Hello coupinette !
Au menu aujourd’hui : pavé dans la mare.

Parce que c’était mieux avant. La couture, je veux dire, je trouve que c’était mieux avant.

Avant, couture rimait avec liberté. On y venait pour échapper à l’uniformisation galopante du prêt-à-porter mais aussi pour fabriquer des choses de ses mains. C’était une prise de recul, un refuge par rapport à la société de consommation. On pouvait s’exprimer, montrer de quoi on était capable, explorer son style et ses goûts. Avec la couture, tout était possible.
Il n’y avait pas beaucoup de patrons et les chouettes tissus étaient difficiles à dénicher mais n’empêche, chacune arrivait à créer quelque chose d’original et de personnel.
Tu te souviens des patrons japonais ? Combien de robes A du livre 101 a-t-on vu passer sur le net ? Je ne sais pas non plus mais je me rappelle qu’elles étaient toutes différentes.

Avant, nous étions toutes égales et c’était formidable. Qu’on touche sa bille ou qu’on peine à assembler des pièces entre elles, on faisait toutes partie d’un même cercle : celui des passionnées de la couture.
Il y avait ce rapport horizontal qui faisait du bien dans le monde hiérarchisé dans lequel on baigne par ailleurs.
Avant, il n’y avait pas de prescripteurs, pas d’idoles. Avant, il n’y avait que des individus liés par une même vibration. Et c’était cette flamme qui comptait, rien qu’elle. Je me souviens qu’avant, à la boutique, une femme entre deux âges, au brushing impeccable et à la diction soignée pouvait rester une vingtaine de minutes de plus à discuter de l’intérêt des patrons avec ou sans marges avec une jeune femme de vingt-cinq ans en baskets et avec un piercing dans le nez. Avant, on se rencontrait vraiment en couture, il y avait comme un pont entre nous, un pont qu’on empruntait dès qu’on pouvait. Avant, le simple fait de coudre suffisait à être reconnue de ses pairs.

Avant, la blogosphère couture était comme un gros village. Il y avait déjà un paquet de blogs quand je suis arrivée mais à défaut de connaître tout le monde, je reconnaissais beaucoup de blogueuses. Je reconnaissais le style un peu dark de l’une, la passion de l’autre pour le liberty, la plume d’une troisième. Et quand je les croisais, sur un blog collectif ou lors d’une promenade de blog en blog, je les saluais et ça me faisait plaisir qu’elles fassent de même.

Avant, on s’entraidait, on s’encourageait, on faisait des défis. Tu te souviens du Défi 13 ? J’étais jeune couturière alors et totalement infoutue de respecter une deadline. Mais j’allais régulièrement voir ce que faisaient les unes et les autres, le 13. Toute cette émulation, ça me faisait un bien fou !

Avant, il y avait des passionnées qui finissaient par créer un blog collectif parce qu’elles aimaient les patrons japonais ou telle ou telle marque. C’était chouette parce que non seulement on pouvait voir les interprétations de tel ou tel patron par chacune mais on y trouvait de précieux conseils pour coudre les modèles. J’ai passé un nombre incalculable d’heures sur le blog des JCA ou celui des fans de Citronille. J’ai applaudi quand Thread&Needles a été créé. Le village grossissait mais on pouvait toujours être en lien les unes avec les autres.

Puis les marques de patrons indépendants se sont multipliées, il y a eu les designers textiles et les accès aux tissus se sont déverrouillés, matière après matière. Ce fut vraiment un âge d’or pour les couturières. On pouvait se coudre les vêtements qu’on voyait dans les magasins, pratiquement au moment même où ils apparaissaient sur les mannequins dans les vitrines. Je crois que c’est comme ça que la mode est entrée dans l’équation de la couture.
Enfin la couture était débarrassée de son image un peu vieillotte, enfin elle était reconnue comme une alternative au prêt-à-porter, me disais-je. Tout ça me paraissait très sain.

Et puis ça s’est emballé. La couture est devenue « tendance » et quelque chose a déraillé.

Le petit village a grossi encore et encore pour devenir une mégalopole. Comme dans toutes les grandes villes, la solidarité s’est délitée et l’indifférence s’est installée, peu à peu. Il n’y a qu’à faire défiler les posts sur un blog collectif pour s’en apercevoir. C’est rare qu’il y ait un commentaire.

Et puis sont arrivées celles qui voulaient coudre TOUS les patrons d’une marque. Il y a eu celles qui voulaient être les premières à « tester » un nouveau patron, celles qui voulaient être populaires, celles chez qui la couture a disparu derrière la mode.
Les informations sur la couture elle-même, les détails sur le processus de confection des vêtements, ont peu à peu laissé la place aux photos quasi professionnelles et au détail des accessoires avec lesquels la cousette était présentée.

Il y a eu aussi des prescriptrices en carton-pâte, que personne n’a réclamées mais qui sont arrivées en couture comme en terrain conquis et se sont installées dans un pseudo-rôle de guide, pour aider les pauvres hères qui ne savent plus ce qu’elles ont fait de leur libre-arbitre à choisir dans la forêt de patrons qui avait désormais envahi le monde de la couture.

Il y a eu ces tentations de mettre en place des rapports verticaux, à tout prix, même à celui d’un post de couture tous les deux jours. Il y a eu ce désir d’en mettre plein la vue aux autres, d’être admirée, d’être une starlette.
Et la couture a perdu de son sens, je crois. L’égalité a pris un gros coup de pied de biche dans la figure.

Au fond, c’est peut-être la vitesse, mon problème. Soudain, la vitesse est apparue en couture. Soudain, c’est devenu une course à qui coudra le plus vite le dernier patron à la mode dans le dernier tissu à la mode. Soudain le plaisir est devenu compulsion. Soudain, il y a eu des effets de mode et des emballements.

Tout s’est accéléré et puis Instagram est arrivé, par-dessus le marché.

Je ne sais pas toi, mais j’y passe un temps de dingue. Dès que j’attends (dans une salle d’attente ou une file, devant l’école ou à l’arrêt bus, au resto quand je suis seule ou dans ma cuisine en attendant que le dîner soit cuit), je vais voir ce qui se passe sur Instagram. Et je « binge-lis». Ça défile à toute vitesse. Parfois je m’arrête quelques secondes pour commenter mais la plupart du temps, je « like » et je passe. Et quand je quitte l’appli, je ne me souviens pratiquement de rien.

Triste constat, n’est-ce pas ? Pas étonnant que j’aie le blues.
Purée, qu’est-ce que je regrette de ne pas m’être mis un coup de pied aux fesses pour participer aux élans collectifs ! Tous ces défis qui auraient pu me nourrir, à la flamme desquels j’aurais pu me réchauffer. Punaise, comme je regrette ! Je me sentirais sans doute moins seule dans ce Far West qu’est devenue le monde de la couture.

J’ai besoin d’échanger plus sur ma pratique de la couture, sur l’acte de coudre et moins sur les patrons. L’autre jour à la boutique, j’ai réfléchi avec une jeune femme qui voulait doubler un manteau et on a fini par retrouver ensemble un ordre de montage qui permet de cacher toutes les coutures sauf 10 cm à fermer à la main, à points invisibles. Dieu que cet échange m’a fait du bien ! Parler de couture et non pas d’un patron ou d’une marque de tissu, parler de couture pour de vrai, de technique quoi, me manque cruellement.

Je me sens perdue depuis un bon moment déjà. Alors pour redonner du sens à tout ça, j’essaie de fuir les modes, quitte à être larguée, je retourne vers les blogs, j’essaie de prendre le temps de lire les articles en entier et pas juste de zapper sur les photos. Et ma foi, ça me fait du bien. J’ai rapidement eu l’impression d’être sur la bonne voie.

Et puis jeudi midi, je tombe sur l’idée géniale de Clothilde et depuis, c’est la liesse en Tasticottie !
Clothilde propose qu’on partage un projet en 2017, celui de coudre une garde-robe capsule avec 12 pièces essentielles en 12 mois, à raison d’une pièce par mois. Ensemble.
Il y a des thèmes à respecter, mais on les ordonne comme on veut du moment qu’on passe par toutes les cases. Mon Dieu, que je vais aimer participer à ce projet !

Déjà parce que je vais coudre des vêtements dont j’ai envie depuis un bail mais sans m’y arrêter sérieusement tellement je pars dans tous les sens. Une heure après avoir lu son post, j’avais déjà établi ma liste de modèles à coudre.

Je suis aussi aux anges parce que je ne vais finalement pas crever de solitude. Bon j’exagère, tu es là, toi, et heureusement. Je lis tes commentaires, je vais lire ta prose et commenter chez toi mais ces contacts ponctuels ne me suffisent pas. J’ai besoin de plus d’interactions. J’ai besoin de causer technique, de discuter, de revenir et de partager. J’ai besoin de plus d’échanges et ce projet va m’en donner l’occasion. J’aime quand les cerveaux turbinent de concert et peuvent partager le fruit de leurs réflexions. J’aime qu’on ne soit pas perdues dans la foule qui bruisse et avance, aveugle. J’aime qu’on puisse se reconnaître, se saluer, s’encourager.

Ce projet collectif, c’est comme une fête des voisins. On se croise dans l’immeuble Couture, on se tient la porte, on se sourit parfois. On se connaît de vue, c’est vrai, mais on ne s’est jamais vraiment parlé. Et là, soudain, Clothilde propose de partager quelque chose. On va partager ! Il va faire chaud à nouveau. On va partager, pas se copier, ni s’effacer. On va partager, être à égalité, on va s’encourager, se tenir la main et avancer, toutes ensemble.

On va recréer l’époque incroyablement riche de l’émulation, de la curiosité de l’autre, on va redonner vie aux blogs, on va se parler à nouveau, on va être ensemble ! Ensemble !

Je veux absolument en être.
Je te donne donc rendez-vous ici la première semaine de Janvier pour te présenter ma sélection de modèles à coudre.

Je vais te dire une bonne chose, coupine : 2017 va être une année formidable, tout bonnement formidable. Ca fait un bien fou de se dire ça, non ?

139 commentaires éclaires sur “Lucky Luke en 2017

  1. I do trust all the concepts you’ve offered to your post. They are very convincing and will definitely work. Still, the posts are too quick for newbies. May just you please extend them a little from subsequent time? Thanks for the post.|

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