Lost in the custo

Je sais ce que tu vas dire, coupine. J’ai des cernes.
J’ai des cernes parce que je sors tout juste d’un défi.

Ben oui, je sais, je sais, les défis et moi ça fait deux, on est tous au courant.
De l’abandon au hors sujet, mon palmarès est plutôt impressionnant. Et ça fait belle lurette que je passe mon chemin, quand je croise un challenge.

Mais là, c’était l’été. Il faisait beau, j’avais du temps, beaucoup de temps et j’en profitais pour renouer avec les blogs que je n’avais plus le temps de lire.

Assez rapidement, je me suis retrouvée, avec d’autres Tasticottiens, à camper sur le blog du Nid de la Linotte, un de mes spots préférés dans la grande forêt des blogs de couture et de tricot. On y était bien, on ne manquait de rien vu qu’elle publiait régulièrement. Et nous nous payions le luxe de commenter tous ses posts.
Un jour, au détour d’une réponse, elle nous proposa un défi. Comme ça, flap.
Oh surprise !

Avons-nous réfléchi longtemps avant d’accepter ?
Non, car vois-tu, dans la petite troupe qui avait planté sa tente à côté de la mienne, il y avait des jeunots.
Et comme tu le sais, les jeunots n’ont peur de rien. Dès qu’ils ont eu vent de ce défi custo de tee-shirt, les petits jeunes de Tasticottie sont entrés en transe. Ils voulaient absolument qu’on tente le truc. Et je peux te dire qu’ils avaient des arguments solides, les petits zèbres !

Un tee-shirt tout simple et une customisation, c’était une vraie promenade pour nous, niveau technique.
Et puis ils en avaient plus que marre d’entendre les Anciens parler de la lointaine époque à laquelle on customisait régulièrement nos coutures en Tasticottie. Ils trouvaient injuste de n’avoir jamais pu vivre d’aventure de ce genre.
En plus, on avait pleeeeeiiiin de temps devant nous, on avait touuuut le mois d’Août.
Ils n’en démordaient pas. Il FALLAIT qu’on accepte !

La plupart des Anciens opinaient du chef, apparemment emballés à l’idée de relever le défi.
Comme en plus, je voyais que les petits jeunes étaient à deux doigts de piquer une crise et, qui sait, d’appeler au boycott aux prochaines élections (ces farfelus sont capables de tout, tu sais ?), j’ai cédé (que faire d’autre ?).

Et j’ai donc répondu « Chiche ! J’en suis » à Madame de la Linotte.

On a commencé à en parler dès le premier soir, autour du feu de camp. Entre deux marshmallows grillés, j’ai posé mes conditions : on prenait un modèle simple, un tissu uni et une customisation humble. Pas question de jouer les têtes brûlées, j’étais trop rouillée pour ça.
La jeune génération était si contente qu’elle accepta toutes mes conditions.
L’un des Anciens fit valoir que, comme les deux versions du top à encolure bateau que le Nid de la Linotte avait cousues nous avaient tapé dans l’œil, on pouvait peut-être partir de ce patron-là.
Un petit jeune ajouta que le patron était gratuit et très simple à coudre puisqu’il n’y avait que deux pièces.
Tout le monde fut tout de suite d’accord.
On allait gérer ce défi sans aucun souci et se présenter à l’arrivée avec un top à encolure bateau customisé.
Nous allâmes nous coucher sereins et le lendemain, dès l’aube, j’imprimai le patron.

On avait un plan, on savait où on allait, ça se présentait bien.
On n’était pas pressés, on avait quasi un mois pour atteindre notre but alors on a pris notre temps et abordé notre expédition avec nonchalance.
Régulièrement, les uns ou les autres nous apportaient une idée de customisation à se mettre sous la dent. Certaines étaient sans saveur, d’autres nous inquiétaient et au final, on ne s’y risquait jamais.
Et puis à un moment donné, on a décidé de suivre la voie d’une broderie à la machine à coudre sur un tee-shirt blanc. Facile, rapide, sûr. On ne pouvait pas se planter.

Vers la mi-Août, nous croisâmes un renard* à qui nous achetâmes du jersey de coton blanc. Décidément, cette histoire était une promenade de santé.

Jusqu’à ce que nous tombâmes sur un os.
Je veux dire un col. Un col en dentelle, hérité d’une des grands-mères de Lancelot et qui s’était échappé de la boîte dans laquelle il était rangé. Un col merveilleux, vraiment.

Et bam ! Les jeunes foufous se sont emballés et ont voulu tout changer. Ils ont suggéré de coudre un tee-shirt noir à la place du blanc et d’y ajouter ce col en guise de customisation.

J’ai dit non. On allait rester sur le jersey blanc et le plan d’origine.

De toute façon, on s’était lancés, pas question de faire demi-tour !
J’ai bien vu que je les avais vexés, ils sont partis bouder je ne sais où, mais mince à la fin ! On n’allait pas changer de direction à chaque fois que ces girouettes avaient une nouvelle lubie !
Et puis j’étais la chef de l’expédition, le dernier mot me revenait de droit !

Mais ces petits fourbes n’avaient pas laissé tomber, tu sais, coupine ? Un matin, ils sont arrivés avec une idée toute fraîche sous le bras : un col contrastant incrusté dans le tee-shirt.
Ils étaient allés pêcher l’idée dans l’un de mes tableaux Pinterest et revenaient, tout contents d’eux-mêmes, avec un tuto.

Tout le monde s’est enflammé illico.
« Oh là là ! Ça va être claaaaasse ! » « Ça a l’air facile en plus ! » « Un empiècement dans du jersey, trop cool ! » « J’ai TROP envie d’essayer ! » « Allez ! On le tente ? Hein ? Dites, on le tente ? »
S’il y a une chose que je déteste, coupine, c’est qu’on me force la main. Mais là, que voulais-tu que je fasse ? On avait du jersey corail foncé et tout le monde avait envie d’y aller.
J’ai dit d’accord.
Et donc, nous avons bifurqué vers un col incrusté.

Au départ, j’étais plutôt sereine: il y avait un tuto. Hélàs, le tuto était léger, et après avoir laborieusement assemblé les petits empiècements dessinés par mes soins au tee-shirt, et bien nous nous sommes perdus.

Ça devait arriver, hein ? Quand on se précipite tête baissée sans réfléchir !
J’avais exigé que nous reprenions le sentier balisé du patron et que nous suivions ses indications pour la finition de l’encolure. Sauf que c’était super moche cette couture à l’aiguille double, ça bousillait complètement le visuel du top. En fait, il ne fallait pas de couture apparente sur le col incrusté.

Là, même les petits jeunes ont compris qu’on aurait dû mieux préparer notre coup. Qu’on aurait dû prévoir des parementures pour les empiècements. Et qu’on était complètement coincés.

Bon ben on a paniqué, hein. Normal.

Tout le monde courait dans tous les sens à la recherche d’une issue. J’ai proposé de contourner la difficulté en rajoutant des parementures après coup mais on m’a hurlé que ça impliquait de découdre une partie des coutures déjà faites et qu’il était hors de question de découdre quoi que ce soit quand il était question de jersey !

Alors, ai-je dit, on fait machine arrière, on revient au point de départ et on recommence tout.
Mais non! Non non non! m’opposa t’on. On n’avait plus le temps! On était à J-4 de l’échéance, on allait rater le coche !

Je sentais l’hystérie gagner mes troupes, les petits jeunes pleuraient presque tous, les Anciens étaient au bord de la syncope… Alors j’ai sorti ma carte joker.

Celle-là, je ne l’envisage qu’en cas d’extrême urgence. Et là, on y était clairement, dans l’extrême urgence.

J’ai dit : « on va coller l’encolure devant »
Ça les a tous scotchés. Moi-même, j’étais sonnée d’avoir osé dire ça. Mais j’ai continué, en essayant d’affermir ma voix : « On va utiliser de l’ourlet thermocollant »

« Le truc pour les rideaux, là ? Celui que tu as acheté chez IKEA ? T’es sérieuse ? » m’a demandé un des jeunots.
La lueur d’admiration que je crus voir dans son regard renforça mon audace.
« Et comment que je suis sérieuse ! Pas de couture apparente, pas de découd-vite, pas de parementures à bricoler… Bon ça va être un peu moche, hein, m’enfin si on veut tenir les délais… »

Je n’avais pas fini ma phrase que tous se mirent à parler en même temps pour dire que c’était une bonne idée, après tout, on n’avait qu’à faire ça (ils en avaient un peu marre d’être embourbés dans le défi, à mon avis).

On a donc pris ce raccourci. On a thermocollé l’encolure devant. On n’est pas exactement fiers d’avoir fait ça et on ne va sans doute pas recommencer de sitôt. Mais là, cette mesure efficace nous a tirés d’affaire. On est arrivés au bout du défi in extrémis, frissonnants, crevés, mais on y est arrivés quand même.


Ouais, je sais, ça fait mal aux yeux et au coeur…

Et de retour au pays, tout le groupe était ravi d’avoir un chouette top à col incrusté et une incroyable histoire de thermocollant à raconter.
Résultat, la Tasticottie entière a envie de relever un autre défi. J’ai ouï dire qu’une pétition circule et qu’il y a déjà pas mal de signatures.

M’est avis qu’on va remettre ça très vite. Et ma foi, je suis partante. Il m’a drôlement plu, ce défi teesh-custo.
D’ailleurs, n’oublie pas d’aller voir la copie de Madame de la Linotte! Elle vaut le détour!

*Magasin Tissus du Renard à Challans, un incontournable de mes étés vendéens…

Couture pure et dure

Quel est donc ce patron ?
Le Patron d’un t-shirt à encolure bateau de Nos Jolies Escapades au pays de la couture (patron qui a le bon goût d’être gratuit en plus d’être chouette)

Taille choisie
38 à la poitrine, 40 à la taille (pour vous situer le truc, je fais 88 cm de tour de poitrine et 74 cm de tour de taille).

Tissu utilisé / origine
Jersey de coton blanc (Tissus du Renard de Challans), jersey de coton corail (Brin de Cousette).

Métrage utilisé
70 cm à peu près (pas plus, vu les mesures du tee-shirt fini)(ben ouais, j’ai oublié de mesurer le tissu avant)(encore, je sais, je sais)

Bonne idée ce tissu, ou pas ?
Oui. Tu sais, le coton, c’est franc du collier hein, ça ne te la fait jamais à l’envers. Chouette tenue, tombé nickel même si un jersey de viscose aurait été sympa aussi (enfin, pas pour les empiècements, alors je n’ai aucun regret).

Les autres fournitures
Du thermocollant pour stabiliser les épaules et les encolures. J’ai la flemme de rechercher les références mais vu que je te recommande d’en user et d’en abuser (finies les coutures d’épaules qui dégoulinent, finies les encolures qui s’étirent et gondolent), si tu demandes gentiment, je te retrouverai ça.

Du « Wonder tape »: c’est une bande adhésive double face qui se dissout au premier lavage. Avec ça, les ourlets sur du jersey ne sont plus un sujet. Je te recommande d’user et d’abuser de ça aussi si tu aimes coudre du jersey.

Des modifs, peut-être ?
La quarantaine (et peut-être aussi les apéros mais je ne suis pas sûre) ont eu raison de mon tour de taille. J’ai joué la prudence en élargissant le bas de mon tee-shirt de la taille 38 à la taille 40 et ma foi, je m’en félicite.

Mais la vraie grande modification, c’est ce col incrusté. j’ai suivi ce tuto, trouvé sur Pinterest donc.

Un truc chouette sur cette cousette ?
J’aime beaucoup les finitions à l’aiguille double qui s’étendent d’une épaule à l’autre en passant par l’encolure. C’est très classe. Là, je me suis embourbée sur le devant avec mon col contrasté (ça ne rendait vraiment rien) mais je me suis régalée sur le dos.
J’adore les encolures bateau et celle-ci est juste parfaite! (ça fait 2 trucs chouettes, mais fallait que je le dise!)

Un truc moisi ?
L’embourbement dans la finition du col.

A refaire, qu’est-ce que je changerais ?
Je ferai des parementures pour les morceaux de col contrastant, je pense.

Vais-je vraiment récidiver ?
Y’a des chances, j’ai déjà plein d’autres déclinaisons possibles du patron en tête. Je le verrai bien en jersey rayé, par exemple (comment ça je suis une copieuse?).


18 thoughts on “Lost in the custo

  1. Hiiii mais si tu nous l’avais caché, on n’en aurai RIEN su !!!
    Il est splendide ce top avec col incrusté.
    Bon, OU est mon jersey ?
    PS : Est-ce que tu vas sortir un tome 2, la suite de ces péripéties avec un col en dentelle blanche sur tiche noir ?

    1. J’suis trop honnête! 😀
      Et un peu vexouillé d’avoir tant pédalé dans la semoule avec ce col, il va falloir que j’en refasse un bien proprement fini, si je veux laver mon honneur couturesque, c’est clair!
      Et le col en dentelle blanche ne pouvant rester dans sa boîte (cette évasion, c’est un appel, non?), on va en entendre parler prochainement par ici, c’est dit!

    1. Merci! Merci surtout pour ce cadeau que tu m’as fait en me proposant ce défi, ça m’a fouetté l’enthousiasme à un point, je ne te dis pas. Du coup, je suis prête à rempiler avec toi. Gros défi « pantalon » ou « la veste Nenuphar qui attendait dans le noir » ^^ (en prévoyant mille ans) ou petit défi (si on ne veut pas attendre mille ans), tout me dit!

  2. Ah le renard de Challans… je crois qu’on a le même incontournable vendéen 😉 Merci pour ton retour sur le patron! Cela fait tellement plaisir de voir ta version customisée^^ c’est vrai que là l’aiguille double aurait clairement gâché ta jolie incrustation, très réussie d’ailleurs (je me suis demandée au départ comment tu avais fait).

    1. Merci beaucoup!
      Le renard Vendéen est apparemment connu, on s’y rencontrera peut-être un jour?
      Une chose est sûre en tout cas, je n’ai pas fini de me coudre des top à encolure bateau, j’adore ce patron!

  3. Ravie de te lire ta plume m’avait manque! J’adore j’ai toujours l’impression de lire une histoire à suspense quand je lis tes billets. Je rêve d’aller faire un tour en Tasticotie on ne doit pas s’ennuyer et on doit bien se marrer! Bravo pour ce défi relevé dans les temps!

    1. Merci infiniment Orianne!
      Bon, on a mis plusieurs jours à s’en remettre hein, mais les petits jeunes sont d’ores et déjà d’attaque pour une nouvelle aventure. 🙂

  4. Comme à l’habitude tes – trop rares ! – billets sont passionnants à lire. Bravo pour cette magnifique customisation. J’ai immédiatement consulté le tuto que tu nous recommandes, mais, dis moi si je me trompe, dans ton cas, il ne s’agit pas d’un col, mais bien d’un empiècement greffé sur le tee shirt ? C’est à dire que tu as creusé le jersey blanc pour le compléter par le jersey corail ? C’est ça ? L’idée me plaît beaucoup et je vais la retenir pour un prochain projet. Je suis également allée consulter ton tableau Pinterest et là, comment te dire, je me suis perdue avec délice dans les sentiers sinueux de Tasticotie. Merci beaucoup d’avoir partagé toutes ces idées avec nous.

    1. Merci beaucoup Fanfreluche.
      Effectivement, j’ai fait 2 « trous » dans le tee-shirt blanc et j’ai remplacé les espaces vides par du jersey corail. Ca faisaiy longtemps que ça me titillait. C’est clairement perfectible comme custo mais déjà là, j’ai trouvé ça intéressant.
      Merci à toi d’avoir pris le temps de m’écrire un si gentil commentaire!
      Bisettes coupinette!

    1. Tu as raison Lorence, il ne faut pas que je reste sur ce semi-échec (je tremble en pensant au futur passage en machine de mon petit top…).
      Merci beaucoup de ton commentaire!

  5. Je dis chapeau et bravo pour les incrustations / découpes dans du jersey.. C’est vraiment une opération « casse-gueule »!! J’en sais quelque chose!! Bien sûr l’envers pique les yeux, surtout pour moi qui suis une psycho-rigide des belles finitions sur l’envers (je sais pas toujours facile et personne ne le voit). mais la fin justifie les moyens!! J’aime beaucoup le résultat. Oui effectivement à refaire sans collage!!!

    1. Je crois que si j’avais eu plus de temps, j’aurais recommencé. Et là, hors défi, j’ai bien envie de recommencer sans passer par la case « colle », Falbala. 🙂
      A bientôt pour des finitions plus travaillées!

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