aura aucun mal à aller se coucher avec les histoires de sa maman. As tu songé à écrire un recueil de nouvelles pour adultes ou mieux encore pour les enfants. Bonne continuation

  4. 😀 PimS. En ce moment, quand me vient une histoire, elle est longue comme un jour sans pain. Du coup, je dérive un peu vers le feuilleton, j’avoue.
    Bon, si ça te fait tant souffrir que ça, je vais voir ce que je peux faire.

    Merci Gabrielle! Tu vois, je me dis que les chaussons, c’est l’exercice parfait pour améliorer ma patience mais c’est loin d’être gagné. Enfin bon, je vais en refaire d’autres, on verra si mes nerfs frisent encore. 🙂

    Je note, je note Julay. Et merci beaucoup.

    Merci le Mouton sauvage. C’est marrant, parfois quand on cherche à associer un tissu à un autre, on en teste plein de bof et puis soudain il y en a un qui illumine l’association. C’est ce qui est arrivé ici. Du coup, je retenterai des associations de tissus à motifs plus souvent.

    Merci Red!

    Ah là là Naninotte, ton commentaire me touche beaucoup. L’écriture et moi, c’est une histoire passionnelle compliquée depuis toujours. Enfin, j’apprends petit à petit à dompter mon style. Alors qui sait, peut-être que dans un avenir pas trop lointain, j’écrirai des nouvelles. C’est vraiment tout ce que je me souhaite.
    Merci beaucoup!

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